Tuberculose pulmonaire
Infection pulmonaire à Mycobacterium tuberculosis transmissible par voie aérienne, à prise en charge prolongée et déclaration obligatoire.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, l’incidence de la tuberculose maladie était de 6,6 cas pour 100 000 habitants en 2024, en baisse d’environ 8 % par rapport à 2023 où 4 866 cas avaient été déclarés (taux de 7,1 pour 100 000) (SpF 2024). Les disparités régionales restent marquées : en 2023, Guyane 24,0 pour 100 000, Île-de-France 14,2 pour 100 000, Mayotte 12,8 pour 100 000.
- Âge typique
- Adulte jeune surtout : 42 % des cas entre 20 et 39 ans, âge médian 41 ans. Prédominance masculine (68 % d’hommes). Cas pédiatriques rares (environ 2 % chez les moins de 5 ans, BEH 6-7/2024).
- Mortalité
- Pronostic globalement favorable sous traitement bien suivi. En 2023, 30 décès ont été notifiés (environ 0,6 % des cas) et 13 formes graves (méningée ou miliaire) ont été repérées chez des enfants de moins de 15 ans (SpF 2023).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement, l’évolution peut être prolongée et grave (cavernes pulmonaires, hémoptysie, dissémination). Avec un traitement antituberculeux complet et bien suivi, l’amélioration clinique est habituellement progressive en quelques semaines, mais la durée totale de traitement reste de 6 mois (CEP/SPLF item 159, 2023).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Examen direct des crachats (recherche de BAAR)
Recherche de bacilles acido-alcoolo-résistants par microscopie sur prélèvements respiratoires. La nouvelle recommandation française privilégie 2 prélèvements de crachats sur le même jour (CEP/SPLF item 159, 2023).Examen d’orientation rapide qui oriente vers une forme contagieuse. L’IDE explique le geste, recueille les crachats selon protocole, étiquette et achemine sans délai au laboratoire.Test de biologie moléculaire (PCR Mycobacterium tuberculosis)
PCR rapide sur prélèvement respiratoire qui confirme l’espèce et oriente sur la résistance à la rifampicine en quelques heures.Examen complémentaire prescrit en parallèle de l’examen direct. L’IDE prépare le prélèvement et transmet le résultat sans le commenter au patient.Culture mycobactérienne et antibiogramme
Confirme le diagnostic de certitude et guide l’adaptation médicale du traitement. Résultats différés de plusieurs semaines.L’IDE n’interprète pas le résultat ; il en transmet la disponibilité au médecin et l’intègre à la traçabilité du suivi.Radiographie thoracique
Peut montrer des opacités, des cavernes ou une miliaire évocatrices ; à interpréter avec la clinique et la microbiologie.Examen de première intention réalisable rapidement. L’IDE organise l’examen, vérifie l’installation et transmet toute aggravation respiratoire pendant l’attente.Bilan biologique de référence
Bilan hépatique (ALAT, ASAT, bilirubine), créatinine, NFS, glycémie et sérologies VIH, VHB, VHC, prescrits avant l’instauration du traitement antituberculeux puis pour le suivi.L’IDE prélève selon prescription, transmet les résultats critiques (cytolyse hépatique, ictère biologique) et trace les bilans dans le dossier.Actif
Quadrithérapie antituberculeuse prescriteTraitement standard sur 6 mois associant 4 antituberculeux pendant 2 mois (isoniazide, rifampicine, pyrazinamide, éthambutol) puis 2 antituberculeux pendant 4 mois (isoniazide, rifampicine), selon prescription médicale (CEP/SPLF item 159, 2023). L’IDE administre aux horaires prescrits, surveille la prise réelle et trace chaque dose.Habituellement 6 mois selon prescription et évolution
Support
Précautions complémentaires airMises en place dès la suspicion sur prescription : chambre individuelle porte fermée, appareil de protection respiratoire FFP2 (norme EN 149) pour les soignants et visiteurs, masque chirurgical pour le patient lors des sorties de chambre prescrites (SF2H 2013). L’IDE met en place les mesures, les explique au patient et alerte sur tout écart.Jusqu’à la levée prescrite par le médecin
Support
Surveillance biologique du traitementBilan hépatique et ionogramme prescrits régulièrement pour repérer une hépatotoxicité ou une intolérance des antituberculeux. L’IDE prélève selon prescription et alerte sur toute valeur critique.Tout au long du traitement
Éducation
Éducation thérapeutique et accompagnementL’IDE explique l’importance d’une prise quotidienne sans interruption pendant 6 mois, signale les principaux effets indésirables à transmettre, informe sur la coloration orange des urines et larmes par la rifampicine et oriente vers le centre de lutte antituberculeuse pour le suivi de l’entourage.Pendant l’hospitalisation et au suivi
Hépatotoxicité des antituberculeux
L’isoniazide, la rifampicine et le pyrazinamide peuvent entraîner une cytolyse hépatique, parfois sévère, surtout en début de traitement et chez les patients fragilisés.Prévention
Surveiller cliniquement l’ictère et les troubles digestifs, transmettre tout résultat de bilan hépatique en hausse selon prescription.Signes d'alerte
Ictère ou urines foncées · Nausées et anorexie persistantes · Élévation des transaminases au bilan prescrit
Hémoptysie
L’atteinte pulmonaire évoluée peut s’accompagner d’une expectoration sanglante parfois importante et brutale.Prévention
Surveiller l’aspect et la quantité des crachats, transmettre tout saignement et préparer la surveillance hémodynamique demandée.Signes d'alerte
Stries de sang dans les crachats · Augmentation rapide du volume sanglant · Pâleur ou hypotension associée
Échec ou rechute par mauvaise observance
Une prise irrégulière ou un arrêt prématuré du traitement expose à un échec thérapeutique et à l’émergence de résistances bactériennes.Prévention
Repérer précocement les freins à l’observance (coût, mémoire, lassitude, addictions, isolement social) et transmettre pour réajustement.Signes d'alerte
Oublis répétés ou comprimés non pris · Discours de lassitude ou volonté d’arrêt prématuré · Absence d’amélioration clinique attendue
Toxicité visuelle de l’éthambutol
L’éthambutol peut entraîner une névrite optique avec baisse d’acuité visuelle et trouble de la vision des couleurs, le plus souvent réversible à l’arrêt.Prévention
Demander régulièrement au patient s’il perçoit normalement les couleurs et la netteté visuelle, transmettre tout symptôme oculaire pour réévaluation médicale.Signes d'alerte
Baisse d’acuité visuelle progressive · Confusion entre rouge et vert · Sensation de vision floue persistante
Surveillance prioritaire
Respiration et oxygénation
Quotidienne, renforcée en cas d’aggravation · Saturation supérieure ou égale à 94 % (ou cible adaptée si bronchopathie chronique), fréquence respiratoire entre 12 et 20/min, absence d’hémoptysie significative.
Alerte
Tolérance hépatique du traitement
Clinique quotidienne, biologique selon prescription · Absence d’ictère cutanéo-muqueux, urines claires, transaminases dans la norme du laboratoire ou en surveillance encadrée.
Alerte
Tolérance neurologique et visuelle
À chaque tour clinique · Acuité visuelle stable, perception des couleurs préservée, absence de paresthésies des extrémités.
Alerte
Observance et état général
À chaque prise · Prise effective des comprimés sous regard infirmier, poids stable ou en reprise, température en diminution, fatigue régressive.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Tuberculose en France : une légère hausse de l’incidence en 2023 · Santé publique France · 2023
L’épidémiologie de la tuberculose en France (BEH 6-7/2024) · Santé publique France · 2024
ALD n° 29 Tuberculose maladie, guide des actes et prestations · HAS · 2025
Item 159 Tuberculose de l’adulte et de l’enfant · CEP / SPLF · 2023
Recommandations de prévention de la transmission croisée par voie respiratoire : air ou gouttelettes · SF2H · 2013
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.