Syndrome de Guillain-Barré
Polyradiculonévrite aiguë auto-immune démyélinisante de pronostic vital lié à l'atteinte respiratoire ascendante, justifiant une surveillance hospitalière rapprochée et un transfert en réanimation si capacité vitale en baisse rapide.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Incidence française estimée à environ 2,4 cas pour 100 000 habitants par an, soit environ 1 600 nouveaux cas par an, à partir des données nationales d'hospitalisation 2008-2013 (Delannoy et al., Journal of the Peripheral Nervous System, 2017). Le syndrome de Guillain-Barré reste la première cause de paralysie aiguë acquise non traumatique chez l'adulte en France et fait l'objet d'un suivi par la filière de santé maladies rares neuromusculaires FILNEMUS.
- Âge typique
- Tous âges concernés avec une distribution bimodale : adulte jeune autour de 20 à 30 ans et adulte de plus de 50 ans, avec une légère prédominance masculine. Les formes pédiatriques existent mais sont minoritaires.
- Mortalité
- Mortalité globale estimée à environ 5 % en France, principalement liée aux complications de décubitus, à l'insuffisance respiratoire ou à la dysautonomie sévère (Académie nationale de médecine 2004). Environ 60 à 70 % des patients récupèrent complètement à un an, environ 10 % conservent des séquelles invalidantes et 15 à 30 % nécessitent un passage en réanimation pour ventilation assistée.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans prise en charge spécialisée, la mortalité atteignait historiquement 15 % par insuffisance respiratoire et complications de décubitus. Sous traitement immunomodulateur (immunoglobulines IV ou échanges plasmatiques) initié dans les 2 premières semaines de la phase d'extension, le pronostic s'améliore nettement : récupération complète chez environ 60 à 70 % des patients à 1 an, séquelles invalidantes chez environ 10 %, mortalité actuellement proche de 5 % (Académie nationale de médecine 2004).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Capacité vitale (spirométrie au lit)
Mesure répétée de la capacité vitale au lit du patient, indispensable au dépistage d'une décompensation respiratoire. Une capacité vitale effondrée (inférieure à 60 % de la valeur théorique, a fortiori de l'ordre de 15 à 20 mL/kg ou moins) impose une surveillance réanimatoire rapprochée, la ventilation mécanique devenant probableL'IDE mesure la CV au lit selon la prescription (au moins quotidienne, plus rapprochée si dégradation), note chaque valeur, compare aux mesures précédentes et transmet immédiatement au médecin toute baisse rapide ou tout passage sous seuilPonction lombaire
Dissociation albuminocytologique typique : élévation isolée des protéines dans le LCR (souvent supérieure à 0,45 g/L) sans hypercytose significative, classiquement décrite à partir de la deuxième semaine d'évolution. Examen direct et culture le plus souvent négatifsL'IDE prépare le matériel stérile, installe le patient en décubitus latéral ou assis selon l'indication médicale, assiste le médecin pendant le geste, achemine les tubes au laboratoire en urgence et surveille la survenue de céphalées post-PLÉlectromyogramme (EMG)
Signes électrophysiologiques d'atteinte démyélinisante : ralentissement des vitesses de conduction, allongement des latences distales, blocs de conduction et dispersion temporelle. Les formes axonales montrent une diminution d'amplitude des potentiels d'action moteursL'IDE informe le patient sur le caractère peu douloureux mais désagréable de l'examen (chocs électriques brefs, aiguilles fines), organise le transport sécurisé et transmet les résultats au neurologueBilan biologique et sérologies
Ionogramme, fonction rénale, NFS, CRP, bilan hépatique, glycémie, gaz du sang en cas de signes respiratoires. Sérologies : Campylobacter jejuni, CMV, EBV, Mycoplasma pneumoniae, VIH, dosage des anticorps anti-gangliosides selon prescription pour préciser la formeL'IDE prélève sur prescription, identifie les tubes, transmet en urgence et signale toute valeur critique au médecin (notamment hyponatrémie ou anomalie respiratoire)Phase aiguë
Actif
Immunoglobulines polyvalentes intraveineuses (IgIV)Perfusion d'immunoglobulines polyvalentes sur prescription médicale, schéma habituel de 0,4 g/kg par jour pendant 5 jours consécutifs, à débuter dans les deux premières semaines de la phase d'extension (Académie de médecine 2004, ANSM tableau de priorisation 2025). L'IDE prépare la perfusion selon les consignes du fabricant, surveille la tolérance pendant et après chaque perfusion (allergie, frissons, céphalées, fonction rénale), note l'heure précise et transmet au prescripteur.5 jours consécutifs en phase d'extension
Traitement de fond
Support
Rééducation pluridisciplinaire et soutien psychologiqueKinésithérapie motrice et respiratoire précoce sur prescription, ergothérapie pour le retour à l'autonomie, orthophonie en cas de troubles de la déglutition ou de la phonation, soutien psychologique pour le patient et la famille face à l'angoisse de la paralysie et de la dépendance.Au long cours, parfois plusieurs mois après la sortie d'hospitalisation
Actif
Échanges plasmatiques (plasmaphérèses)Alternative aux IgIV, prescrits par le médecin selon le contexte (2, 4 ou 6 séances classiquement). L'IDE participe à la préparation du patient, surveille la voie d'abord (cathéter spécifique), les paramètres vitaux pendant chaque séance, signale toute hypotension ou réaction et transmet au médecin. Les IgIV et les échanges plasmatiques ne sont pas enchaînés.Habituellement 2, 4 ou 6 séances espacées sur 1 à 2 semaines
Support
Surveillance respiratoire et soutien ventilatoireMesure pluriquotidienne de la capacité vitale au lit selon prescription, surveillance scope (SpO2, FR), oxygénothérapie selon prescription, préparation du matériel d'intubation et du transfert en réanimation si CV en baisse rapide. La corticothérapie n'est pas recommandée : son inefficacité est démontrée et elle ne doit pas être utilisée (Académie de médecine 2004).Toute la phase d'extension et de plateau
Support
Nursing complet et prévention des complications de décubitusChangements de position toutes les 2 à 4 heures, matelas adapté, protections talonnières, soins de bouche et des yeux, surveillance cutanée à chaque mobilisation, prévention de l'inhalation par installation en proclive, kinésithérapie respiratoire et motrice précoce sur prescription, hydratation adaptée.Toute la durée d'hospitalisation
Actif
Prévention thromboembolique et traitement de la douleurHBPM sur prescription, bas de contention, mobilisation passive précoce avec le kinésithérapeute. Antalgiques sur prescription pour les douleurs neuropathiques fréquentes (paracétamol, gabapentinoïdes ou opioïdes selon prescription). L'IDE administre, évalue l'efficacité (échelle numérique), surveille la tolérance et transmet.Pendant l'alitement et la phase de récupération
Insuffisance respiratoire aiguë
Atteinte progressive du diaphragme et des muscles intercostaux conduisant à une décompensation respiratoire chez 15 à 30 % des patients, première cause de mortalité du syndrome.Prévention
Mesurer la capacité vitale au lit selon prescription, surveiller la fréquence respiratoire, la SpO2 et la déglutition, alerter le médecin sans délai dès toute baisse de CV ou apparition de troubles de déglutition, préparer le matériel d'intubation et le transfert en réanimationSignes d'alerte
Diminution rapide de la capacité vitale entre deux mesures · Difficulté à compter sans reprendre son souffle · Voix faible, encombrement par défaut de toux
Pneumopathie d'inhalation
Liée aux troubles de déglutition par atteinte des paires crâniennes basses, complication fréquente alourdissant le pronostic respiratoire.Prévention
Évaluer la déglutition à chaque tour, mettre à jeun sur prescription en cas de fausses routes, installer en proclive 30 degrés, aspirer si encombrement, organiser un avis orthophonique sur prescription, sonde nasogastrique si décision médicaleSignes d'alerte
Fausses routes répétées aux repas · Voix mouillée, encombrement persistant · Fièvre et désaturation associées à des crépitants aux bases
Complications de décubitus (escarres, TVP, dénutrition)
Liées à l'alitement prolongé pendant les phases d'extension et de plateau, parfois plusieurs semaines, avec un risque thromboembolique et cutané majeur.Prévention
Changements de position toutes les 2 à 4 heures, matelas adapté, protections talonnières, HBPM sur prescription, bas de contention, nutrition adaptée, mobilisation passive précoce avec le kinésithérapeute, hydratation suffisanteSignes d'alerte
Rougeur fixe aux points d'appui · Oedème unilatéral du mollet ou douleur localisée · Perte de poids supérieure à 5 % en quelques jours
Séquelles motrices et neuropathiques au long cours
Environ 10 % des patients conservent des séquelles invalidantes (faiblesse résiduelle, douleurs neuropathiques chroniques, fatigue) malgré un traitement précoce, justifiant un suivi pluridisciplinaire prolongé.Prévention
Organiser la rééducation kinésithérapique précoce sur prescription, orienter vers le neurologue référent, dépister la dépression et orienter vers le psychologue si besoin, accompagner les démarches MDPH si retentissement professionnel ou socialSignes d'alerte
Persistance d'une faiblesse motrice à distance de la phase aiguë · Douleurs neuropathiques chroniques · Fatigue invalidante et retentissement psychologique
Surveillance prioritaire
Capacité vitale et signes respiratoires
Mesure pluriquotidienne de la CV au lit selon prescription en phase d'extension, plus rapprochée (toutes les 2 à 4 heures) si baisse documentée ou troubles de déglutition · CV supérieure à 60 % de la théorique, CV stable d'une mesure à l'autre, FR 12 à 20/min, SpO2 supérieure ou égale à 94 %, absence de tirage, capacité à compter jusqu'à 20 sans reprise inspiratoire
Alerte
Déglutition et atteinte des paires crâniennes
Évaluation à chaque tour, surveillance rapprochée à chaque repas en phase d'extension · Absence de fausses routes, voix claire non mouillée, déglutition de la salive et des aliments testés selon prescription, fermeture palpébrale efficace, motricité faciale symétrique ou asymétrie connue documentée
Alerte
Hémodynamique et dysautonomie
Scope continu (PA, FC, SpO2, FR) en phase d'extension, température toutes les 3 heures, diurèse horaire si dysautonomie · PAS entre 100 et 160 mmHg, FC entre 60 et 100/min, absence de trouble du rythme, diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h, température stable
Alerte
Motricité, sensibilité et prévention de décubitus
Évaluation à chaque tour de la force motrice (cotation MRC), de la sensibilité distale et de l'état cutané, changements de position toutes les 2 à 4 heures · Force motrice stable ou en progression documentée d'un tour à l'autre, périmètre des mollets symétrique ou écart documenté inférieur au seuil d'alerte du service, peau intacte sans rougeur fixe, périmètre de mobilisation tracé
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Protocole National de Diagnostic et de Soins (PNDS) Syndrome de Guillain-Barré · FILNEMUS · 2021
Le traitement actuel du syndrome de Guillain-Barré · Académie nationale de médecine · 2004
L'insuffisance respiratoire aiguë du syndrome de Guillain-Barré · SRLF · 2005
Hiérarchisation des indications des immunoglobulines humaines polyvalentes : syndrome de Guillain-Barré · ANSM · 2025
Delannoy et al. Guillain-Barré syndrome in France : a nationwide epidemiological analysis based on hospital discharge data (2008-2013) · Journal of the Peripheral Nervous System · 2017
ALD n°9 : affections neurologiques graves, syndrome de Guillain-Barré · HAS · 2024
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.