Pansement de brûlure

Réaliser la réfection d'un pansement de brûlure en technique stérile, évaluer la cicatrisation et gérer la douleur procédurale.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : topique, type de pansement, fréquence de réfection
Consulter le dossier : profondeur et surface de la brûlure, évolution, allergies aux topiques
Administrer l'analgésie préventive 30 minutes avant le soin (prescription obligatoire)
Évaluer la douleur de base (EVA ou EN) avant de commencer

Patient

Expliquer le soin et sa durée (30 à 60 minutes selon l'étendue)
Vérifier que l'analgésie préventive a été administrée 30 minutes avant
Installer confortablement : zone brûlée accessible, position antalgique
Protéger l'intimité : porte fermée, paravent, ne découvrir que le nécessaire
Chauffer la pièce à 25-28 degrés C (le patient brûlé perd sa thermorégulation cutanée)

Matériel

Gants stériles + masque chirurgicalSet de pansement stérile (pinces, compresses stériles, cupule)Sérum physiologique tiède (37 degrés C)Antiseptique selon prescription (chlorhexidine aqueuse)Topique prescrit (sulfadiazine argentique, pansement gras Urgotul/Mépitel)Pansement secondaire (compresses absorbantes, bandes de fixation)Ciseaux stérilesConteneur DASRI

Évaluation et préparation de l'environnement

5 min
Évaluer le patient, vérifier l'analgésie et préparer l'environnement thermique.
Évaluer la douleur : l'analgésie préventive a-t-elle été administrée ? EVA acceptable ?Chauffer la pièce à 25-28 degrés C, éliminer les courants d'airRéchauffer le sérum physiologique d'irrigation à 37 degrés CPréparer le matériel stérile sur le plan de travail

Hygiène des mains et mise en place du masque

3 min
Friction chirurgicale des mains, masque et gants stériles.
Friction chirurgicale des mains (ou lavage chirurgical si indiqué)Mettre le masque chirurgical avant l'ouverture des emballages stérilesOuvrir aseptiquement le set de pansement

Retrait de l'ancien pansement

10 min
Retirer délicatement l'ancien pansement en humidifiant si adhérent.
Retirer les couches externes (pansement secondaire)Humidifier le pansement primaire au sérum physiologique tiède si adhérentNe jamais arracher : le tissu de bourgeonnement est fragileObserver l'aspect du pansement retiré : exsudat, odeur, coloration
Humidifier AVANT de retirer si le pansement adhère. L'arrachement détruit le tissu de bourgeonnement et aggrave la douleur.

IDE

Évaluation de la brûlure

3 min
Évaluer la plaie à nu pour suivre l'évolution de la cicatrisation.
Profondeur : fond rosé (2e degré superficiel) ou blanchâtre/grisâtre (2e degré profond)Surface : mesurer ou estimer l'évolution par rapport au dernier pansementBourgeonnement : présence de tissu de granulation rouge et humide (signe favorable)Signes d'infection : pus, odeur, rougeur extensive péri-lésionnelle, fièvre
Fond blanchâtre + hypoesthésie = 2e degré profond. Signaler toute brûlure non cicatrisée vers J10-15 (évaluation par un brûlologue) ; au-delà de 21 jours, avis chirurgical pour greffe.

Nettoyage et détersion

15 min
Irriguer au sérum physiologique tiède, éliminer les débris, sécher par tamponnement.
Irriguer abondamment au sérum physiologique tiède (37 degrés C)Éliminer les débris de fibrine et les tissus nécrosés à la compresse ou à la pince stérileNettoyer du centre vers la périphérie, une compresse par passageRespecter les zones de bourgeonnement actif (ne pas traumatiser le tissu de granulation)Sécher la peau péri-lésionnelle par tamponnement délicat

Application du topique et pansement primaire

10 min
Appliquer le topique prescrit et poser le pansement de contact adapté.
Appliquer le topique selon prescription : sulfadiazine argentique en couche de 2-3 mm ou pansement grasPansement de contact non adhérent (Urgotul, Mépitel) pour le 2e degré superficielDécouper le pansement aux dimensions de la plaieAppliquer sans tension ni plis sur toute la surface brûlée

Pansement secondaire et fixation

5 min
Appliquer les compresses absorbantes et fixer sans comprimer.
Compresses absorbantes sur le pansement primaireFixer avec bandes ou adhésif sans comprimerPermettre la mobilité articulaire si possibleDater et signer le pansement

IDE

Réévaluation post-soin et traçabilité

5 min
Évaluer la douleur post-soin, réinstaller le patient et tracer dans le dossier.
EVA post-soin : l'analgésie a-t-elle été suffisante ?Réinstaller le patient confortablementTracer dans le dossier : aspect de la brûlure (profondeur, surface, bourgeonnement), produits utilisés, douleur, prochaine réfectionProgrammer la prochaine réfection selon la prescription et l'évolution

Ne pas administrer l'analgésie 30 minutes avant le soin

Analgésie préventive 30 minutes avant le soin (palier 2 ou 3 selon prescription). Évaluer l'EVA avant de commencer. Ne pas débuter si la douleur est non contrôlée.

Pourquoi

La détersion est la phase la plus douloureuse. Sans analgésie préventive, le patient souffre, s'agite et le soin est de mauvaise qualité. Le traumatisme compromet l'adhésion aux soins futurs.

Arracher le pansement adhérent

Humidifier abondamment au sérum physiologique tiède avant de retirer. Attendre le décollement spontané.

Pourquoi

Le pansement primaire adhère au tissu de bourgeonnement. L'arrachement détruit le tissu de granulation fragile, retarde la cicatrisation et provoque une douleur intense.

Ne pas chauffer la pièce avant le soin

Chauffer la pièce à 25-28 degrés C, éliminer les courants d'air, réchauffer le sérum physiologique à 37 degrés C.

Pourquoi

Le patient brûlé a perdu sa barrière cutanée thermorégulatrice. Les déperditions thermiques sont majeures lors du retrait du pansement. L'hypothermie aggrave la vasoconstriction et ralentit la cicatrisation.

Ne pas évaluer la profondeur à chaque réfection

Évaluer à chaque réfection : fond rosé (favorable) ou blanchâtre (profond). Alerter pour évaluation par un brûlologue si absence de cicatrisation vers J10-15.

Pourquoi

Une brûlure peut se convertir (superficielle vers profonde) dans les premiers jours. Sans évaluation systématique, une conversion passe inaperçue et le délai de greffe est manqué.

Laisser le patient découvert pendant toute la durée du soin

Ne découvrir que la zone en cours de soin. Recouvrir les zones déjà pansées. Porte fermée, paravent.

Pourquoi

La brûlure expose des zones intimes et douloureuses. Un manque de considération pour la pudeur aggrave le traumatisme psychologique, déjà majeur chez le patient brûlé.

Travailler seul sur une brûlure étendue

Prévoir un binôme pour les brûlures étendues. Organiser les rôles avant le soin.

Pourquoi

Un soin long et douloureux nécessite une aide pour maintenir le patient, surveiller les constantes et passer le matériel stérile. Travailler seul augmente le temps de soin et le risque d'erreur.

Analgésie 30 min AVANT le soin : la douleur procédurale est prévisible et évitable
Température 25-28 degrés C : le patient brûlé perd sa thermorégulation cutanée
Sérum physiologique tiède (37 degrés C) pour l'irrigation : jamais d'eau froide sur une brûlure en cours de cicatrisation
Fond rosé = 2e degré superficiel (cicatrisation ~10-15 j). Fond blanchâtre = 2e degré profond : évaluation par un brûlologue dès J10-15, greffe si non cicatrisé vers J21
Ne jamais arracher le pansement adhérent : humidifier avant le retrait
Sulfadiazine argentique (Flammazine) : risque de cytopénie (leucopénie, neutropénie) ; surveiller la NFS sur prescription si grande surface ou traitement prolongé

Surveiller

Réévaluer la douleur 30 minutes après la fin du soin
Surveiller la température corporelle (risque d'hypothermie post-soin)
Vérifier que le pansement est bien en place et ne comprime pas
Recouvrir le patient et réchauffer si nécessaire

Paramètres

Évolution de la brûlureÀ chaque réfection de pansement
Absence de cicatrisation vers J10-15 (évaluation par un brûlologue) ou à J21 (avis chirurgical pour greffe)
Conversion de la profondeur (superficiel vers profond)
Extension de la surface brûlée
Signes d'infectionÀ chaque réfection et entre les soins
Écoulement purulent, odeur fétide
Rougeur extensive péri-lésionnelle
Fièvre
DouleurAvant, pendant et après chaque soin
Douleur non contrôlée malgré l'analgésie préventive
Anxiété croissante avant chaque soin

Transmettre et noter

Aspect de la brûlure : profondeur, surface, bourgeonnement, signes d'infection
Douleur avant, pendant et après le soin (EVA)
Efficacité de l'analgésie préventive
Topique et pansement utilisés, prochaine réfection programmée

Objectifs

Réaliser le pansement dans des conditions d'asepsie stricte et de thermorégulation adaptée
Évaluer l'évolution de la cicatrisation à chaque réfection
Gérer la douleur procédurale par une analgésie préventive systématique
Alerter le médecin si l'évolution est défavorable (infection, retard de cicatrisation : brûlologue dès J10-15)

Indications

Brûlures du 2e degré superficiel et profond
Brûlures du 3e degré (en attente de greffe)
Renouvellement de pansement de brûlure selon prescription

Contre-indications

Brûlures chimiques non neutralisées (rinçage prolongé en priorité)
Allergie connue aux topiques prescrits (sulfadiazine argentique, tulle gras)

Infection de la brûlure

Écoulement purulent, odeur fétide
Rougeur extensive, fièvre
Modification de l'aspect du fond de la plaie

Conduite

Alerter le médecin ; réaliser un prélèvement bactériologique sur prescription avant toute antibiothérapie. Transmettre pour adaptation de la fréquence des pansements.

Retard de cicatrisation

Plaie qui stagne sans bourgeonnement
Fond blanchâtre persistant

Conduite

Signaler dès J10-15 pour évaluation par un brûlologue ; au-delà de 21 jours, avis chirurgical pour greffe dermo-épidermique.

Hypothermie pendant le soin

Frissons, pâleur, température < 36 degrés C

Conduite

Recouvrir immédiatement les zones non soignées. Chauffer la pièce. Accélérer le soin si possible. Surveiller la température.

Douleur procédurale non contrôlée

EVA élevée malgré l'analgésie préventive
Patient agité, refuse le soin

Conduite

Faire une pause, rassurer. Signaler au médecin pour adaptation de l'analgésie. MEOPA en complément si prescrit.

Rétraction cicatricielle

Limitation progressive de l'amplitude articulaire au niveau d'une brûlure articulaire

Conduite

Signaler au médecin. Mobilisation précoce en collaboration avec le kinésithérapeute. Positionnement en extension.

Références

Soins locaux des brûlures (référentiel) · SFETB · 2006

FLAMMAZINE (sulfadiazine argentique), Résumé des caractéristiques du produit · ANSM

Prise en charge du brûlé grave à la phase aiguë (escharotomie, hypothermie) · SFMU · 2019

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.