Dermatologie

Urticaire

Plaques qui démangent, parfois avec gonflement de la peau ou des lèvres.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L’urticaire est une éruption de plaques rouges ou rosées, en relief, qui démangent et changent de place : chacune s’efface habituellement en moins de 24 heures et ne laisse pas de trace, pendant que d’autres apparaissent ailleurs. Un gonflement plus profond, l’angio-œdème, peut s’y associer. On distingue la forme aiguë, qui dure moins de 6 semaines et le plus souvent quelques jours, et la forme chronique, présente depuis au moins 6 semaines. En pratique, l’IDE repère l’évolution, recherche un déclencheur possible et transmet rapidement les signes de gravité.
Prévalence
Affection fréquente : 15 à 20 % des personnes connaissent au moins un épisode aigu dans leur vie (Conférence de consensus 2003).
Âge typique
Tout âge. La forme aiguë est la plus fréquente, en particulier chez l’enfant (Dermato-INFO 2025).
Mortalité
La plupart des urticaires sont bénignes. L’urticaire allergique, rare, peut s’accompagner de signes respiratoires, digestifs ou d’un malaise par chute de tension, jusqu’au choc anaphylactique (Dermato-INFO 2025) ; un œdème du pharynx ou du larynx expose à l’asphyxie (Inserm 2016). Pour la forme chronique, les sources divergent : parfois grave en cas d’angio-œdème du larynx, du pharynx ou digestif selon la conférence de consensus de 2003, sans danger même avec un angio-œdème du visage selon Dermato-INFO en 2025.

Précoces

Signes précoces

Plaques prurigineusesPlaques rouges ou rosées, surélevées, qui démangent et peuvent changer de place.
Lésions fugacesChaque plaque disparaît habituellement en moins de 24 heures (Conférence de consensus 2003), au plus en 48 heures (Dermato-INFO 2025), sans laisser de trace.

Évolutifs

Signes évolutifs

Œdème du visageGonflement des paupières, des lèvres ou du visage (angio-œdème), plus ferme et plus durable que les plaques. Il accompagne un peu moins d’une urticaire sur deux (Dermato-INFO 2025) ; dans la forme chronique, près de la moitié des patients associent plaques et angio-œdème (Conférence de consensus 2003).
Poussées répétéesReprise des plaques sur plusieurs jours ou semaines, avec symptômes qui reviennent par épisodes.

Gravité

Signes de gravité

Gêne respiratoireToux ou crise d’asthme associées à l’urticaire : signes respiratoires d’une réaction allergique (Dermato-INFO 2025).
Gorge qui gonfleVoix qui change, gêne pour avaler ou pour respirer : l’œdème atteint les cordes vocales ou le larynx (Dermato-INFO 2025).
MalaiseMalaise par baisse de la pression artérielle, jusqu’au choc anaphylactique (Dermato-INFO 2025).
Douleurs abdominales et vomissementsDouleurs abdominales, vomissements ou diarrhée associés à l’urticaire : atteinte digestive d’une réaction allergique (Dermato-INFO 2025).

Mécanisme

Des cellules de la peau, les mastocytes, s’activent et libèrent des médiateurs, dont le principal est l’histamine (Dermato-INFO 2025).
Ces médiateurs dilatent les petits vaisseaux et les rendent plus perméables : rougeur, démangeaisons et œdème de la peau (Inserm 2016).
Quand l’œdème reste dans le derme superficiel, il forme les plaques et papules fugaces de l’urticaire (SFD 2026).
Quand il atteint le derme profond et l’hypoderme, il forme un angio-œdème : gonflement ferme et pâle, plus douloureux que prurigineux, qui peut durer 48 à 72 heures (Conférence de consensus 2003).

Conséquences

Plaques et papules prurigineuses, mobiles et fugaces
Gêne liée au prurit, avec grattage et sommeil perturbé (Conférence de consensus 2003)
Œdème possible, surtout aux paupières et aux lèvres (Dermato-INFO 2025)

Évolution

Les plaques se succèdent : chacune s’efface pendant que d’autres apparaissent ailleurs. La forme aiguë dure moins de 6 semaines, 4 à 5 jours en moyenne (Dermato-INFO 2025). L’urticaire chronique spontanée dure entre 1 et 4 ans, et certains patients ont encore des symptômes après dix ans d’évolution (SFD 2026) ; son traitement est réévalué régulièrement (Conférence de consensus 2003).
Médicaments : surtout des antibiotiques · notamment la pénicilline · et des anti-inflammatoires non stéroïdiens · notamment l’aspirine (Inserm 2016)
Aliments : le plus souvent sans allergie vraie, par excès d’aliments riches en histamine ou qui la libèrent (Inserm 2016)
Infections virales : contexte le plus fréquent de l’urticaire aiguë du petit enfant ; elles favorisent aussi la forme chronique (Dermato-INFO 2025)
Stress : il favorise ou aggrave les poussées (Dermato-INFO 2025, Conférence de consensus 2003)
Facteurs physiques : frottement · pression · froid · chaleur · effort ou soleil · dans les urticaires dites inductibles (Dermato-INFO 2025)

Critères diagnostiques

Plaques ou papules qui démangent
Lésions fugaces, souvent mobiles et sans trace résiduelle
Évolution par poussées
Parfois un œdème associé
Urticaire chronique spontanée : poussées quotidiennes ou presque depuis au moins 6 semaines, sans stimulus extérieur (SFD 2026)

Diagnostic différentiel

Vascularite pseudo-urticarienne (SFD 2026) : la conférence de consensus de 2003 décrit l’urticaire par vasculite comme une éruption fixe, qui ne se déplace pas, peu prurigineuse
Mastocytose, ou urticaire pigmentaire (SFD 2026)
Angio-œdème à bradykinine (SFD 2026) : devant des gonflements qui récidivent seuls, sans plaques superficielles, la conférence de consensus de 2003 fait rechercher un déficit de l’inhibiteur de la C1 estérase
Érythème polymorphe chez l’enfant, et pemphigoïde au stade prébulleux (Conférence de consensus 2003)

Examens complémentaires

Examen clinique

Plaques ou papules qui démangent, parfois avec œdème, et qui disparaissent vite.Le diagnostic s’appuie sur l’examen clinique et l’interrogatoire (Conférence de consensus 2003). L’IDE observe les lésions, leur durée et leur évolution ; les plaques ayant souvent disparu à la consultation, des photographies des poussées aident le médecin (Dermato-INFO 2025).

Interrogatoire des déclencheurs

Recherche d’un médicament récent ou pris au long cours, d’un aliment, d’un facteur physique ou d’un stress (Conférence de consensus 2003), et d’une infection virale récente, contexte fréquent de l’urticaire aiguë du petit enfant (Dermato-INFO 2025).L’IDE recueille les éléments utiles à transmettre au médecin pour orienter la cause probable.

Bilan médical si forme chronique ou atypique

En général aucun examen dans l’urticaire aiguë, sauf bilan allergologique si une allergie est suspectée ; pas de bilan allergologique dans la forme chronique (Dermato-INFO 2025). Pour le bilan sanguin minimal de la forme chronique, les sources divergent : d’emblée selon Dermato-INFO en 2025 ; selon la conférence de consensus de 2003, sans signe d’orientation, aucun examen systématique au départ, puis ce bilan seulement si l’urticaire résiste à 4 à 8 semaines d’antihistaminique.Une urticaire atypique, fixe ou peu prurigineuse, conduit le médecin à d’autres examens, dont la biopsie cutanée (Conférence de consensus 2003). L’IDE réalise les prélèvements prescrits et transmet les résultats.

Actif

Antihistaminique de deuxième générationAntihistaminique H1 de deuxième génération : traitement de première intention, efficace et bien toléré (SFD 2026, Conférence de consensus 2003). Dans la forme chronique, il se prend tous les jours en continu, pas seulement lors des poussées (Dermato-INFO 2025) ; chez l’adulte et l’adolescent de plus de 12 ans, les experts préconisent plutôt une prise le soir (SFD 2026). L’IDE rappelle la prise régulière selon l’ordonnance et surveille la tolérance, dont la somnolence.

Une à deux semaines peuvent suffire dans la forme aiguë ; souvent plusieurs mois dans la forme chronique (Dermato-INFO 2025)

Support

Éviction du déclencheur suspectÉviter, dans la mesure du possible, ce qui déclenche ou aggrave les poussées (Dermato-INFO 2025), dont les médicaments en cause, aspirine et anti-inflammatoires non stéroïdiens compris (Conférence de consensus 2003). L’arrêt d’un médicament suspect se décide avec le médecin ; l’IDE aide à repérer ce qui a précédé la poussée.

Tant que le déclencheur reste suspect ou confirmé

Support

Limiter frottements et chaleurVêtements amples quand le frottement provoque les plaques (dermographisme) ; pas de bains chauds ni d’effort intense quand la hausse de température corporelle les déclenche (urticaire cholinergique) (Dermato-INFO 2025).

Pendant les poussées et au quotidien si besoin

Actif

Corticoïdes : non recommandés dans la forme chroniqueLe groupe de travail de la SFD ne recommande pas les corticoïdes dans l’urticaire chronique spontanée : la plupart des experts estiment qu’ils favorisent la résistance aux antihistaminiques et la cortico-dépendance, d’autres les prescrivent exceptionnellement en cure très courte pour passer un cap (SFD 2026). Ils ne sont pas non plus un médicament d’urgence de la réaction allergique, car ils agissent en plusieurs heures (Dermato-INFO 2025).

Pas de traitement de fond par voie orale (Dermato-INFO 2025) ; une cure très courte reste exceptionnelle, sur décision médicale (SFD 2026)

Support

Urgence si réaction anaphylactiqueL’adrénaline par voie intramusculaire est le traitement de référence de la réaction anaphylactique ; l’injection est suivie d’un appel au 15 (Dermato-INFO 2025). L’IDE alerte immédiatement, prépare et administre l’adrénaline sur prescription ou selon le protocole de soins d’urgence du service, et surveille en continu.

Immédiat

Réaction allergique grave

L’urticaire allergique, rare, peut s’associer à des signes respiratoires, digestifs ou à une chute de tension ; le choc anaphylactique en est la forme la plus sévère (Dermato-INFO 2025).

Prévention

Repérer vite les signes d’alerte et déclencher la prise en charge urgente.

Signes d'alerte

Gorge qui gonfle · Gêne respiratoire · Malaise

Œdème de la gorge

Un angio-œdème du larynx gêne la respiration et la déglutition (Dermato-INFO 2025) et expose à l’asphyxie (Inserm 2016). Dans une réaction anaphylactique, l’adrénaline intramusculaire est le traitement de référence, avec appel au 15 (Dermato-INFO 2025).

Prévention

Surveiller la voix, la déglutition et la respiration dès qu’un œdème apparaît, alerter sans délai et administrer l’adrénaline sur prescription ou selon le protocole de soins d’urgence.

Signes d'alerte

Voix modifiée · Difficulté à avaler · Gêne pour respirer

Retentissement chronique

La forme chronique peut altérer la qualité de vie, la vie sociale et professionnelle, et générer une angoisse ; le prurit peut gêner le sommeil (Conférence de consensus 2003).

Prévention

Suivre l’évolution, évaluer la gêne et transmettre si le retentissement devient important.

Signes d'alerte

Sommeil perturbé · Anxiété · Humeur dépressive

Forme atypique prolongée

Une éruption fixe, qui ne se déplace pas et démange peu, évoque une urticaire par vasculite plutôt qu’une urticaire banale (Conférence de consensus 2003).

Prévention

Transmettre au médecin toute lésion fixe, peu prurigineuse ou associée à un purpura, pour réévaluation (Conférence de consensus 2003).

Signes d'alerte

Lésion fixe · Peu de démangeaisons · Purpura associé

Éviter, dans la mesure du possible, ce qui déclenche les poussées : vêtements amples si le frottement les provoque, pas de bain chaud si la chaleur les provoque (Dermato-INFO 2025).
Prendre l’antihistaminique comme prescrit ; dans la forme chronique, tous les jours en continu plutôt qu’au moment des poussées (Dermato-INFO 2025).
Dans la forme chronique, éviter les corticoïdes, en comprimés comme en injection, même devant un gonflement du visage (Dermato-INFO 2025).
Photographier les poussées pour les montrer au médecin, les plaques ayant souvent disparu à la consultation (Dermato-INFO 2025).
Consulter en urgence en cas de gêne pour respirer ou pour avaler, de voix modifiée ou de malaise (Dermato-INFO 2025).
Si un stylo d’adrénaline auto-injectable a été prescrit, surtout dans une urticaire allergique sévère ou certaines urticaires au froid, le patient et ses proches apprennent à reconnaître les signes d’alarme et à piquer dans la cuisse, puis à appeler le 15 (Dermato-INFO 2025).

Surveillance prioritaire

Étendue des plaques et prurit

À chaque évaluation puis selon l’évolution · Plaques en régression, prurit supportable, sommeil moins perturbé

Alerte

Extension rapide des plaquesPrurit très intense malgré le traitement prescritRéapparition fréquente des lésions au même rythme

Apparition d’un œdème

Surveillance rapprochée si le visage ou les lèvres sont atteints · Absence de gonflement progressif du visage, des lèvres ou de la langue

Alerte

Gonflement des lèvres, de la langue ou de la luetteVoix modifiéeDifficulté à avaler

Signes respiratoires

En continu si un œdème est présent ou si l’état se dégrade · Respiration libre, sans toux ni gêne

Alerte

TouxGêne pour respirer ou crise d’asthmeMalaise avec chute de la pression artérielle

Réponse au traitement et retentissement

Selon la poussée et le suivi · Amélioration des symptômes et reprise des activités habituelles

Alerte

Traitement peu efficaceSommeil très perturbéImpact important sur la vie quotidienne

Rôle IDE détaillé

Observer les plaques, leur aspect, leur extension et leur caractère fugace.
Rechercher un déclencheur récent : médicament, aliment, infection, facteur physique ou stress.
Surveiller le prurit, l’apparition d’un œdème et le retentissement sur le sommeil.

Références

Recommandations urticaire chronique spontanée (actualisation 2019, page mise à jour en 2026) : définition · SFD, Centre de preuves en dermatologie · 2019, mise à jour 2026

Recommandations urticaire chronique spontanée (actualisation 2019, page mise à jour en 2026) : adulte et adolescent de plus de 12 ans, palier 1, traitement de première intention · SFD, Centre de preuves en dermatologie · 2019, mise à jour 2026

Recommandations urticaire chronique spontanée (actualisation 2019, page mise à jour en 2026) : traitement par corticoïdes · SFD, Centre de preuves en dermatologie · 2019, mise à jour 2026

Tout savoir sur l’urticaire (Dermato-INFO) · Société Française de Dermatologie (SFD) · 2025

Prise en charge de l’urticaire chronique : conférence de consensus, texte des recommandations (version courte) · SFD, conférence de consensus selon la méthode ANAES (texte hébergé par la HAS) · 2003

Urticaire : une dermatose le plus souvent non allergique · Inserm · 2016

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.