Syphilis
Infection sexuellement transmissible bactérienne à Treponema pallidum, en recrudescence en France. Surnommée la grande imitatrice, elle évolue par stades trompeurs entrecoupés de phases latentes asymptomatiques. Le traitement de référence repose sur la benzathine benzylpénicilline G en injection intramusculaire sur prescription.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, la syphilis n'est pas une maladie à déclaration obligatoire : sa surveillance repose sur Santé publique France à partir des données de l'assurance maladie, des CeGIDD et d'un réseau de cliniciens et de laboratoires volontaires (réseau RésIST). Le médecin ou le biologiste qui diagnostique n'a donc pas d'obligation de déclaration nominative ; l'IDE participe au dépistage et à la prévention. Les données de Santé publique France pour 2024 rapportent une recrudescence de la syphilis entre 2022 et 2024, avec environ 6 500 cas recensés par l'assurance maladie et environ 3,7 millions de personnes dépistées au moins une fois dans l'année. La hausse est plus marquée chez les femmes (particulièrement les 50 ans et plus et les 15 à 25 ans) que chez les hommes, avec un risque croissant de syphilis congénitale. Les taux de dépistage sont plus élevés dans les départements et régions d'outre-mer (Santé publique France, 2024).
- Âge typique
- Adulte jeune sexuellement actif, avec une prédominance chez les hommes, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). La montée récente des cas chez les femmes (particulièrement 50 ans et plus et 15-25 ans) élargit le profil et fait courir le risque de transmission materno-foetale (syphilis congénitale)
- Mortalité
- Pronostic favorable en cas de dépistage et de traitement précoces. En l'absence de traitement, l'évolution peut se poursuivre en silence pendant des années jusqu'aux formes tardives (atteinte cardiovasculaire, neurosyphilis) et à la syphilis congénitale chez le nouveau-né, potentiellement grave. Santé publique France ne publie pas de taux de mortalité national spécifique ; l'enjeu est surtout le retard diagnostique et les séquelles des formes tardives (Santé publique France, 2024)
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement, la syphilis évolue par stades successifs entrecoupés de phases latentes asymptomatiques : le chancre primaire régresse seul, les signes secondaires apparaissent puis disparaissent, et l'infection peut rester silencieuse des années avant d'atteindre les formes tertiaires. Avec un traitement adapté sur prescription (benzathine benzylpénicilline G en injection intramusculaire pour les formes précoces et tardives, pénicilline G intraveineuse en cas de neurosyphilis), l'évolution est stoppée. Le suivi repose sur la décroissance du titre du test non tréponémique, avec une négativation attendue environ un an après le traitement d'une syphilis précoce (ameli, 2025).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Sérologie syphilitique : test tréponémique (TT) et test non tréponémique (TNT)
Association d'un test tréponémique (TT, ex-TPHA) et d'un test non tréponémique (TNT, type VDRL ou RPR). Le TT confirme le contact avec le tréponème, le TNT est quantitatif et sert au suivi du titre. La sérologie devient fiable environ trois semaines après l'expositionL'IDE prélève sur prescription, applique l'identitovigilance, identifie correctement le tube et achemine au laboratoire. Il transmet le résultat au médecin sans l'interpréter seul : l'interprétation croisée TT/TNT et le diagnostic relèvent du biologiste et du médecin. Il alerte le médecin en cas de sérologie positive pour la conduite à tenir.PCR sur prélèvement de lésion
Recherche directe de Treponema pallidum par PCR sur prélèvement d'un chancre ou d'une lésion active, utile au stade primaire quand la sérologie peut être encore négativeL'IDE assiste ou réalise le prélèvement de la lésion sur prescription selon le protocole local, respecte les conditions de transport et achemine au laboratoire. Il transmet le résultat au médecin ; l'analyse et l'interprétation relèvent du biologiste.Suivi sérologique quantitatif (titre du TNT)
Titre du test non tréponémique (VDRL/RPR) mesuré au diagnostic puis lors du suivi ; une décroissance significative puis une négativation environ un an après le traitement d'une syphilis précoce témoignent de l'efficacité du traitementL'IDE prélève sur prescription aux dates prévues, trace le titre et le compare à la valeur précédente pour le transmettre au médecin. Il alerte si le titre ne décroît pas ou remonte, sans conclure seul à un échec ou à une réinfection.Dépistage prénatal de la syphilis
Sérologie syphilitique obligatoire au premier examen prénatal, dans le cadre des examens médicaux obligatoires de la grossesse (R.2122-2 CSP), pour prévenir la syphilis congénitale (ameli, CNGOF)L'IDE, en lien avec la sage-femme et le médecin, s'assure que le dépistage prénatal obligatoire a été réalisé, prélève sur prescription et transmet le résultat. En cas de positivité chez une femme enceinte, il alerte le médecin sans délai pour une prise en charge conjointe mère-enfant.Actif
Benzathine benzylpénicilline G en syphilis précoce (traitement de référence)Pour la syphilis précoce (primaire, secondaire, latente précoce), le traitement de référence sur prescription médicale est la benzathine benzylpénicilline G retard, 2,4 millions d'unités en une injection intramusculaire unique. L'IDE prépare et administre l'injection sur prescription, vérifie l'absence d'allergie connue à la pénicilline transmise par le patient et surveille la tolérance après l'injection.Injection unique sur prescription
Actif
Benzathine benzylpénicilline G en syphilis tardivePour la syphilis tardive (tertiaire non neurologique, latente tardive), le schéma de référence sur prescription est la benzathine benzylpénicilline G 2,4 millions d'unités en intramusculaire, à raison d'une injection par semaine pendant trois semaines. L'IDE administre chaque injection sur prescription, trace les dates et surveille la tolérance à chaque séance.1 injection par semaine pendant 3 semaines sur prescription
Actif
Pénicilline G intraveineuse en cas de neurosyphilisLa neurosyphilis relève d'une hospitalisation avec pénicilline G intraveineuse, 20 millions d'unités par jour pendant 14 jours sur prescription. L'IDE administre et surveille la perfusion selon prescription, assure la traçabilité et transmet toute anomalie de tolérance ou tout signe neurologique nouveau au médecin.14 jours en hospitalisation sur prescription
Actif
Doxycycline en cas d'allergie à la pénicilline (hors neurosyphilis)En cas d'allergie à la pénicilline et en dehors de la neurosyphilis, une alternative par doxycycline 200 mg par jour par voie orale peut être prescrite (14 jours pour une forme précoce, 28 jours pour une forme tardive). Chez la femme enceinte, cette alternative n'est pas une solution de repli : la doxycycline ne peut pas être recommandée en cas de syphilis pendant la grossesse, et une allergie suspectée à la pénicilline conduit à un bilan allergologique rapide puis, si elle est confirmée, à discuter une induction de tolérance avec l'allergologue (HAS, 2025). L'IDE recueille et transmet toute allergie médicamenteuse au médecin, signale une grossesse en cours, administre selon prescription et éduque à l'observance quotidienne.14 jours (forme précoce) ou 28 jours (forme tardive) sur prescription
Support
Surveillance de la réaction de Jarisch-Herxheimer après injectionDans les vingt-quatre heures suivant l'injection, une réaction de Jarisch-Herxheimer peut survenir (fièvre, frissons, céphalées, myalgies) par lyse massive des tréponèmes ; elle est le plus souvent bénigne et transitoire, sauf dans quatre situations où elle ne l'est pas : grossesse, neurosyphilis, syphilis oculaire et syphilis congénitale, pour lesquelles l'hospitalisation du début de traitement se discute (HAS, 2025). L'IDE informe le patient de cette possibilité avant l'injection, surveille les constantes après l'administration, applique le traitement symptomatique prescrit (paracétamol) et alerte le médecin en cas de signe inhabituel ou de mauvaise tolérance.Surveillance dans les heures suivant chaque injection
Éducation
Dépistage et traitement des partenaires, éducation à la santé sexuelleLa prise en charge inclut le dépistage et le traitement des partenaires sexuels et l'éducation à la prévention. L'IDE incite le patient à informer et à orienter ses partenaires vers le dépistage, éduque à l'usage du préservatif, oriente vers le CeGIDD et accompagne sans stigmatisation, dans le respect du secret professionnel.Tout au long de la prise en charge
Neurosyphilis
Atteinte neurologique par le tréponème, pouvant survenir à tout stade de la maladie et se traduire par des céphalées persistantes, des troubles visuels ou auditifs, des signes neurologiques focaux ou des troubles cognitifs. Elle impose une prise en charge hospitalière par pénicilline G intraveineuse.Prévention
Dépistage et traitement précoces sur prescription, recueil IDE des signes neurologiques et sensoriels au cours du suivi, transmission médicale sans délai en cas de plainte évocatrice.Signes d'alerte
Céphalées persistantes inhabituelles · Troubles visuels ou auditifs récents · Troubles cognitifs, du comportement ou signes neurologiques focaux
Syphilis congénitale
Transmission materno-foetale de Treponema pallidum chez une femme enceinte non dépistée ou non traitée, responsable d'avortement, de mort foetale ou d'atteintes néonatales graves. Sa prévention repose sur le dépistage prénatal et le traitement de la mère.Prévention
Vérification IDE, en lien avec la sage-femme et le médecin, que le dépistage prénatal obligatoire a été réalisé ; alerte médicale en cas de sérologie positive chez la femme enceinte pour prise en charge conjointe mère-enfant.Signes d'alerte
Absence de dépistage prénatal documenté · Sérologie syphilitique positive chez la femme enceinte · Contexte d'exposition à risque pendant la grossesse
Atteintes tardives du stade tertiaire
Complications des formes non traitées après des années d'évolution silencieuse : atteinte cardiovasculaire (aortite), lésions destructrices dites gommes, atteintes viscérales. Pronostic marqué par des séquelles parfois irréversibles.Prévention
Repérage du risque et incitation au dépistage même en l'absence de symptômes, éducation au fait que la régression des lésions ne signe pas la guérison, orientation vers le médecin pour traitement adapté sur prescription.Signes d'alerte
Signes fonctionnels cardiovasculaires nouveaux · Lésions cutanéo-muqueuses destructrices · Altération de l'état général chez un patient à risque non traité
Surveillance prioritaire
Tolérance post-injection et réaction de Jarisch-Herxheimer
Après chaque injection sur prescription : surveillance sur place pendant au moins trente minutes pour ne pas méconnaître une réaction allergique, puis vigilance dans les vingt-quatre heures qui suivent (HAS, 2025) · Constantes stables (température, pouls, pression artérielle), absence de signe d'allergie immédiate ; une fièvre isolée avec céphalées et myalgies dans les heures suivantes évoque une réaction de Jarisch-Herxheimer, à tracer et à transmettre, bénigne hors grossesse et hors formes neurologiques, oculaires ou congénitales
Alerte
Suivi sérologique du titre (test non tréponémique)
Selon prescription : prélèvement au diagnostic puis aux dates de contrôle du suivi (décroissance attendue, négativation environ un an après une syphilis précoce) · Titre du TNT (VDRL/RPR) en décroissance significative après traitement puis négativation environ un an après une syphilis précoce ; toute stagnation ou remontée du titre est tracée et transmise au médecin
Alerte
Prévention de la transmission et dépistage des partenaires
À chaque contact de suivi et lors de l'éducation à la santé sexuelle · Partenaires informés et orientés vers le dépistage, autres IST dépistées sur prescription (VIH, hépatites B et C), usage du préservatif compris et reformulé par le patient
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Recommandations de prise en charge des personnes ayant une syphilis (recommandation de bonne pratique, validée par le Collège le 10 avril 2025) · HAS · 2025
Syphilis : symptômes et diagnostic · ameli (Assurance Maladie) · 2025
Syphilis : définition, évolution et transmission · ameli (Assurance Maladie) · 2025
Traitement de la syphilis · ameli (Assurance Maladie) · 2025
Syphilis : données de surveillance et épidémiologie · Santé publique France · 2024
Infections sexuellement transmissibles bactériennes : surveillance et données nationales · Santé publique France · 2024
Pilly Étudiant 2023, Item 162 : Infections sexuellement transmissibles · CMIT · 2023
Recommandations pour la pratique clinique : suivi de la grossesse (dépistage prénatal des IST) · CNGOF · 2023
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.