Infectieux

Tuberculose Extra-Pulmonaire

Infection à Mycobacterium tuberculosis touchant un site autre que le poumon : ganglions, plèvre, os ou méninges, plus rarement appareil génito-urinaire et péricarde. Diagnostic souvent retardé, confirmé par prélèvements adaptés, culture et PCR. Traitement antituberculeux prolongé, déclaration obligatoire et suivi par le CLAT.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La tuberculose extra-pulmonaire est une infection par Mycobacterium tuberculosis touchant un site autre que le poumon : ganglions, plèvre, os, méninges, appareil génito-urinaire ou péricarde. Le diagnostic repose sur des prélèvements adaptés à la localisation : biopsie ou ponction du site atteint, analyse du LCR en forme neuro-méningée, culture du bacille de Koch et PCR selon disponibilité. Le traitement dure 6 mois pour la majorité des formes, 6 à 9 mois pour les atteintes ostéoarticulaires, 9 à 12 mois pour les formes neuro-méningées, avec déclaration obligatoire et coordination CLAT.
Prévalence
Données Santé publique France : 4 491 cas de tuberculose maladie déclarés en France en 2024, soit 6,6 cas pour 100 000 habitants, en baisse d'environ 8 % par rapport à 2023 (4 866 cas, 7,1 pour 100 000). Page Tuberculose mise à jour le 27 janvier 2026. Les formes extra-pulmonaires représentent environ 28 % des cas déclarés (BEH 2024 sur données 2022)
Âge typique
Adulte jeune et adulte d'âge moyen, avec une incidence majorée chez les personnes nées hors de France, notamment d'Afrique subsaharienne et arrivées en France depuis moins de deux ans
Mortalité
Mortalité non renseignée dans les données nationales synthétiques utilisées ici ; risque vital surtout dans les formes neuro-méningées, miliaires et disséminées

Précoces

Signes précoces

Adénopathies périphériquesGanglions cervicaux ou sus-claviculaires fermes, indolores, augmentant de volume sur plusieurs semaines
Douleur rachidienne progressiveDorsalgies ou lombalgies d'horaire mécanique puis inflammatoire, évoquant un Mal de Pott débutant
Sueurs nocturnes et amaigrissementFébricule, asthénie, perte de poids progressive sur plusieurs semaines, altération discrète de l'état général

Évolutifs

Signes évolutifs

Fistulisation ganglionnaireGanglion suppuré avec fistule cutanée chronique, terme historique d'écrouelles
Épanchement pleuralDyspnée d'effort progressive, matité de la base pulmonaire et abolition du murmure vésiculaire

Tardifs

Signes tardifs

Altération marquée de l'état généralAsthénie majeure, anorexie et amaigrissement supérieur à 10 % du poids corporel

Gravité

Signes de gravité

Tableau neuro-méningéCéphalées intenses, raideur de nuque, troubles de conscience ou déficits focaux : alerter sans délai le médecin
Compression médullaireDéficit moteur des membres inférieurs ou troubles sphinctériens dans le Mal de Pott : urgence neurochirurgicale
Tuberculose miliaireDissémination hématogène multi-organes avec état septique sévère et pronostic vital engagé

Mécanisme

Pénétration aérienne des bacilles avec primo-infection pulmonaire silencieuse, contrôlée par la réponse immunitaire dans la majorité des cas
Dissémination hématogène ou lymphatique du bacille vers d'autres sites : ganglions, plèvre, os, méninges, appareil génito-urinaire
Tuberculose ganglionnaire : forme extra-pulmonaire la plus fréquente, adénopathies cervicales avec nécrose caséeuse
Tuberculose pleurale : réaction d'hypersensibilité aux antigènes bacillaires provoquant un épanchement exsudatif lymphocytaire
Mal de Pott : spondylodiscite tuberculeuse touchant le rachis dorsal ou lombaire avec risque de compression médullaire
Tuberculose neuro-méningée : inflammation des méninges basales avec risque d'hydrocéphalie et de séquelles neurologiques

Conséquences

Adénopathies fermes indolores puis fistulisation cutanée chronique dans la forme ganglionnaire
Épanchement pleural progressif avec dyspnée d'effort lentement croissante dans la forme pleurale
Douleur rachidienne, raideur, déformation puis déficit moteur dans le Mal de Pott
Céphalées, raideur de nuque et troubles de conscience progressifs dans la forme neuro-méningée

Évolution

Installation insidieuse sur plusieurs semaines à plusieurs mois, avec un diagnostic souvent retardé par la lenteur de la culture (3 à 6 semaines). Sous traitement antituberculeux conduit jusqu'à son terme, la guérison est obtenue dans la grande majorité des cas. Des séquelles neurologiques (paraplégie, hydrocéphalie) restent possibles dans les formes graves diagnostiquées tardivement.
Origine pays à forte incidence : Afrique subsaharienne · Asie du Sud-Est · Europe de l'Est
Précarité sociale : situations de grande précarité · sans domicile · milieu carcéral
Immunodépression : VIH · immunosuppresseurs au long cours · biothérapies anti-TNF
Comorbidités : diabète déséquilibré · insuffisance rénale chronique · dénutrition
Réactivation : primo-infection ancienne restée latente, plus fréquente avec l'âge
Contage tuberculeux : contact prolongé avec un cas de tuberculose pulmonaire bacillifère

Critères diagnostiques

Granulome épithélioïde avec nécrose caséeuse à la biopsie : critère histologique évocateur
Culture du bacille de Koch positive : diagnostic de certitude, résultat en 3 à 6 semaines
PCR Xpert MTB/RIF positive : détection en 2 heures avec recherche simultanée de la résistance à la rifampicine
IDR ou test IGRA (Quantiféron) positif témoignant d'une infection tuberculeuse
Imagerie évocatrice : spondylodiscite à l'IRM rachidienne (Pott) ou méningite basale au scanner ou IRM cérébrale

Diagnostic différentiel

Lymphome ganglionnaire : adénopathies avec altération de l'état général, biopsie sans nécrose caséeuse
Sarcoïdose : granulome sans nécrose caséeuse, hypercalcémie, élévation de l'enzyme de conversion
Métastases ganglionnaires : adénopathies dures et fixées évoquant un cancer primitif
Spondylodiscite à pyogène : début aigu avec élévation marquée de la CRP et hémocultures positives
Méningite bactérienne classique : LCR trouble à polynucléaires, installation brutale

Examens complémentaires

Biopsie du site atteint (hors forme neuro-méningée)

Granulome épithélioïde et gigantocellulaire avec nécrose caséeuse à l'examen anatomopathologique, prélèvement complémentaire pour mycobactériologiePréparer le matériel et installer le patient selon la procédure du service. Acheminer le prélèvement au laboratoire d'anatomopathologie en respectant la traçabilité. Transmettre le compte rendu au médecin dès réception.

Analyse du LCR en cas de suspicion neuro-méningée

LCR clair lymphocytaire avec hypoglycorachie et hyperprotéinorachie ; culture du bacille de Koch et PCR Xpert MTB/RIF selon disponibilitéPréparer la ponction lombaire selon la prescription, installer le patient en décubitus latéral genoux fléchis dos arrondi. Acheminer le LCR au laboratoire en urgence. Surveiller l'état neurologique avant et après le geste et transmettre les résultats au médecin dès réception.

Culture du bacille de Koch et antibiogramme

Mycobacterium tuberculosis isolé, résultat en 3 à 6 semaines, antibiogramme orientant la suite du traitementAcheminer le prélèvement au laboratoire de mycobactériologie sans délai. Tracer l'envoi et la réception. Transmettre l'antibiogramme au médecin dès disponibilité, en particulier si une résistance est suspectée.

PCR Xpert MTB/RIF (liquide pleural, LCR, biopsie)

Détection ADN M. tuberculosis en 2 heures, recherche simultanée de la résistance à la rifampicineAcheminer immédiatement le prélèvement vers le laboratoire de bactériologie. Transmettre le résultat au médecin dès réception. Alerter sans délai si une résistance à la rifampicine est détectée.

Imagerie ciblée selon la localisation

IRM rachidienne en cas de Mal de Pott : spondylodiscite, abcès paravertébral, compression médullaire ; scanner cérébral et IRM cérébrale en cas de tableau neuro-méningé selon prescription, indiqués en cas de signes de localisation, troubles de conscience ou suspicion de complicationPréparer et accompagner le patient au transport. Surveiller la motricité et la sensibilité des membres inférieurs avant et après l'examen. Alerter le médecin si déficit moteur apparu ou aggravé.

Actif

Phase initiale RHZE (2 mois)Quadrithérapie antituberculeuse sur prescription : rifampicine, isoniazide, pyrazinamide, éthambutol. Prise unique quotidienne à jeun. L'IDE informe le patient de la coloration orange-rouge des urines et des larmes (bénigne, liée à la rifampicine) et veille à l'administration de la pyridoxine prescrite pour limiter la neuropathie liée à l'isoniazide.

2 mois

Actif

Phase de continuation RH (durée selon la localisation)Bithérapie de continuation par rifampicine et isoniazide selon prescription. Durée totale : 6 mois pour la majorité des formes extra-pulmonaires sensibles (ganglionnaire, pleurale, péricardique) ; 6 à 9 mois pour les atteintes ostéoarticulaires (Mal de Pott) selon l'étendue des lésions ; 9 à 12 mois pour les formes neuro-méningées selon l'évolution.

4 à 10 mois

Actif

Corticothérapie adjuvante (forme neuro-méningée)Corticothérapie sur prescription pour les six premières semaines de traitement, indiquée pour limiter l'inflammation des méninges basales et les séquelles neurologiques. Non recommandée en routine dans la forme péricardique selon les recommandations actuelles.

6 semaines en décroissance

Spécialisé

Décompression neurochirurgicale (Mal de Pott)Sur décision neurochirurgicale, notamment devant un déficit moteur, des troubles sphinctériens ou une aggravation neurologique. L'IDE prépare le patient au bloc, surveille la motricité et la sensibilité avant et après l'intervention et transmet toute modification au chirurgien.

Selon indication

Support

DOT ciblée (prise supervisée)Prise supervisée par un soignant proposée aux patients à risque d'inobservance : situations de grande précarité, sans domicile, antécédents d'inobservance, troubles cognitifs. Modalités coordonnées par le CLAT du territoire.

Toute la durée du traitement si indiquée

Paraplégie (Mal de Pott)

Compression médullaire par épidurite ou abcès paravertébral provoquant une paraplégie irréversible si la décompression chirurgicale est tardive.

Prévention

Surveiller la motricité et la sensibilité des membres inférieurs. Alerter le médecin sans délai si déficit, pour décision d'IRM en urgence et avis neurochirurgical.

Signes d'alerte

Douleur rachidienne progressive · Déficit moteur débutant · Raideur du rachis

Hydrocéphalie (forme neuro-méningée)

Inflammation des méninges basales bloquant la circulation du LCR avec hypertension intracrânienne et risque de séquelles neurologiques.

Prévention

Surveiller l'état de conscience, les céphalées et les vomissements. Administrer la corticothérapie sur prescription. Alerter le médecin si HTIC pour décision de dérivation ventriculaire.

Signes d'alerte

Céphalées persistantes · Troubles de conscience · Vomissements en jet

Tuberculose multi-résistante (TB-MR)

Résistance simultanée à au moins la rifampicine et l'isoniazide imposant un traitement prolongé avec prise en charge spécialisée.

Prévention

Assurer la prise quotidienne et tracer toute interruption. Transmettre l'antibiogramme au médecin dès réception. Coordonner le suivi avec le CLAT.

Signes d'alerte

Culture positive après 3 mois de traitement bien conduit · Aggravation clinique sous traitement · Contage TB-MR connu

Expliquer la durée du traitement : 6 mois pour la majorité des localisations, 6 à 9 mois pour les atteintes ostéoarticulaires, 9 à 12 mois pour les formes neuro-méningées
Insister sur la régularité des prises : tout oubli ou interruption expose au risque de résistance et d'échec thérapeutique
Reformuler les effets indésirables attendus : coloration orange-rouge des urines et des larmes liée à la rifampicine, à distinguer des signes d'alerte
Vérifier la compréhension des signes d'alerte à signaler : douleur abdominale, ictère, paresthésies des extrémités, troubles visuels
S'assurer que le patient connaît les modalités du suivi : bilans biologiques selon le calendrier, consultations programmées et dépistage de l'entourage organisé par le CLAT
Insister sur la confidentialité de la prise en charge : le signalement à l'agence régionale de santé porte des données protégées et non anonymes, parce qu'elles servent à organiser le dépistage de l'entourage ; la surveillance nationale, elle, suit les cas sans leur identité. Le suivi par le CLAT est gratuit et confidentiel

Surveillance prioritaire

État neurologique (forme méningée et Mal de Pott)

Au moins toutes les 4 heures en phase aiguë méningée, quotidienne dans le Mal de Pott · Glasgow 15, motricité bilatérale conservée, absence de déficit sensitif, absence de céphalée intense

Alerte

Glasgow inférieur à 13 ou troubles de conscience nouveaux : alerter sans délai le médecin et reprendre les constantes toutes les 15 minutesDéficit moteur ou sensitif des membres inférieurs : évaluer la motricité bilatérale, alerter sans délai et préparer les éléments du dossier si une imagerie est prescrite en urgenceConvulsions ou coma : protéger le patient en position latérale de sécurité, noter l'heure de début et préparer le matériel d'urgence

Tolérance hépatique du traitement antituberculeux

Bilan biologique sur prescription : J15, M1, M2 puis mensuel jusqu'à la fin du traitement · ASAT et ALAT inférieures à 3 fois la normale, absence d'ictère cutanéo-muqueux, absence de douleur abdominale

Alerte

Transaminases supérieures à 5 fois la normale : alerter le médecin pour décision d'arrêt et préparer le bilan rapproché si prescritIctère cutanéo-muqueux ou urines foncées : transmettre sans délai au médecin et tracer le moment d'apparitionDouleur abdominale ou nausées persistantes : recueillir les caractéristiques, transmettre au médecin et adapter la surveillance

Observance et tolérance globale

Quotidienne en hospitalisation, à chaque consultation en ambulatoire (DOT si prescrite) · 100 % des prises tracées au dossier, EVA effets indésirables inférieure à 3 sur 10, poids stable ou en reprise

Alerte

Inobservance répétée ou refus : tracer précisément les oublis, transmettre au médecin et au CLAT pour adaptation de l'accompagnementParesthésies des extrémités sous isoniazide : transmettre au médecin et vérifier l'administration effective de la pyridoxine prescriteTroubles visuels sous éthambutol : transmettre au médecin pour évaluation ophtalmologique en urgence

Rôle IDE détaillé

Recueillir les antécédents : origine pays à forte incidence, contage tuberculeux, immunodépression, traitements en cours
Repérer et décrire une tuméfaction cervicale ou sus-claviculaire signalée par le patient (localisation, gêne, évolution rapportée) et la transmettre au médecin
Évaluer la motricité et la sensibilité des membres inférieurs en cas de suspicion de Mal de Pott
Surveiller les signes d'appel d'un syndrome méningé (céphalées, raideur de nuque, photophobie) et l'état de conscience

Références

ALD N°29 Tuberculose maladie : actualisation juillet 2025 · HAS · 2025

Évaluation des stratégies de dépistage et de repérage précoce de la tuberculose pulmonaire · HAS · 2025

Tuberculose : données épidémiologiques actualisées (page mise à jour 27/01/2026) · Santé publique France · 2026

Tuberculose en France : épidémiologie 2022, BEH n°6-7 · Santé publique France / BEH · 2024

Article D.3112-7 Code de la santé publique : missions des centres de lutte contre la tuberculose · Légifrance · 2020

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.