Endocrinien

Thyroïdite Subaiguë de De Quervain

Inflammation thyroïdienne virale post-infectieuse avec douleur cervicale antérieure intense, thyrotoxicose transitoire et VS très élevée

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La thyroïdite subaiguë de De Quervain est une inflammation douloureuse de la thyroïde d'origine virale, survenant après une infection respiratoire, caractérisée par une douleur cervicale antérieure intense, une VS très élevée et une thyrotoxicose transitoire par libération des hormones stockées. L'IDE joue un rôle central dans la surveillance de la douleur, le suivi biologique (VS, TSH) et l'éducation du patient sur la décroissance progressive des corticoïdes.
Prévalence
Thyroïdite fréquente en consultation endocrinienne, après Hashimoto
Âge typique
30 à 50 ans, forte prédominance féminine
Mortalité
Bénigne, guérison spontanée complète dans la grande majorité des cas. Hypothyroïdie définitive possible mais minoritaire

Précoces

Signes précoces

Douleur cervicale antérieureDouleur intense de la région thyroïdienne, unilatérale au début puis bilatérale, irradiant vers la mâchoire et les oreilles
Fièvre modéréeFébricule 38-38.5°C, syndrome pseudo-grippal, asthénie, myalgies
Dysphagie douloureuseDouleur à la déglutition, sensation de corps étranger cervical antérieur

Évolutifs

Signes évolutifs

Thyroïde douloureuse à la palpationGlande dure, très sensible, augmentée de volume, parfois asymétrique
Signes de thyrotoxicose (phase 1)Palpitations, tachycardie >100/min, tremblements fins des extrémités, nervosité, amaigrissement

Tardifs

Signes tardifs

Signes d'hypothyroïdie (phase 2)Asthénie marquée, frilosité, prise de poids, constipation, bradycardie

Gravité

Signes de gravité

Thyrotoxicose sévèreTachycardie rapide, fibrillation atriale, amaigrissement rapide et significatif. Alerter le médecin immédiatement
Hypothyroïdie profonde persistanteTSH très élevée persistante après 6 mois, asthénie majeure, bradycardie. Alerter le médecin pour substitution
Récidive inflammatoireRéapparition de la douleur cervicale avec réascension de la VS après décroissance trop rapide du traitement. Alerter le médecin

Mécanisme

Agression virale : le virus provoque une réaction inflammatoire directe du tissu thyroïdien avec infiltration lymphocytaire et cellules géantes.
Destruction folliculaire : les cellules thyroïdiennes sont détruites, libérant massivement les hormones T3 et T4 stockées dans la colloïde.
Thyrotoxicose par relargage : la TSH s'effondre car l'excès hormonal est passif, sans hypersécrétion active.
Syndrome inflammatoire majeur : la VS est très élevée avec CRP élevée, mais les leucocytes restent normaux ou peu élevés.
Scintigraphie blanche : la fixation d'iode est effondrée car les cellules détruites ne captent plus le traceur.
Évolution triphasique : thyrotoxicose (2-8 semaines) puis hypothyroïdie transitoire (par épuisement des stocks hormonaux) puis récupération de l'euthyroïdie, avec guérison en 2 à 6 mois.

Conséquences

Douleur cervicale : douleur antérieure intense, unilatérale au début puis bilatérale, irradiant vers la mâchoire et les oreilles.
État général : fièvre modérée 38-38.5 degrés Celsius, asthénie, myalgies et syndrome pseudo-grippal.
Thyroïde : glande douloureuse à la palpation, dure, augmentée de volume, parfois asymétrique.
Retentissement cardiaque : palpitations, tachycardie et tremblements pendant la phase de thyrotoxicose (2-8 semaines).
Phase d'hypothyroïdie : asthénie marquée, frilosité, prise de poids et constipation en phase 2 transitoire.
Déglutition : dysphagie douloureuse avec sensation de gêne cervicale antérieure.

Évolution

Évolution triphasique spontanée : phase 1 thyrotoxicose (quelques semaines, douleur maximale, VS très élevée), phase 2 hypothyroïdie transitoire (quelques mois, par épuisement des stocks hormonaux), phase 3 récupération de l'euthyroïdie (normalisation progressive), puis guérison complète dans la grande majorité des cas. Hypothyroïdie définitive minoritaire. Récidive rare.
Infection virale récente : survient 2 à 6 semaines après Coxsackie / EBV / CMV / oreillons / adénovirus
Infection respiratoire haute : rhinopharyngite ou grippe dans les semaines précédentes
Prédisposition génétique : terrain favorisant identifié
Saisonnalité : pic été-automne lors des épidémies virales respiratoires
Sexe féminin : forte prédominance féminine

Critères diagnostiques

Diagnostic clinico-biologique : douleur cervicale antérieure avec thyroïde douloureuse à la palpation, VS très élevée et thyrotoxicose
VS très élevée avec CRP élevée : marqueur inflammatoire principal
TSH effondrée avec T4L élevée en phase de thyrotoxicose ; anticorps anti-TPO négatifs
Échographie-Doppler : imagerie de première intention (zones hypoéchogènes, absence d'hypervascularisation)
Scintigraphie blanche : absence de fixation de l'iode, examen d'appoint en cas de doute diagnostique

Diagnostic différentiel

Maladie de Basedow : hypervascularisation au Doppler, scintigraphie fixante homogène, anticorps anti-RTSH positifs
Thyroïdite de Hashimoto : indolore, anticorps anti-TPO élevés, hypothyroïdie progressive sans phase de thyrotoxicose
Thyroïdite aiguë suppurée : douleur unilatérale, fièvre élevée >39 degrés Celsius, ponction purulente
Cancer thyroïdien : nodule dur indolore, cytoponction indiquée, pas de syndrome inflammatoire biologique

Examens complémentaires

VS (vitesse de sédimentation)

Très élevée, marqueur principal de la thyroïdite de De QuervainPrélever sur PM et transmettre les résultats au médecin. Alerter si la VS réascend en phase de décroissance (récidive possible).

TSH et T4 libre

Phase 1 : TSH effondrée avec T4L élevée. Phase 2 : TSH élevée avec T4L bassePrélever sur PM et transmettre les résultats au médecin. Alerter si TSH reste effondrée au-delà de la phase attendue ou si TSH très élevée en phase 2.

CRP et NFS

CRP élevée, leucocytes normaux ou modérément élevésPrélever sur PM ; transmettre les résultats au médecin ; alerter si hyperleucocytose franche à neutrophiles (surinfection bactérienne possible).

Anticorps anti-TPO

Négatifs dans la thyroïdite de De QuervainPrélever sur PM et transmettre le résultat au médecin. Leur négativité est un critère discriminant avec la thyroïdite de Hashimoto, où les anti-TPO sont positifs.

Échographie-Doppler thyroïdienne

Imagerie de première intention : zones hypoéchogènes hétérogènes, absence d'hypervascularisation au DopplerOrienter le patient vers le service de radiologie sur PM ; transmettre le compte-rendu au médecin pour le diagnostic différentiel.

Actif

AINS en première intentionSur prescription médicale, à prendre pendant les repas pour limiter les effets digestifs. L'IDE évalue l'efficacité sur la douleur à 48 à 72 h.

2 à 6 semaines, décroissance progressive

Actif

Corticothérapie orale (2e intention)Sur prescription médicale si douleur intense ou échec des AINS. Décroissance progressive selon le protocole prescrit, ne jamais arrêter brutalement.

6 à 8 semaines au total

Actif

Propranolol (bêtabloquant)Sur prescription médicale si thyrotoxicose symptomatique : palpitations, tremblements, tachycardie. Traitement purement symptomatique.

Phase 1 thyrotoxicose uniquement (2 à 8 semaines)

Actif

Lévothyroxine (phase 2)Lévothyroxine sur prescription médicale si hypothyroïdie symptomatique en phase 2. Réévaluation après quelques mois avec arrêt si TSH normalisée.

Temporaire (3 à 6 mois), définitive si hypothyroïdie persistante après 12 mois

Éducation

Contre-indication des antithyroïdiens de synthèseLes ATS sont formellement contre-indiqués : la thyrotoxicose est due au relargage passif des hormones par destruction cellulaire, pas à une hypersécrétion. Informer le patient que les ATS seraient inefficaces.

Information permanente à chaque consultation

Hypothyroïdie définitive

Destruction folliculaire trop étendue empêchant la récupération fonctionnelle. Survient dans une minorité de cas

Prévention

Surveiller la TSH tous les 3 mois pendant 12 mois sur PM ; alerter le médecin si TSH reste élevée >12 mois (hypothyroïdie définitive possible).

Signes d'alerte

TSH élevée persistante après 12 mois · Asthénie chronique non améliorée · Frilosité et prise de poids persistantes

Récidive inflammatoire

Nouvelle poussée douloureuse rare, souvent liée à un arrêt trop rapide de la corticothérapie

Prévention

Éduquer le patient à ne jamais arrêter les corticoïdes brutalement ; surveiller la VS lors de la décroissance (toutes les 2-4 semaines sur PM) ; alerter le médecin en cas de réascension.

Signes d'alerte

Douleur cervicale antérieure récidivante · Réascension de la VS · Fièvre récurrente

Fibrillation atriale (phase thyrotoxicose)

Trouble du rythme si thyrotoxicose sévère non contrôlée, surtout chez le sujet âgé ou cardiopathe

Prévention

Surveiller la FC et alerter le médecin si tachycardie >100/min ou palpitations ; réaliser un ECG de référence et le transmettre immédiatement ; administrer les bêtabloquants sur PM.

Signes d'alerte

Palpitations irrégulières persistantes · Tachycardie rapide malgré le repos · Dyspnée d'effort inhabituelle

Pronostic rassurant : guérison complète dans la grande majorité des cas, cette maladie est bénigne
Décroissance des corticoïdes : ne jamais arrêter brutalement, diminuer progressivement selon la prescription médicale
Évolution en trois phases : thyrotoxicose initiale puis hypothyroïdie temporaire puis normalisation avant guérison
Signes d'hypothyroïdie : consulter si fatigue marquée ou frilosité persistante, un traitement temporaire peut être nécessaire
Suivi biologique prolongé : contrôles TSH réguliers pendant 12 mois minimum pour dépister une hypothyroïdie définitive
Signes de récidive : consulter rapidement si réapparition de la douleur cervicale antérieure ou de la fièvre

Surveillance prioritaire

Douleur cervicale (EVA)

Quotidienne en phase aiguë, puis hebdomadaire · Douleur bien contrôlée sous traitement, amélioration progressive

Alerte

Douleur persistante >4 semaines sous AINS bien conduits : réévaluer l'EVA et transmettre l'évolution au médecin pour discuter la corticothérapieAggravation de la douleur malgré corticothérapie à dose suffisante : alerter le médecin et vérifier l'observance du traitement avec le patientDouleur insomniante avec retentissement sur l'alimentation : noter le poids et les ingestas, préparer un bilan nutritionnel sur PM

TSH et T4 libre

Toutes les 4-6 semaines pendant 6 mois, puis tous les 3 mois · TSH et T4L dans les normes (normalisation progressive attendue)

Alerte

TSH effondrée >8 semaines : transmettre le résultat au médecin et rechercher des signes de Basedow (exophtalmie, tremblements)TSH >10 mUI/L en phase 2 : alerter le médecin et surveiller les signes d'hypothyroïdie (bradycardie, frilosité, prise de poids)TSH élevée persistante après 12 mois : noter l'évolution de la courbe TSH et préparer la consultation endocrinologique (hypothyroïdie définitive possible)

VS et CRP

Toutes les 2-4 semaines jusqu'à normalisation · VS et CRP en baisse progressive jusqu'à normalisation

Alerte

VS >50 mm/h après 6 semaines de traitement : alerter le médecin et vérifier l'observance de la corticothérapie avec le patientRéascension de la VS après décroissance : transmettre les résultats au médecin et noter la posologie actuelle des corticoïdes (récidive possible)CRP élevée persistante sans amélioration clinique : surveiller la température et l'EVA douleur, préparer un bilan de contrôle sur PM

Rôle IDE détaillé

Évaluation douleur cervicale : EVA, irradiation, retentissement sur la déglutition
Palpation thyroïdienne : volume, consistance, sensibilité à la palpation
Recherche signes thyrotoxicose : FC, tremblements, poids

Références

Prise en charge des dysthyroïdies chez l'adulte · HAS · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.