Thrombopénie
Diminution du taux de plaquettes sanguines en dessous de 150 G/L, pouvant entraîner un syndrome hémorragique si sévère en dessous de 50 G/L
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Thrombopénie fréquente en milieu hospitalier. Le PTI est la première cause de thrombopénie isolée acquise chez l'adulte. La TIH est une complication reconnue chez les patients sous héparine non fractionnée.
- Âge typique
- PTI de l'enfant : pic entre 2 et 5 ans, souvent post-viral et spontanément résolutif. PTI de l'adulte : prédominance chez les femmes jeunes de 20 à 40 ans. Thrombopénies secondaires : tout âge selon l'étiologie.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement, le PTI aigu de l'enfant guérit spontanément dans la majorité des cas en quelques semaines. Le PTI chronique de l'adulte évolue par poussées avec rechutes fréquentes à l'arrêt des corticoïdes. Le PTT non traité est rapidement mortel, mais la plasmaphérèse en urgence améliore considérablement le pronostic.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Hémogramme (NFS) avec frottis sanguin
Plaquettes 150 à 400 G/L. VPM 7 à 11 fL. Frottis : absence de schizocytes et de blastes. Macrothrombocytes évocateurs de PTI.Prélever sur prescription médicale (NFS et frottis systématiques devant tout purpura). Transmettre immédiatement au médecin : plaquettes inférieures à 10 G/L (risque majeur), présence de schizocytes (suspicion MAT), blastes présents (suspicion leucémie). Alerter si chute rapide des plaquettes en 24 à 48 heures.Bilan d'hémostase (TP, TCA, fibrinogène, D-dimères)
TP supérieur à 70 %, TCA ratio inférieur à 1,2, fibrinogène 2 à 4 g/L, D-dimères inférieurs à 500 microg/L.Prélever sur prescription médicale devant tout purpura fébrile ou instable. Transmettre immédiatement au médecin si profil de CIVD : TP inférieur à 50 %, fibrinogène inférieur à 1 g/L, D-dimères très élevés. Alerter en urgence si TIH suspectée (chute plaquettes J5 à J10 sous héparine).Myélogramme
Mégacaryocytes présents avec maturation normale. Absence de blastes (inférieurs à 5 %). Cellularité normale. Mégacaryocytes augmentés si PTI, diminués si aplasie.Préparer le patient pour le myélogramme sur prescription médicale : reformuler le geste, vérifier la traçabilité du consentement et de l'information médicale, installer en décubitus. Transmettre à l'hématologue : mégacaryocytes augmentés orienteraient vers un PTI, absents ou diminués vers une aplasie, blastes supérieurs à 20 % vers une leucémie aiguë.Sérologies virales, bilan auto-immun et échographie abdominale
Sérologies VIH, VHC, VHB négatives. AAN négatifs. Rate inférieure à 12 cm. Foie homogène.Prélever sur prescription médicale. Transmettre les résultats à l'hématologue : VIH ou VHC positifs orientant vers un PTI secondaire, AAN positifs orientant vers un lupus. Préparer le patient pour l'échographie abdominale : splénomégalie orientant vers une séquestration, hépatomégalie vers une cirrhose.Support
Mesures de protection et reposRepos au lit : strict si plaquettes inférieures à 10 G/L pour limiter le risque traumatique. Environnement sécurisé : lit bas, chaussures antidérapantes, pas d'objets coupants accessibles. Prévention des traumatismes : pas d'injection intramusculaire, pas de rasage mécanique.Maintien des mesures tant que les plaquettes restent inférieures à 50 G/L.
Actif
Corticothérapie et immunoglobulines IV (première ligne)Indication du traitement du PTI : plaquettes inférieures à 30 G/L ou syndrome hémorragique. Corticothérapie de première ligne : prednisone PO en cure courte de 3 à 4 semaines, sans décroissance prolongée. Réponse attendue en 7 à 14 jours. Immunoglobulines IV si urgence : perfusion sur 1 à 2 jours si hémorragie active ou plaquettes très basses menaçantes, réponse rapide en 24 à 72 heures mais transitoire. Rôle IDE : administrer sur prescription et surveiller la tolérance.Corticoïdes : cure courte de 3 à 4 semaines ; la corticothérapie prolongée est à proscrire (toxicité sans bénéfice). IgIV : effet transitoire de 2 à 4 semaines.
Actif
Agonistes TPO-RA et rituximab (deuxième ligne)PTI cortico-résistant ou dépendant : romiplostim SC (agoniste TPO-RA stimulant la production plaquettaire). Alternative : eltrombopag PO. Rituximab anti-CD20 IV : 4 perfusions hebdomadaires si échec des TPO-RA, avec réponse durable possible.TPO-RA : traitement au long cours. Rituximab : 4 perfusions hebdomadaires, évaluation à 3 mois.
Spécialisé
Splénectomie (PTI réfractaire)Splénectomie : indiquée si PTI supérieur à 12 mois cortico-dépendant ou réfractaire avec plaquettes basses symptomatiques. Voie coelioscopique préférentielle avec rémission durable fréquente. Rôle IDE : vérifier vaccinations pré-splénectomie réalisées 2 à 4 semaines avant, préparer le patient, surveiller le drain et la cicatrice en post-opératoire.Hospitalisation de 3 à 5 jours. Suivi hématologique à vie post-splénectomie.
Actif
Transfusion de concentrés plaquettairesTransfusion de concentrés plaquettaires : indication prophylactique si plaquettes inférieures à 10 G/L ou inférieures à 20 G/L avec fièvre. Indication curative : hémorragie active avec plaquettes inférieures à 50 G/L. Vérifier le rendement transfusionnel à une heure post-transfusion. Contre-indication relative : PTT (risque d'aggraver les thromboses).Transfusion ponctuelle selon les seuils. Contrôle NFS à H+1 post-transfusion.
Éducation
Éducation thérapeutique du patientMédicaments interdits : AINS (aspirine, ibuprofène) et anticoagulants non justifiés, signaler la thrombopénie à tout prescripteur. Prévention des traumatismes : sports de contact interdits si plaquettes inférieures à 50 G/L, brosse à dents souple, compression locale prolongée si saignement. Signes d'alerte : consulter en urgence si purpura extensif, bulles buccales, céphalées brutales ou saignement abondant.Éducation à chaque consultation et à chaque modification thérapeutique.
Hémorragie cérébrale
Complication la plus grave si plaquettes inférieures à 10 G/L. Hémorragie intraparenchymateuse ou méningée avec mortalité élevée et risque de séquelles neurologiques définitives.Prévention
Maintien des plaquettes au-dessus de 20 G/L par transfusions CP préventives si inférieures à 10 G/L. Traitement agressif du PTI si inférieures à 30 G/L. Repos strict si inférieures à 10 G/L. Éducation : céphalées inhabituelles imposent une consultation immédiate.Signes d'alerte
Céphalées brutales inhabituelles ne cédant pas aux antalgiques simples · Troubles de conscience : somnolence, confusion, désorientation · Déficit neurologique focal : hémiparésie, troubles du langage, anomalie pupillaire
Infections post-splénectomie
Infections fulminantes à germes encapsulés (pneumocoque, méningocoque, Haemophilus) avec risque très augmenté. Risque maximal les 2 premières années mais persistant à vie.Prévention
Vaccinations obligatoires 2 à 4 semaines pré-splénectomie (pneumocoque, méningocoque, Haemophilus). Antibioprophylaxie par pénicilline V à vie. Carte de splénectomie. Éducation : fièvre supérieure à 38 degrés impose une consultation en urgence en moins de 2 heures.Signes d'alerte
Fièvre supérieure à 38 degrés apparue brutalement · Frissons intenses avec altération de l'état général · Hypotension avec tachycardie évoquant un sepsis débutant
Allo-immunisation plaquettaire
Développement d'anticorps anti-HLA après transfusions plaquettaires répétées. Entraîne une réfractarité plaquettaire rendant les transfusions inefficaces. Nécessite des CP HLA-compatibles plus difficiles à obtenir.Prévention
Déleucocytation systématique des concentrés plaquettaires. Limitation des transfusions aux indications strictes selon les seuils. Surveillance du rendement transfusionnel à H+1 pour détecter précocement l'allo-immunisation.Signes d'alerte
Absence d'augmentation des plaquettes à H+1 post-transfusion · Nécessité de transfusions de plus en plus rapprochées · Réaction fébrile non hémolytique pendant la transfusion
Surveillance prioritaire
Syndrome hémorragique cutanéomuqueux
Inspection cutanéomuqueuse complète 2 fois par jour (purpura, ecchymoses, bulles buccales). Examen selles (méléna) et urines (hématurie). · Absence de purpura extensif. Pas de bulles hémorragiques buccales. Gingivorragies minimes inférieures à 5 minutes.
Alerte
Plaquettes et surveillance neurologique
NFS quotidienne si plaquettes inférieures à 20 G/L, 2 à 3 fois par semaine si 20 à 50 G/L. Surveillance neurologique 2 à 4 fois par jour si inférieures à 20 G/L. · Plaquettes supérieures à 50 G/L (seuil de sécurité). Glasgow 15/15. Absence de céphalées ou déficit neurologique.
Alerte
Hémorragies viscérales et état hémodynamique
TA, FC, SpO2 trois fois par jour. Examen selles et urines à chaque miction/selle. Surveillance digestive renforcée si corticoïdes (IPP associé). · TA stable, FC inférieure à 100/min. Selles normales. Urines claires. Hb stable.
Alerte
Tolérance des traitements
Glycémie, TA et poids sous corticoïdes. Surveillance per et post-transfusionnelle des CP. Tolérance IgIV pendant la perfusion. · Glycémie inférieure à 7 mmol/L. TA inférieure à 140/90 mmHg. Poids stable. Augmentation plaquettes de 30 à 50 G/L post-CP.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
PNDS Purpura thrombopénique immunologique de l'adulte · CeReCAI/HAS · 2024
Propositions pour le diagnostic et la prise en charge d'une thrombopénie induite par l'héparine (TIH) · GIHP/GFHT (SFAR) · 2019
Prise en charge des microangiopathies thrombotiques · CNR-MAT · 2023
Transfusion de plaquettes : produits, indications · HAS · 2015
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.