Pansement sous vide (VAC/TPN)

Installer et surveiller un pansement à pression négative (VAC), vérifier l'étanchéité, évaluer la cicatrisation et gérer les alarmes.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : type de mousse, pression négative, mode (continu/intermittent), fréquence de changement
Consulter le dossier : type de plaie, évolution, contre-indications (nécrose non débridée, structures exposées)
Administrer l'analgésie préventive 30 minutes avant le soin
Évaluer la douleur de base (EVA ou EN)

Patient

Expliquer le soin et sa durée (30 à 45 minutes)
Vérifier que l'analgésie préventive a été administrée 30 minutes avant
Installer confortablement : plaie accessible, bonne luminosité
Protéger l'intimité : porte fermée, ne découvrir que le nécessaire

Matériel

Système VAC complet : pompe, canister, tubulure de connexionMousse VAC stérile adaptée à la prescription (noire polyuréthane ou blanche PVA)Film transparent adhésif stérileGants stériles + masque chirurgicalSérum physiologique tièdeFilm protecteur pour la peau péri-lésionnelle (hydrocolloïde fin)Ciseaux stérilesConteneur DASRI

Évaluation et préparation

5 min
Évaluer le patient, vérifier l'analgésie et préparer le matériel.
Évaluer la douleur : l'analgésie préventive a-t-elle été administrée ? EVA acceptable ?Vérifier le fonctionnement de la pompe VAC et l'intégrité du matérielPréparer le matériel stérile sur le plan de travailVérifier la prescription : type de mousse, pression, mode

Retrait de l'ancien système VAC

10 min
Éteindre la pompe, clamper la tubulure et retirer le pansement.
Éteindre la pompe et clamper la tubulureRetirer le film adhésif délicatement en tendant la peauExtraire la mousse avec précaution (humidifier si adhérence)Observer l'aspect de la mousse retirée : exsudat, odeur, résidusÉliminer dans le DASRI

IDE

Évaluation de la plaie

3 min
Évaluer la plaie à nu pour suivre l'évolution de la cicatrisation.
Bourgeonnement : pourcentage de tissu de granulation rouge et humideSurface et profondeur : mesurer l'évolution par rapport au dernier changementSignes d'infection : pus, odeur, rougeur péri-lésionnelle, fièvreÉtat de la peau péri-lésionnelle : macération, irritation, lésion par le film adhésif

Nettoyage et protection péri-lésionnelle

10 min
Irriguer la plaie, protéger la peau saine autour de la plaie.
Irriguer au sérum physiologique tièdeNettoyer du centre vers la périphérie, une compresse par passageSécher la peau péri-lésionnelle soigneusementAppliquer le film protecteur (hydrocolloïde fin) sur 3 à 5 cm autour de la plaie
Protéger la peau péri-lésionnelle AVANT de poser la mousse : le contact direct mousse + pression négative provoque macération et nécrose cutanée.

Mise en place de la mousse

5 min
Découper la mousse aux dimensions de la plaie et la placer sans forcer.
Découper la mousse stérile aux dimensions exactes du lit de la plaiePlacer dans la plaie sans comprimer ni déborder sur la peau saineLa mousse doit être en contact avec toutes les parois de la plaieNe jamais enfoncer de force dans les anfractuosités

Application du film adhésif et étanchéité

10 min
Appliquer le film transparent en assurant une étanchéité parfaite.
Appliquer le film en débordant d'au moins 5 cm sur la peau protégéeÉviter les plis et les bulles d'air (sources de fuites)Percer le film à l'emplacement choisi pour le connecteurFixer le connecteur et vérifier l'étanchéité par inspection visuelle
L'étanchéité est la condition de l'efficacité thérapeutique. Vérifier l'absence de fuite avant de connecter la pompe.

IDE

Connexion et mise en marche

5 min
Raccorder la tubulure à la pompe, programmer et démarrer l'aspiration.
Connecter la tubulure au connecteur du filmRaccorder au canister puis à la pompe VACProgrammer la pression négative prescrite (75-125 mmHg) et le mode (continu ou intermittent)Démarrer l'aspiration : la mousse doit se comprimer visiblement (signe d'étanchéité)

IDE

Réévaluation post-soin et traçabilité

5 min
Vérifier la tolérance, tracer le soin et programmer la surveillance.
EVA post-soin : efficacité de l'analgésieVérifier que l'aspiration est active et sans fuiteTracer dans le dossier : aspect de la plaie (surface, bourgeonnement), produits, pression, mode, douleurProgrammer le prochain changement (tous les 2 à 3 jours)

Ne pas protéger la peau péri-lésionnelle avant la mousse

Appliquer un film protecteur (hydrocolloïde fin) sur 3 à 5 cm autour de la plaie avant de poser la mousse.

Pourquoi

Le contact direct de la mousse avec la peau saine sous pression négative provoque macération, irritation et nécrose cutanée. La lésion iatrogène aggrave la situation.

Laisser des plis ou des bulles dans le film adhésif

Appliquer le film sans tension, lisser soigneusement, vérifier l'absence de fuite visuelle avant de connecter la pompe.

Pourquoi

Les plis et bulles sont les premières sources de fuite. Sans étanchéité, la pression négative est perdue et le traitement est inefficace.

Enfoncer la mousse de force dans les anfractuosités de la plaie

Découper la mousse aux dimensions exactes de la plaie. La placer sans forcer, en contact avec les parois mais sans compression.

Pourquoi

La mousse comprimée de force crée des zones de pression excessive qui endommagent le tissu de granulation fragile et provoquent de la douleur.

Ignorer l'alarme de fuite

Répondre immédiatement à toute alarme. Localiser et réparer la fuite. Ne jamais laisser le système sans aspiration plus de 2 heures.

Pourquoi

Sans aspiration active, les exsudats stagnent sous la mousse, favorisant la prolifération bactérienne. Le bénéfice thérapeutique est perdu.

Ne pas mesurer la plaie à chaque changement

Mesurer surface et profondeur, évaluer le pourcentage de bourgeonnement, photographier si protocole. Comparer avec le changement précédent.

Pourquoi

Sans mesure comparative, l'évolution de la cicatrisation est impossible à objectiver. Le médecin ne peut pas adapter le traitement.

Négliger l'information du patient sur les alarmes

Expliquer les alarmes les plus fréquentes (fuite, canister plein). Rassurer : les alarmes sont normales et les soignants interviendront rapidement.

Pourquoi

Un patient non informé est anxieux à chaque alarme. Il peut tenter de déconnecter le système ou tirer sur la tubulure par réflexe.

Étanchéité : condition absolue d'efficacité. Mousse comprimée visible = aspiration active
Protection péri-lésionnelle AVANT la mousse : film protecteur sur 3-5 cm autour de la plaie
Pression prescrite 75-125 mmHg : l'IDE ne modifie pas sans prescription médicale
Changement tous les 2-3 jours : évaluer la plaie (surface, bourgeonnement, infection)
Alarme de fuite : arrêter, localiser, réparer, relancer. Ne jamais laisser sans aspiration > 2 h
Saignement dans la tubulure : arrêter la pompe, laisser la mousse en place, comprimer, alerter le médecin immédiatement

Surveiller

Vérifier l'étanchéité et le bon fonctionnement de la pompe régulièrement
Surveiller le niveau de remplissage du canister (changer si plein)
Évaluer la tolérance : douleur, confort, mobilité
Vérifier l'état de la peau péri-lésionnelle à chaque passage

Paramètres

Fonctionnement du système VACÀ chaque passage (minimum toutes les 4 heures)
Alarme de perte d'étanchéité
Canister plein
Mousse non comprimée (perte d'aspiration)
Tolérance du patientÀ chaque évaluation
Douleur croissante sous VAC
Saignement visible dans la tubulure ou le canister
Signes d'infectionÀ chaque changement de pansement
Exsudat purulent, odeur fétide
Fièvre
Rougeur péri-lésionnelle en expansion

Transmettre et noter

Aspect de la plaie : surface, profondeur, pourcentage de bourgeonnement
Volume et aspect des exsudats dans le canister
Pression programmée, mode (continu/intermittent), alarmes survenues
Douleur (EVA), tolérance et prochaine réfection programmée

Objectifs

Favoriser la cicatrisation par stimulation du tissu de granulation sous pression négative
Maintenir l'étanchéité du système pour garantir l'efficacité thérapeutique
Surveiller l'évolution de la plaie et détecter les complications
Gérer les alarmes et adapter la surveillance au contexte clinique

Indications

Plaies complexes aiguës avec perte de substance
Plaies chroniques en retard de cicatrisation (en deuxième intention)
Plaies post-chirurgicales compliquées
Escarres de stade III-IV dans l'objectif d'un geste de couverture chirurgicale
Préparation du lit de la plaie avant greffe cutanée

Contre-indications

Nécrose sèche non débridée (la mousse doit être en contact avec du tissu viable)
Structures anatomiques exposées (vaisseaux, nerfs, organes)
Néoplasie dans le lit de la plaie
Fistule non explorée
Ostéomyélite ou ostéite non traitée
Infection non contrôlée de la plaie
Insuffisance artérielle non revascularisée (membre inférieur)
Anticoagulation non contrôlée ou saignement actif (risque hémorragique)

Perte d'étanchéité

Alarme de fuite sur la pompe
Mousse non comprimée (perte de l'effet d'aspiration)

Conduite

Arrêter la pompe, localiser la fuite (film, connexion, tubulure), réparer avec un patch adhésif stérile, relancer l'aspiration.

Saignement

Sang visible dans la tubulure ou le canister
Augmentation brutale du volume d'exsudat

Conduite

Arrêter immédiatement la pompe, laisser le pansement et la mousse en place, comprimer pour l'hémostase, alerter le médecin. Ne pas retirer la mousse ni relancer sans avis médical.

Lésion de la peau péri-lésionnelle

Macération, rougeur ou nécrose cutanée autour de la plaie

Conduite

Renforcer la protection péri-lésionnelle au prochain changement. Signaler au médecin si nécrose.

Infection

Exsudat purulent, odeur fétide, fièvre

Conduite

Alerter le médecin ; réaliser un prélèvement bactériologique sur prescription. La TPN peut être poursuivie ou suspendue selon l'avis médical.

Références

Évaluation des traitements des plaies par pression négative · HAS · 2010

Prise en charge de plaies complexes par pression négative · HAS · 2016

Traitement des plaies par pression négative : fiche de bon usage (indications, contre-indications, précautions) · HAS · 2010

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.