Rénal

Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU)

Microangiopathie thrombotique associant anémie hémolytique mécanique, thrombopénie et insuffisance rénale aiguë, liée chez l’enfant le plus souvent à une infection à E. coli producteur de shigatoxines (STEC)

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Corrigée le le 5 octobre 2026Notre méthode

Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) est une microangiopathie thrombotique (MAT) : anémie hémolytique mécanique, le plus souvent avec schizocytes, thrombopénie de consommation et insuffisance rénale aiguë, souvent sévère. Chez l’enfant, il fait le plus souvent suite à une infection à E. coli producteur de shigatoxines (SHU à STEC, anciennement SHU typique) ; le SHU atypique relève d’une dérégulation du complément, et d’autres SHU sont secondaires. Urgence thérapeutique où l’IDE surveille diurèse, poids, pression artérielle et conscience.
Prévalence
Maladie rare. Le PNDS compte de 100 à 160 cas d’enfants par an pour le SHU à STEC, et au moins 10 à 20 adultes par an (PNDS SHU 2021). L’avis de l’ANSES rapporte les données de la surveillance du SHU de l’enfant de moins de 15 ans, fondée sur les cas qu’un réseau hospitalier notifie à Santé publique France, sur la base du volontariat, avec une exhaustivité estimée à 85 % en 2016-2017 : de 154 à 168 cas notifiés par an de 2017 à 2020, niveau en partie lié à des épidémies survenues en 2018, 2019 et 2020, puis 128 cas en 2021 (ANSES 2023). Pour la période qui va jusqu’en 2021, ces données priment sur le chiffre du PNDS, parce qu’elles sont datées et plus récentes. Le SHU atypique est bien plus rare, environ 0,3 cas par million d’habitants et par an, et représente moins de 10 % des SHU de l’enfant (PNDS SHU 2021).
Âge typique
SHU à STEC : touche surtout les enfants de moins de 3 ans (PNDS SHU 2021) ; c’est avant 3 ans que l’incidence notifiée est la plus forte, et elle baisse ensuite avec l’âge (ANSES 2023). SHU atypique : enfant comme adulte, avec chez l’adulte trois femmes pour un homme ; sa forme auto-immune, à anticorps anti-facteur H, concerne surtout les enfants de 5 à 13 ans (PNDS SHU 2021).
Mortalité
Dans le SHU à STEC, le pronostic vital peut être engagé, surtout en cas d’atteinte neurologique : la mortalité est de 1 à 5 %, et de 2 à 10 % en cas d’atteinte neurologique (PNDS SHU 2021). Après l’épisode, même si la fonction rénale récupère complètement, le patient est considéré comme porteur d’une maladie rénale chronique et suivi comme tel (PNDS SHU 2021).

Précoces

Signes précoces

Diarrhée, souvent sanglante (prodrome)Colite à STEC : crampes abdominales, selles d’abord liquides puis sanglantes, sans fièvre ou avec une fièvre modérée. Le SHU peut aussi survenir sans diarrhée (PNDS SHU 2021).
Pâleur et fatigueInstallation brutale de l’anémie hémolytique : pâleur, parfois ictère, asthénie, altération de l’état général (PNDS SHU 2021).
Oligurie ou anurieDiminution franche ou arrêt de la diurèse, signe de l’insuffisance rénale aiguë ; hématurie et protéinurie possibles (PNDS SHU 2021).

Évolutifs

Signes évolutifs

Œdèmes et prise de poidsPar rétention hydrosodée, mais aussi parfois par hypoalbuminémie, sans surcharge volémique (PNDS SHU 2021). Ils se transmettent avec le poids et le bilan entrées-sorties.

Tardifs

Signes tardifs

Hypertension artérielleFréquente, parfois sévère, liée à l’atteinte rénale (PNDS SHU 2021).
Purpura cutanéPétéchies et ecchymoses liées à la thrombopénie (PNDS SHU 2021).

Gravité

Signes de gravité

Oligo-anurie et troubles métaboliques sévèresOligo-anurie, bicarbonates sous 10 mmol/l, hyperkaliémie, hyponatrémie, hyperphosphorémie sévère ou syndrome urémique : indications d’épuration extrarénale (PNDS SHU 2021).
Atteinte neurologiqueTroubles de la vigilance, convulsions, troubles visuels, déficit focal : le PNDS la chiffre à 20 % des cas dans un passage et à 10 à 20 % dans un autre, et en fait un facteur de risque de décès (PNDS SHU 2021).
Atteinte cardiaque ou digestive sévèreMyocardite, troubles du rythme, choc cardiogénique ; colite sévère avec risque de perforation, de nécrose et de péritonite (PNDS SHU 2021).

Mécanisme

Contamination : un STEC est ingéré avec un aliment ou de l’eau contaminés, ou transmis par un animal porteur ou une personne infectée. Il provoque une colite hémorragique : crampes abdominales, diarrhée d’abord aqueuse puis sanglante, fièvre absente ou modérée (PNDS SHU 2021).
Shigatoxine : produite dans l’intestin, elle passe dans le sang et gagne ses organes cibles, où elle lèse les petits vaisseaux de l’intestin, du rein et du cerveau (ANSES 2022, article republié).
Microthrombi : les lésions de l’endothélium activent les plaquettes, qui forment de petits caillots dans les capillaires, en particulier rénaux.
Insuffisance rénale aiguë : l’obstruction des capillaires glomérulaires réduit la filtration, d’où la chute de la diurèse, parfois jusqu’à l’anurie.
Anémie hémolytique mécanique : les globules rouges se fragmentent dans les capillaires obstrués, d’où les schizocytes visibles au frottis sanguin.

Conséquences

Anémie hémolytique mécanique : LDH élevées, haptoglobine basse ou indosable, bilirubine libre augmentée, schizocytes le plus souvent, test de Coombs négatif (PNDS SHU 2021)
Thrombopénie périphérique, sans CIVD : le TP, le TCA et le fibrinogène restent normaux (PNDS SHU 2021)
Insuffisance rénale aiguë souvent oligo-anurique : hyperkaliémie, acidose métabolique, hyperphosphorémie, hyponatrémie de dilution, syndrome urémique ; plus de la moitié des enfants ont besoin d’une épuration extrarénale (PNDS SHU 2021)
Atteintes extrarénales : système nerveux central (convulsions, troubles de la vigilance, déficit focal), colite sévère pouvant aller jusqu’à la perforation, pancréas, cœur (myocardite) (PNDS SHU 2021)

Évolution

SHU à STEC : le SHU apparaît en général dans la semaine qui suit le début des troubles digestifs (de 0 à 30 jours), et parfois sans diarrhée (PNDS SHU 2021). Une anurie de plus de 8 jours annonce un mauvais pronostic rénal à long terme, et même une récupération complète laisse place à un suivi de maladie rénale chronique (PNDS SHU 2021). SHU atypique : le risque de rechute est à évaluer et à prévenir, et le pronostic rénal dépend de la rapidité de mise en route de l’eculizumab (PNDS SHU 2021).
STEC en cause : jusqu’en 2017 · le sérotype O157:H7 était le plus souvent isolé ; depuis 2018 · le sérogroupe le plus fréquent en France est O26 · suivi de O80 (PNDS SHU 2021). Le périmètre compte : de 2017 à 2021 · les SHU de l’enfant de moins de 15 ans sont dus surtout · dans l’ordre · à O26 · O80 et O157 · ceux de l’adulte à O80 · O157 · O91 et O26 ; parmi l’ensemble des souches · O26 domine avant 5 ans · puis O157 de 5 à 65 ans (ANSES 2023)
Aliments en cause dans les épidémies documentées en France de 2000 à 2021 : notamment fromages au lait cru, surtout de vache, steaks hachés de bœuf et végétaux (graines germées, concombres) (ANSES 2023)
Autres voies documentées : transmission de personne à personne en crèche · baignade en eau douce de lac (ANSES 2023) · eau de boisson contaminée et contact avec des animaux porteurs · lors d’une visite de ferme par exemple (ANSES 2022 · article republié)
Réservoir animal : les ruminants · surtout les bovins · portent ces bactéries sans être malades (ANSES 2022 · article republié)
SHU atypique : anomalie de régulation de la voie alterne du complément · liée à des variants génétiques (facteur H · facteur I · MCP · C3 · facteur B) ou à des anticorps anti-facteur H ; chez une partie des patients · aucune anomalie n’est retrouvée (PNDS SHU 2021)
Déclencheurs d’une poussée de SHU atypique : une infection · premier déclencheur chez l’enfant · un accouchement · premier déclencheur chez l’adulte · ou le début d’un traitement œstrogénique (PNDS SHU 2021)
SHU secondaires : médicaments (anticalcineurines · gemcitabine · mitomycine C · quinine) · infection invasive à pneumocoque surtout avant 2 ans · maladies systémiques · cancers · greffe de cellules souches hématopoïétiques · grossesse et post-partum (PNDS SHU 2021)

Critères diagnostiques

Triade de MAT : anémie hémolytique mécanique, thrombopénie périphérique et insuffisance rénale aiguë (PNDS SHU 2021)
Contexte du SHU à STEC : jeune enfant, surtout avant 3 ans, après un épisode de diarrhée souvent sanglante ; le SHU peut toutefois survenir sans diarrhée (PNDS SHU 2021)
Confirmation microbiologique : PCR des gènes de shigatoxines dans les selles et/ou culture isolant la souche de STEC ; chez l’enfant, la biopsie rénale n’est pas nécessaire au diagnostic (PNDS SHU 2021)
Hémolyse mécanique : LDH élevées, haptoglobine basse, schizocytes, Coombs direct négatif (PNDS SHU 2021)
En cas de doute (âge inhabituel, présentation atypique, absence de diarrhée) : rechercher un SHU atypique, un PTT ou une auto-immunité ; le bilan du complément (CH50, C3, C4, facteurs B, H et I, anticorps anti-facteur H) se prélève avant toute plasmathérapie (PNDS SHU 2021)

Diagnostic différentiel

Purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT) : activité ADAMTS-13 effondrée, à doser avant tout apport de plasma (PNDS SHU 2021)
Coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) : TP et TCA allongés, fibrinogène bas. Dans le SHU, ces trois examens sont normaux (PNDS SHU 2021)
Syndrome d’Evans : à écarter par le test de Coombs (PNDS SHU 2021)
Déficit en cobalamine C, carence majeure en vitamine B12 ou en folates (PNDS SHU 2021)
HTA maligne, qui peut aussi accompagner un SHU atypique, dans un tiers des cas (PNDS SHU 2021)

Examens complémentaires

NFS avec frottis sanguin

Anémie, thrombopénie, schizocytes le plus souvent, réticulocytes souvent élevésPrélever sur prescription médicale, sans ponction artérielle ni injection intramusculaire (PNDS SHU 2021). Une anémie profonde ou des schizocytes se signalent au médecin dès le résultat, et les résultats vont au néphrologue pédiatre, qui confirme la MAT.

Bilan d’hémolyse (LDH, haptoglobine, bilirubine libre, test de Coombs)

LDH élevées, haptoglobine basse ou indosable, bilirubine libre augmentée, Coombs direct négatifPrélever sur prescription médicale. Un Coombs négatif écarte une hémolyse immunologique, à de très rares exceptions près, comme le lupus ou certaines infections à pneumocoque (PNDS SHU 2021). Transmettre les résultats au néphrologue.

Ionogramme, urée, créatininémie, gaz du sang veineux

Créatinine élevée, hyperkaliémie, acidose métabolique, hyperphosphorémie, hyponatrémiePrélever sur prescription médicale. Le PNDS prévoit des gaz du sang veineux, si disponibles, pour rechercher hyperkaliémie et acidose, et proscrit les ponctions artérielles ; une hyperkaliémie ou une acidose sévères comptent parmi les critères d’épuration extrarénale (PNDS SHU 2021). Le médecin en est averti dès le résultat.

Recherche de STEC dans les selles (PCR des gènes de shigatoxines, isolement de la souche)

PCR des gènes stx positive ; sérogroupe de la souche isolée (O26, O80, O157 notamment)Sur prescription, recueillir les selles le plus tôt possible, ou faire un écouvillonnage rectal dès l’admission faute de selles, si possible avant tout antibiotique ; acheminer vite au laboratoire ou conserver à +4 °C ; répéter l’examen si le premier résultat est négatif (PNDS SHU 2021). Signalement : le PNDS demande une déclaration à Santé publique France au plus tôt pour les moins de 16 ans, pour dépister les cas épidémiques (PNDS SHU 2021). L’ANSES décrit, elle, une surveillance par notification volontaire d’un réseau hospitalier chez les moins de 15 ans, les infections à STEC n’étant pas à déclaration obligatoire en dehors des toxi-infections alimentaires collectives (ANSES 2023). La conduite à tenir suit le PNDS, qui est la recommandation clinique ; l’ANSES décrit le dispositif de surveillance.

Phase aiguë

Support

Prise en charge symptomatique avec la néphrologieLe SHU à STEC est une urgence thérapeutique, prise en charge avec l’appui d’un service de néphrologie pédiatrique référent. Pas d’injection intramusculaire ni de ponction artérielle. Les antibiotiques bactéricides sont déconseillés, car ils risquent d’aggraver le SHU, surtout les quinolones ; des travaux chez l’animal font envisager l’azithromycine. Ne sont pas recommandés : ralentisseurs du transit, antiagrégants plaquettaires, héparine, thrombolytiques, immunoglobulines polyvalentes, échanges plasmatiques (PNDS SHU 2021).

Phase aiguë

Traitement de fond

Actif

Eculizumab (anticorps anti-C5)SHU atypique : traitement de première intention chez l’enfant, en perfusion intraveineuse, à dose adaptée au poids. SHU à STEC : réservé aux formes sévères avec atteinte extrarénale (neurologique, cardiaque), sur décision d’un centre de référence. Dans sa partie sur le SHU atypique, le PNDS prévoit pour tout patient sous eculizumab une vaccination contre le méningocoque avant la première injection et une antibioprophylaxie par pénicilline V, ou par macrolides en cas d’allergie, pendant tout le traitement puis 60 jours après l’arrêt, chez l’enfant jusqu’à normalisation du CH50 (PNDS SHU 2021).

Au long cours dans le SHU atypique, arrêt possible après avis d’un centre expert ; dans le SHU à STEC, 6 semaines au plus, à 1 dose par semaine (PNDS SHU 2021)

Support

Équilibre hydro-électrolytiqueLa volémie est difficile à apprécier, déshydratation et surcharge pouvant coexister : elle s’évalue sur la radiographie thoracique et l’échocardiographie. Déshydratation sévère : solutés isotoniques sous monitoring. Surcharge : restriction des apports hydrosodés, diurétique de l’anse possible. Mieux vaut éviter les solutés standardisés contenant du potassium, à cause du risque d’hyperkaliémie (PNDS SHU 2021).

Selon la diurèse et le bilan hydrique

Actif

Transfusion de concentrés de globules rougesSur prescription médicale : CGR phénotypés et déleucocytés dès que l’hémoglobine passe sous 7 g/dl, ou plus tôt si l’anémie est mal tolérée ; si l’enfant a une hyperkaliémie menaçante ou une surcharge, la transfusion se fait pendant la séance d’épuration extrarénale. Plaquettes : pas de transfusion, quel que soit leur chiffre, sans syndrome hémorragique, car elle pourrait aggraver la MAT et la surcharge ; avant un geste invasif à risque de saignement, la question se discute avec un néphrologue (PNDS SHU 2021).

Selon l’hémoglobine et sa tolérance

Actif

Traitement de l’hyperkaliémieSur prescription médicale, prise en charge d’abord conservatrice : salbutamol, de préférence en aérosol, furosémide si oligo-anurie, résine échangeuse d’ions, plutôt chez l’enfant, insuline surtout chez l’adulte et rarement chez l’enfant. Si l’hyperkaliémie est sévère, épuration extrarénale (PNDS SHU 2021).

Selon la kaliémie

Actif

Traitement antihypertenseurSur prescription médicale : inhibiteur calcique si l’ischémie rénale semble au premier plan, diurétique de l’anse en cas de surcharge avec diurèse conservée ; chez l’enfant en phase aiguë, les IEC sont à éviter (PNDS SHU 2021).

Selon la pression artérielle

Support

Épuration extrarénaleIndiquée en cas d’oligo-anurie ou de troubles métaboliques sévères ; plus de la moitié des enfants en ont besoin. Dialyse péritonéale, surtout chez l’enfant de petit poids sans complication digestive sévère, hémodialyse ou hémofiltration : aucune technique n’a montré sa supériorité, et le choix suit les habitudes du centre (PNDS SHU 2021).

Selon l’évolution

Maladie rénale chronique séquellaire

Même après une récupération complète, le patient est considéré comme porteur d’une maladie rénale chronique. Un SHU à STEC peut aussi aboutir à l’insuffisance rénale terminale, qui fait alors rechercher une anomalie génétique du complément (PNDS SHU 2021)

Prévention

Consultations un mois, six mois et un an après l’épisode, puis selon la gravité initiale : pression artérielle, poids, taille, bilan sanguin et urinaire avec protéinurie ; vaccination antigrippale annuelle encouragée en cas d’insuffisance rénale (PNDS SHU 2021)

Signes d'alerte

Protéinurie persistante à distance du SHU · HTA résiduelle · DFG abaissé

Complications neurologiques

Atteinte du système nerveux central dans 20 % des SHU à STEC selon un passage du PNDS, 10 à 20 % selon un autre : troubles de la vigilance, convulsions, déficit focal ; la mortalité est alors de 2 à 10 %. Les séquelles neurologiques à long terme sont plus fréquentes après un SHU atypique qu’après un SHU à STEC (PNDS SHU 2021)

Prévention

Surveillance neurologique rapprochée ; anticomitiaux en cas de convulsion ; eculizumab envisageable dans les atteintes neurologiques sévères ; corticoïdes sans efficacité démontrée, hors œdème cérébral (PNDS SHU 2021)

Signes d'alerte

Céphalées · Troubles visuels · Troubles de la vigilance · Convulsions · Déficit focal

Hyperkaliémie menaçante

Due à l’insuffisance rénale comme à l’hémolyse ; l’ECG recherche des troubles du rythme ou de la conduction (PNDS SHU 2021)

Prévention

Solutés sans potassium standardisé, traitement conservateur prescrit (salbutamol, furosémide, résine échangeuse), épuration extrarénale si l’hyperkaliémie est sévère (PNDS SHU 2021)

Signes d'alerte

Kaliémie élevée · Troubles du rythme ou de la conduction à l’ECG

Atteintes digestive et pancréatique

Colite sévère chez 5 à 15 % des patients, pouvant se compliquer de perforation, de nécrose ou de péritonite ; atteinte pancréatique dans 5 à 15 % des cas, avec parfois un besoin d’insuline transitoire, plus rarement définitif (PNDS SHU 2021)

Prévention

Repos digestif avec nutrition parentérale souvent nécessaire en cas de colite sévère ; glycémie et lipase font partie du bilan des atteintes extrarénales (PNDS SHU 2021)

Signes d'alerte

Douleurs abdominales · Hyperglycémie · Lipase élevée

Rechute de SHU atypique

Le suivi se fait en centre de référence ou de compétence ; infections, vaccinations, chirurgie, grossesse et post-partum peuvent réactiver le complément (PNDS SHU 2021)

Prévention

Eculizumab selon l’avis du centre expert, consultations rapprochées la première année, de tous les 15 jours à tous les mois, information sur les signes d’alerte (PNDS SHU 2021)

Signes d'alerte

Baisse des plaquettes · Baisse de l’haptoglobine, hausse des LDH · Hausse de la créatinine ou protéinurie

Prévention alimentaire chez le jeune enfant et la personne âgée : cuire la viande hachée à cœur (70 °C), éviter le lait cru et les produits au lait cru, sauf les fromages à pâte pressée cuite, ainsi que les produits à base de farine crus ou insuffisamment cuits (ANSES 2022, article republié)
Hygiène : se laver les mains au savon après les toilettes, avant de préparer ou de prendre un repas et après avoir manipulé des aliments, crus ou non ; laver soigneusement les légumes, les fruits et les herbes aromatiques, surtout ceux qui se mangent crus, en les épluchant si possible (ANSES 2022, article republié)
Dans l’entourage : la transmission par les mains est rare mais possible, d’où des précautions d’hygiène surtout pendant la diarrhée (PNDS SHU 2021). Un autre cas chez un frère, une sœur ou un proche se signale à l’équipe soignante.
Signes d’alerte : après une diarrhée chez un jeune enfant, une grande fatigue, une pâleur et des urines qui diminuent évoquent un SHU (ANSES 2022, article republié). Devant ces signes, les parents consultent en urgence.
Suivi après un SHU à STEC : consultations un mois, six mois et un an après l’épisode, puis selon la gravité initiale, avec pression artérielle et recherche de protéinurie ; suivi de maladie rénale chronique même après récupération complète (PNDS SHU 2021)
Vaccinations : calendrier à jour ; vaccination antigrippale annuelle encouragée en cas d’insuffisance rénale (PNDS SHU 2021)
SHU atypique sous eculizumab : connaître le risque d’infection à méningocoque et ses signes d’alerte, garder sur soi la carte patient, prendre l’antibioprophylaxie pendant tout le traitement et 60 jours après son arrêt (PNDS SHU 2021)

Surveillance prioritaire

Diurèse, poids et bilan entrées-sorties

Au rythme fixé par la prescription médicale · Reprise de la diurèse, bilan hydrique équilibré, poids stable

Alerte

Oligo-anurie : c’est une indication d’épuration extrarénale (PNDS SHU 2021). La signaler au médecin dès qu’elle est constatée.Prise de poids, œdèmes : les transmettre avec le bilan entrées-sorties ; des œdèmes peuvent aussi venir d’une hypoalbuminémie sans surcharge (PNDS SHU 2021)Signes de déshydratation pendant la diarrhée : la déshydratation expose à plus de complications et de décès en phase aiguë et à des séquelles à long terme (PNDS SHU 2021). Ces signes se transmettent au médecin.

Pression artérielle

Au rythme fixé par la prescription médicale · Pression artérielle dans les objectifs fixés par le médecin

Alerte

HTA menaçante : c’est un signe de sévérité de l’atteinte rénale (PNDS SHU 2021). Prévenir le médecin.HTA avec céphalées, troubles visuels ou de la vigilance : prévenir le médecin et rapprocher la surveillance neurologique

NFS (hémoglobine, plaquettes, schizocytes) et bilan d’hémolyse

Au rythme fixé par la prescription médicale · Remontée de l’hémoglobine et des plaquettes, baisse des LDH

Alerte

Hémoglobine sous 7 g/dl ou anémie mal tolérée (pâleur, dyspnée) : c’est le seuil retenu pour transfuser (PNDS SHU 2021). Le médecin en est informé.Saignement : c’est, avec un geste invasif à risque, la situation où la question des plaquettes se pose (PNDS SHU 2021). Le signaler au médecin.Plaquettes qui rebaissent, LDH qui remontent, haptoglobine qui baisse : signes d’une MAT de nouveau active, à transmettre au médecin (PNDS SHU 2021)

Créatininémie, kaliémie et bicarbonates

Au rythme fixé par la prescription médicale · Kaliémie normale, acidose corrigée, créatininémie qui décroît

Alerte

Hyperkaliémie menaçante : l’ECG recherche des troubles du rythme ou de la conduction (PNDS SHU 2021). Conduite : appeler immédiatement le médecin.Bicarbonates sous 10 mmol/l : cette acidose est un critère d’épuration extrarénale (PNDS SHU 2021). Le médecin est appelé sur-le-champ.Hyponatrémie ou hyperphosphorémie sévères : transmettre au médecin, elles comptent parmi les indications d’épuration extrarénale (PNDS SHU 2021)

Surveillance neurologique

Rapprochée en phase aiguë, selon la prescription (score de Glasgow, pupilles) · Conscience normale, ni convulsion ni déficit focal

Alerte

Convulsions : le PNDS prévoit un traitement anticomitial (PNDS SHU 2021). Protéger l’enfant, libérer les voies aériennes, faire appeler le médecin et administrer l’anticomitial prescrit.Troubles de la vigilance ou troubles visuels : les signaler au médecin et surveiller pupilles et réactivité de façon rapprochéeDéficit focal d’apparition brutale : devant des signes neurologiques, une IRM cérébrale et un EEG sont réalisés (PNDS SHU 2021). Conduite : appeler immédiatement le médecin.

Rôle IDE détaillé

Rechercher les prodromes : diarrhée, sanglante ou non, dans les semaines précédentes, aliments consommés, autres cas dans l’entourage
Évaluer la triade clinique : pâleur (anémie), purpura ou ecchymoses (thrombopénie), oligurie (insuffisance rénale)
Détecter les signes de gravité : anurie, surcharge hydrosodée, HTA menaçante, troubles de la vigilance, convulsions
Surveiller la diurèse, le poids, la pression artérielle et la conscience au rythme prescrit

Références

Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) : protocole national de diagnostic et de soins (février 2021) · PNDS SHU, filières ORKiD et MaRIH (mis en ligne par la HAS) · 2021

Avis relatif à la définition des souches pathogènes d’Escherichia coli productrices de shigatoxines (saisine 2020-SA-0095, 2 mai 2023) · ANSES · 2023

Aliments contaminés par la bactérie E. coli : quels effets sur la santé et comment prévenir les infections ? (actualité du 11/07/2022, article republié de The Conversation) · ANSES · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.