ECBU

Recueillir un échantillon d'urines dans des conditions évitant la contamination pour permettre un examen cytobactériologique fiable.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : motif, contexte clinique (signes urinaires, fièvre, bilan pré-opératoire)
Vérifier l'identité du patient (bracelet, question ouverte)
Identifier le mode de recueil adapté : milieu de jet chez le patient autonome, recueil sur sonde chez le patient sondé, poche collectrice chez le nourrisson
Vérifier si le patient a pris des antibiotiques récemment : le signaler sur le bon de demande

Patient

Expliquer le geste et son importance : un recueil mal fait rend l'examen ininterprétable
Expliquer la technique du milieu de jet si le patient est autonome
Privilégier les premières urines du matin ou des urines ayant stagné au moins 4 heures dans la vessie
S'assurer de l'intimité du patient pour le recueil

Matériel

Pot stérile à large ouverture avec bouchon hermétiqueCompresses ou lingettes pour toilette intimeSavon doux ou antiseptique doux selon protocole du serviceGants non stérilesÉtiquettes patient pré-impriméesBon de demande de bactériologie

Évaluation et organisation

1 min
Observer la situation clinique et choisir la méthode de recueil adaptée.
Patient autonome et continent : recueil en milieu de jet (technique de référence)Patient sondé à demeure : prélèvement sur le site de ponction de la sonde (jamais dans la poche)Nourrisson : poche collectrice stérile après toilette soigneusePatient non coopérant ou en situation de handicap : évaluer la faisabilité et adapter avec l'équipe

Hygiène des mains

1 min
Réaliser une friction hydroalcoolique avant de préparer le matériel.
Friction SHA jusqu'au séchage complet, environ 30 secondesEnfiler les gants non stérilesOuvrir le pot stérile sans toucher l'intérieur ni le bord

Toilette intime du patient

2 min
Nettoyer le méat urinaire pour réduire la contamination par la flore périnéale.
Femme : écarter les lèvres et nettoyer d'avant en arrière, du méat vers le périnée, avec une compresse savonneuseHomme : décalotter si possible et nettoyer le gland avec une compresse savonneuseRincer au sérum physiologique ou à l'eau, sécher avec une compresse propre
Nettoyer toujours d'avant en arrière chez la femme : un mouvement inverse ramène la flore digestive vers le méat.

Recueil en milieu de jet

2 min
Le patient commence à uriner dans les toilettes puis recueille le milieu du jet dans le pot stérile.
Demander au patient de commencer à uriner normalement (le premier jet élimine la flore urétrale)Placer le pot stérile sous le jet sans interrompre la mictionRecueillir 20 à 30 mL d'urines (remplir le pot au tiers environ)Retirer le pot et refermer immédiatement le bouchon hermétiquementLe patient finit d'uriner normalement
Ne jamais toucher l'intérieur du pot ou du bouchon. Refermer immédiatement après le recueil.

Recueil sur sonde urinaire (si patient sondé)

3 min
Prélever sur le site dédié de la sonde, jamais dans la poche collectrice.
Clamper la tubulure en dessous du site de ponction pour accumuler des urines fraîches : la durée dépend de la diurèse, sans dépasser 30 minutesDésinfecter le site de ponction de la sonde avec une compresse alcooliséePrélever sur le site de ponction dédié avec un adaptateur sans aiguille (système clos) ; l'aiguille fine n'est utilisée que sur les anciens sites auto-obturantsRecueillir 10 à 20 mL dans le pot stérileDéclamper la sonde immédiatement après le prélèvement
Prélever dans la poche collectrice donne un résultat faussement positif : les urines stagnantes sont colonisées.

IDE

Identification et acheminement

2 min
Étiqueter le pot et acheminer au laboratoire dans les meilleurs délais.
Étiqueter le pot au lit du patient : nom, prénom, date de naissance, date et heure du recueilRenseigner le bon de demande : contexte clinique, antibiothérapie en cours ou récente, mode de recueilAcheminer au laboratoire dans les 2 heures à température ambianteSi acheminement retardé : conserver au réfrigérateur à 4 °C (maximum 24 heures)

IDE

Traçabilité

Documenter le prélèvement dans le dossier de soins.
Noter : heure du recueil, mode de prélèvement (milieu de jet, sur sonde, poche), aspect macroscopique des urines si anormalTransmettre à l'équipe médicale que l'examen a été réalisé

Ne pas expliquer la technique du milieu de jet au patient

Prendre le temps d'expliquer, si besoin avec un schéma : commencer à uriner, puis placer le pot sous le jet, puis retirer.

Pourquoi

Le patient remplit le pot dès le début de la miction. Le premier jet contient la flore urétrale et les cellules de desquamation, qui contaminent l'échantillon et rendent l'examen ininterpr��table.

Prélever dans la poche collectrice chez le patient sondé

Clamper la tubulure en dessous du site de ponction (durée selon la diurèse, sans dépasser 30 min), puis prélever sur le site dédié avec un adaptateur sans aiguille après désinfection.

Pourquoi

Les urines stagnantes dans la poche sont colonisées par les bactéries de l'environnement. Le résultat est systématiquement faussement positif.

Laisser l'échantillon à température ambiante plus de 2 heures avant acheminement

Acheminer dans les 2 heures. Si délai prévisible, conserver au réfrigérateur à 4 °C (maximum 24 heures).

Pourquoi

Les bactéries se multiplient rapidement à température ambiante. Le dénombrement bactérien augmente et dépasse les seuils de significativité, créant un faux positif.

Nettoyer le méat de la femme d'arrière en avant

Toujours nettoyer d'avant en arrière chez la femme, en écartant les lèvres, avec un geste unique par compresse.

Pourquoi

Ce mouvement ramène les entérobactéries de la région anale vers le méat urinaire. E. coli, germe le plus fréquent des infections urinaires, vient précisément de cette zone.

Ne pas signaler l'antibiothérapie en cours sur le bon de demande

Renseigner systématiquement le bon : molécule, dose, durée du traitement en cours.

Pourquoi

Le laboratoire interprète la culture dans un contexte. Une culture négative sous antibiotique ne signifie pas absence d'infection. Sans cette information, le résultat peut être mal interprété.

Réaliser le recueil debout, penché, avec le pot tenu à bout de bras

Installer le patient confortablement sur les toilettes ou sur le bassin. Adapter la posture pour travailler à bonne hauteur.

Pourquoi

La posture instable du soignant augmente le risque de renversement, de contact avec les surfaces non stériles et de lombalgies en cas de répétition.

Mnémo

MILIEU : Méat nettoyé, Intimité respectée, Laisser le premier jet, Immédiat au labo, Étiquetage au lit, Urines de stase (4 h minimum)

Le milieu de jet est la technique de référence : il élimine la flore urétrale du premier jet
Chez le patient sondé : prélever sur le site de ponction de la sonde, jamais dans la poche
Acheminement dans les 2 heures, ou réfrigération à 4 °C si délai (maximum 24 heures)
Un ECBU polymicrobien est très probablement contaminé : signaler au médecin et refaire le recueil
L'antibiothérapie en cours est une donnée pré-analytique essentielle à transmettre au laboratoire

Surveiller

Vérifier que la sonde a bien été déclampée si prélèvement sur sonde
Observer l'aspect des urines : trouble, hématurique, odeur inhabituelle
S'assurer que l'échantillon a bien été acheminé au laboratoire

Transmettre et noter

Méthode DAR : heure du recueil, mode de prélèvement, aspect des urines, signes cliniques associés
Signaler au médecin tout résultat positif à réception
Transmettre si difficulté de recueil : patient non coopérant, recueil non conforme, souillure visible

Objectifs

Confirmer ou exclure une infection urinaire par un résultat fiable
Identifier le germe responsable et son antibiogramme pour adapter le traitement
Éviter les faux positifs liés à une contamination lors du recueil

Indications

Signes fonctionnels urinaires (brûlures mictionnelles, pollakiurie, dysurie) avec fièvre ou signes de gravité
Bilan étiologique d'une fièvre inexpliquée
Bilan pré-opératoire en chirurgie urologique ou avec pose de matériel
Surveillance d'une infection urinaire sous traitement (contrôle de guérison)
Contexte gériatrique avec confusion ou altération de l'état général

Contre-indications

Prélèvement dans la poche collectrice d'une sonde urinaire (résultat non interprétable)
Recueil en cours de menstruation sans protection adaptée (risque de contamination sanguine)

Contamination du prélèvement (faux positif)

Culture polymicrobienne (plusieurs germes) ou présence de cellules épithéliales en grand nombre
Discordance entre la clinique et le résultat (culture positive chez un patient asymptomatique)

Conduite

Signaler la discordance au médecin. Un ECBU contaminé doit être refait dans de meilleures conditions de recueil.

Références

Diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires bactériennes communautaires de l'adulte (actualisation 2018) · SPILF · 2015

Cystite, pyélonéphrite et colonisation urinaire au cours de la grossesse · SPILF · 2015

Référentiel en microbiologie médicale (REMIC 7) · SFM · 2022

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.