Varicelle
Infection virale éruptive très contagieuse due au virus varicelle-zona (VZV), le plus souvent bénigne chez l'enfant sain mais grave sur certains terrains. L'enjeu IDE est de repérer les terrains à risque, de prévenir la surinfection de grattage et d'éviter les pièges médicamenteux (aspirine, AINS).
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- La varicelle n'est pas une maladie à déclaration obligatoire en France. Sa surveillance repose sur le réseau Sentinelles (Inserm, Sorbonne Université) en médecine ambulatoire, complété par les données de Santé publique France. On estime près de 700 000 cas par an en France, dont environ 90 % surviennent avant 10 ans, avec environ 3 000 hospitalisations et une vingtaine de décès annuels (vaccination-info-service, données 2024). La circulation est saisonnière, avec un pic de fin d'hiver et de printemps.
- Âge typique
- Maladie surtout pédiatrique : la grande majorité des cas survient chez l'enfant, environ 90 % avant 10 ans. Les formes de l'adolescent et de l'adulte réceptifs sont plus rares mais plus souvent graves
- Mortalité
- La mortalité globale est faible (une vingtaine de décès par an en France), mais fortement liée à l'âge et au terrain. Chez les personnes de plus de 15 ans, le risque de décès est environ 30 fois plus élevé et le risque d'hospitalisation environ 7 fois plus élevé que chez l'enfant de 1 à 4 ans. Les formes graves concernent surtout la femme enceinte, le nouveau-né, l'immunodéprimé et l'adulte (vaccination-info-service)
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Chez l'enfant en bonne santé, la varicelle guérit spontanément en une dizaine de jours au stade de croûtes, avec un traitement uniquement symptomatique. Sur les terrains à risque (femme enceinte, nouveau-né, immunodéprimé, adulte), l'évolution peut se compliquer d'une pneumopathie varicelleuse, d'une atteinte neurologique ou d'une surinfection cutanée grave, justifiant un traitement antiviral par aciclovir sur prescription, souvent par voie intraveineuse. La contagiosité s'étend d'un à deux jours avant l'éruption jusqu'à ce que toutes les lésions soient au stade de croûtes.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Diagnostic clinique
Le diagnostic de varicelle est le plus souvent clinique : éruption vésiculeuse prurigineuse polymorphe dans un contexte de contage. Aucun examen n'est nécessaire dans la forme typique de l'enfant sainL'IDE recueille les éléments d'orientation (contage, aspect et topographie des lésions, terrain) et les transmet au médecin qui pose le diagnostic. Elle ne pose pas le diagnostic mais oriente le repérage vers les terrains à risque.PCR VZV sur liquide vésiculaire
ADN du VZV détecté par PCR en cas de doute diagnostique ou de forme atypique, notamment chez l'immunodéprimé ; permet de confirmer l'infection à VZVL'IDE réalise le prélèvement du liquide vésiculaire sur prescription, identifie l'échantillon et l'achemine au laboratoire de virologie. L'analyse relève du biologiste ; l'IDE transmet le résultat au médecin.Sérologie VZV (recherche d'immunité)
Recherche d'anticorps anti-VZV pour déterminer si un sujet exposé est réceptif, notamment femme enceinte, professionnel de santé ou entourage d'immunodéprimé ; anticorps présents en cas d'immunité ancienneL'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. Elle transmet le résultat au médecin, qui décide de la conduite (vaccination, immunoglobulines, surveillance) selon la réceptivité et le terrain.Bilan en cas de forme grave
NFS, CRP, bilan hépatique et rénal, hémocultures selon le contexte en cas de surinfection, de pneumopathie ou d'atteinte neurologique, sur prescription médicaleL'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire, transmet les valeurs avec leurs unités et leur tendance au médecin. Elle alerte devant tout résultat évoquant une surinfection sévère ou une atteinte viscérale.Support
Soins cutanés et prévention de la surinfectionLavage à l'eau et au savon, préféré aux antiseptiques (la chlorhexidine aqueuse est déconseillée en raison de rares réactions allergiques graves). Ongles coupés courts pour limiter les lésions de grattage, pas de poudre ni de talc, ne pas percer les vésicules. L'IDE réalise et éduque à ces soins, cœur de la prévention de la surinfection.Toute la durée de l'éruption jusqu'au stade de croûtes
Actif
Paracétamol pour la fièvre (jamais aspirine ni AINS)Le paracétamol est le seul antipyrétique utilisé, sur prescription. L'aspirine est contre-indiquée (risque de syndrome de Reye) et les AINS (ibuprofène, kétoprofène) sont à éviter car ils augmentent le risque de surinfection bactérienne grave, notamment de fasciite nécrosante (alerte ANSM). L'IDE administre le paracétamol selon prescription et éduque à ne jamais prendre d'aspirine ni d'AINS.Selon la fièvre, sur prescription
Actif
Antihistaminique sédatif pour le pruritUn antihistaminique sédatif peut être prescrit pour soulager le prurit et limiter le grattage nocturne. L'IDE administre sur prescription, surveille la somnolence et transmet la tolérance au médecin.Sur prescription pendant la phase prurigineuse
Actif
Aciclovir sur les formes graves et terrains à risqueL'aciclovir n'est pas systématique. Il est réservé, sur prescription, aux formes graves et aux terrains à risque (immunodéprimé, femme enceinte dont l'éruption survient autour de l'accouchement, pneumopathie ou encéphalite, nouveau-né), souvent par voie intraveineuse. L'IDE administre et surveille selon prescription ; chez l'enfant sain, le traitement reste symptomatique.Selon prescription dans les formes graves
Éducation
Protection des sujets à risque de l'entourageL'IDE éduque à limiter le contact du malade contagieux avec les femmes enceintes réceptives, les nouveau-nés et les immunodéprimés. En milieu de soins, elle met en place les précautions complémentaires air et contact et signale tout contage d'un sujet à risque au médecin.Toute la phase contagieuse
Éducation
Vaccination ciblée sur prescription ou protocoleLe vaccin vivant atténué est recommandé de façon ciblée (adolescents 12 à 18 ans sans antécédent, femmes en âge de procréer réceptives sous contraception, professionnels de santé et de la petite enfance réceptifs, entourage d'immunodéprimés, post-exposition dans les 3 jours). Il est contre-indiqué pendant la grossesse et l'immunodépression. L'IDE vaccine sur prescription ou protocole et vérifie l'absence de contre-indication.Deux doses selon le calendrier vaccinal en vigueur
Surinfection cutanée bactérienne
Complication la plus fréquente, favorisée par le grattage : impétiginisation, dermohypodermite, voire fasciite nécrosante à staphylocoque ou streptocoque. Le risque est majoré par la prise d'AINS.Prévention
Soins cutanés à l'eau et au savon, ongles coupés courts, éviction du grattage, jamais d'AINS. L'IDE surveille l'état cutané, éduque à l'hygiène et alerte le médecin devant tout signe inflammatoire extensif.Signes d'alerte
Rougeur inflammatoire péri-lésionnelle qui s'étend · Écoulement purulent d'une lésion · Réascension de la fièvre après apyrexie
Pneumopathie varicelleuse
Atteinte pulmonaire spécifique du VZV, plus fréquente et plus grave chez l'adulte et l'immunodéprimé, pouvant conduire à une insuffisance respiratoire.Prévention
Repérage du terrain à risque, surveillance de la fonction respiratoire, protection des sujets réceptifs. L'IDE surveille la fréquence respiratoire et la saturation et alerte le médecin devant toute gêne respiratoire.Signes d'alerte
Toux persistante · Polypnée ou essoufflement · Baisse de la saturation en oxygène
Atteinte neurologique
Ataxie cérébelleuse (souvent bénigne chez l'enfant) ou plus rarement encéphalite, imposant une prise en charge médicale rapide. Le syndrome de Reye survient en cas de prise d'aspirine (atteinte hépatique et cérébrale grave).Prévention
Interdiction absolue de l'aspirine, surveillance neurologique sur terrain à risque. L'IDE recueille et alerte devant tout trouble de l'équilibre, de la conscience ou du comportement.Signes d'alerte
Troubles de l'équilibre ou de la marche · Confusion ou somnolence inhabituelle · Vomissements répétés (alerte syndrome de Reye si aspirine)
Varicelle de la femme enceinte et du nouveau-né
Varicelle congénitale possible en cas d'infection maternelle avant 20 semaines d'aménorrhée, et varicelle néonatale grave si l'éruption maternelle survient autour de l'accouchement.Prévention
Repérer la réceptivité de la femme enceinte exposée et la transmettre sans délai au médecin, protéger les femmes enceintes réceptives du contage. L'IDE ne prescrit ni immunoglobulines ni antiviral : elle alerte pour décision médicale.Signes d'alerte
Contage d'une femme enceinte réceptive · Éruption maternelle en période péri-partum · Éruption chez un nouveau-né dans les premiers jours de vie
Surveillance prioritaire
État cutané et signes de surinfection
À chaque contact et sur prescription en cas de forme évolutive ou de terrain à risque · Lésions évoluant normalement vers la croûte, absence de placard rouge chaud douloureux extensif ; toute rougeur inflammatoire étendue, écoulement purulent ou fièvre en rebond est un signe d'alerte à transmettre
Alerte
État général, respiratoire et neurologique
Régulièrement chez le sujet à risque (adulte, immunodéprimé, nouveau-né) et sur prescription · Fréquence respiratoire et saturation dans les valeurs habituelles du patient, conscience et comportement normaux, hydratation conservée ; toute polypnée, désaturation ou trouble neurologique est un signe d'alerte
Alerte
Contexte médicamenteux et terrain à risque
À l'accueil et à chaque nouvelle prescription ou automédication signalée · Absence de prise d'aspirine ou d'AINS, paracétamol seul utilisé pour la fièvre, terrain à risque identifié et transmis au médecin
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Varicelle : que faire et quand consulter · ameli (Assurance Maladie) · 2024
Varicelle : la maladie, la vaccination et ses recommandations · Vaccination Info Service (professionnels) · 2024
Surveillance de la varicelle en médecine ambulatoire · Réseau Sentinelles (Inserm, Sorbonne Université) · 2026
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et complications infectieuses graves · ANSM · 2020
Complications infectieuses graves avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens · SFMU · 2019
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.