Administration de chimiothérapie

Administrer une chimiothérapie en toute sécurité : protection du soignant, surveillance du patient, gestion de l'extravasation

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription : protocole, molécules, doses calculées en mg/m², nombre de cures, voie d'administration
Contrôler le bilan biologique du jour : NFS (PNN > 1500/mm³ requis), fonction rénale, fonction hépatique
Vérifier l'identité du patient par deux identifiants distincts
Confirmer la validation pharmaceutique de la préparation (étiquetage, conformité)
Localiser le kit d'urgence extravasation et vérifier son contenu

Patient

Informer le patient sur le déroulement de la séance, les effets secondaires possibles et la surveillance prévue
Vérifier la traçabilité du consentement éclairé (signé en consultation pré-chimio) et transmettre les questions du patient
Évaluer l'état général du patient : poids, état des muqueuses, tolérance de la cure précédente
Prendre les constantes pré-chimio : PA, FC, température, SpO2
Installer confortablement le patient pour la durée de la perfusion

Matériel

Gants de chimiothérapie en nitrile (double paire, changés toutes les 30 min)Surblouse imperméable à manches longuesMasque antiprojection (le FFP2/FFP3 relève de la préparation en PUI)Lunettes de protection anti-projectionsTubulures spécifiques cytotoxiques (système clos Luer-Lock)Collecteur pour déchets cytotoxiques (filière dédiée, conteneur jaune)Kit de décontamination d'urgence (extravasation)Sérum physiologique pour rinçage de la voie veineuseCompresses non pelucheuses stériles

IDE

Double vérification de la prescription

10 min
Contrôler la concordance entre le protocole prescrit, le bilan du jour et la préparation pharmaceutique.
Vérifier l'identité du patient par deux identifiants (bracelet, question ouverte)Contrôler la concordance protocole/prescription/préparation : molécule, dose, voie, duréeVérifier le feu vert biologique : PNN > 1500/mm³, fonction rénale et hépatique dans les seuilsEffectuer une double vérification avec un second IDE si le protocole du centre l'exige
PNN < 1500/mm³ : ne pas administrer, alerter l'oncologue pour report ou adaptation de la cure.

Équipement de protection individuelle

5 min
Revêtir les EPI complets avant toute manipulation de cytotoxiques.
Enfiler la surblouse imperméable à manches longues en premierPorter une double paire de gants en nitrile (changer toutes les 30 minutes ou si contamination)Mettre le masque antiprojection (en cas de risque de projection) et les lunettes de protectionVérifier l'étanchéité de l'ensemble : poignets couverts, pas de peau exposée
Utiliser des gants en nitrile (préférables) ou néoprène. Proscrire le vinyle, perméable aux cytotoxiques.

IDE

Vérification de la voie veineuse

5 min
Contrôler la perméabilité et la position de la voie d'abord avant de connecter le cytotoxique.
Vérifier le retour veineux (reflux sanguin) sur la voie centrale ou la chambre implantableTester la perméabilité par un rinçage au sérum physiologique : absence de douleur, de gonflement ou de résistanceInspecter le site d'insertion : pas de rougeur, pas d'induration, pas de fuiteSi voie veineuse périphérique : la positionner sur l'avant-bras (pas le dos de la main, risque d'extravasation plus grave)

Prémédication et connexion

30-45 min
Administrer la prémédication prescrite puis connecter la chimiothérapie.
Administrer les antiémétiques et la prémédication anti-allergique si prescritsRespecter le délai entre la prémédication et le début de la chimiothérapie (généralement 30 min)Connecter la tubulure cytotoxique en système clos (Luer-Lock) sans purge ouverteProgrammer le débit et la durée selon la prescription

IDE

Surveillance per-administration

Continue (toute la perfusion)
Surveiller en continu le patient et le site d'injection pendant toute la perfusion.
Surveiller le point d'injection toutes les 15 minutes : douleur, rougeur, gonflement (extravasation)Observer le patient : signes d'hypersensibilité (frissons, urticaire, dyspnée, oedème facial)Prendre les constantes : PA, FC toutes les 30 min (plus souvent si première cure ou protocole à risque)Évaluer la tolérance digestive : nausées, vomissements, douleur abdominale

Gestion de l'extravasation

Urgence
Appliquer le protocole d'urgence si une extravasation est détectée.
Stopper immédiatement la perfusion sans retirer l'aiguilleAlerter l'oncologue sans délai pour l'antidote spécifique si molécule vésicanteAspirer le maximum de produit résiduel par la voie encore en place, puis retirer l'aiguilleDélimiter la zone infiltrée au feutre et appliquer du froid (sauf vinca-alcaloïdes : chaud ; oxaliplatine : ni chaud ni froid ; étoposide : éviter le froid)

IDE

Fin d'administration et décontamination

15 min
Déconnecter en sécurité, éliminer les déchets cytotoxiques et décontaminer.
Rincer la voie veineuse avec du sérum physiologique selon le protocole du centreDéconnecter la tubulure sans ouvrir le système (pas de purge à l'air libre)Éliminer toutes les tubulures, compresses et gants dans le collecteur DASRI cytotoxiqueDécontaminer les surfaces de travail avec le produit adapté

Traçabilité et éducation patient

15 min
Tracer l'administration et informer le patient sur les précautions post-cure.
Tracer dans le dossier : molécules, doses, durée, tolérance, constantes, incidents éventuelsInformer le patient sur les effets secondaires attendus (nausées, fatigue, aplasie)Expliquer les signes d'alerte à domicile : fièvre ≥ 38,3°C, saignements, vomissements répétésRappeler les précautions pour l'entourage : excrétas contaminés au moins 48 h, parfois plusieurs jours selon la molécule (double chasse, gants pour l'aidant)

Administrer sans vérifier le bilan biologique du jour (PNN, fonction rénale)

Contrôler systématiquement le NFS et la créatinine du jour. Ne pas administrer si les seuils ne sont pas atteints. Alerter l'oncologue

Pourquoi

Des PNN < 1500/mm³ contre-indiquent la cure. Une insuffisance rénale non détectée expose à une toxicité majeure des molécules néphrotoxiques

Manipuler les cytotoxiques avec des gants en vinyle

Gants en nitrile (préférables) ou néoprène, changés toutes les 30 minutes ; surblouse imperméable, masque antiprojection, lunettes. Aucune peau exposée

Pourquoi

Le vinyle est perméable aux cytotoxiques. Une protection insuffisante expose le soignant à une contamination cutanée répétée

Ne pas surveiller le site d'injection pendant la perfusion

Inspecter le site toutes les 15 minutes. Éduquer le patient à signaler immédiatement toute douleur ou sensation de brûlure

Pourquoi

L'extravasation d'un vésicant (doxorubicine, vincristine) provoque une nécrose tissulaire pouvant nécessiter une chirurgie reconstructrice

Ne pas adapter la hauteur du poste de perfusion et rester debout penché

Régler le fauteuil du patient et utiliser un tabouret. Alterner les positions. Organiser la surveillance en binôme si séance longue

Pourquoi

La surveillance continue dure 1 à 6 heures. La fatigue posturale augmente le risque d'erreur et de TMS

Négliger l'information du patient sur les précautions post-cure à domicile

Informer patient et entourage : double chasse, gants pour l'aidant, précautions avec les enfants et femmes enceintes

Pourquoi

Les excrétas sont contaminés par les cytotoxiques pendant au moins 48 heures. L'entourage non informé s'expose sans protection

Éliminer les tubulures cytotoxiques dans les poubelles ordinaires ou le DASRI standard

Éliminer tout déchet en contact avec un cytotoxique dans le collecteur dédié (les déchets souillés en filière DASRI, les concentrés et flacons en filière déchets dangereux)

Pourquoi

Les déchets cytotoxiques nécessitent une filière d'élimination dédiée, jamais la poubelle ordinaire. La contamination environnementale est un risque professionnel et écologique

Mnémo

CHIMIO : Contrôler le bilan (PNN > 1500), Habiller EPI complets, Inspecter la voie veineuse en continu, Manipuler en système clos, Isoler les déchets cytotoxiques, Observer les réactions

Extravasation : stopper, alerter l'oncologue, aspirer, délimiter, froid (sauf vinca-alcaloïdes : chaud ; oxaliplatine/étoposide : selon protocole)
EPI : gants nitrile (préférables), surblouse imperméable, masque antiprojection, lunettes. Proscrire le vinyle
PNN < 1500/mm³ = cure reportée. Ne pas administrer sans feu vert biologique
Excrétas contaminés au moins 48 h post-cure : double chasse, gants pour l'entourage
Fièvre ≥ 38,3°C après chimio = neutropénie fébrile jusqu'à preuve du contraire : urgence médicale
Toute douleur au point d'injection pendant la perfusion = suspicion d'extravasation : arrêter immédiatement

Surveiller

Surveiller les constantes pendant 2 heures après la fin de la perfusion
Évaluer les nausées et vomissements : administrer les antiémétiques prescrits
Vérifier le site d'injection : pas de rougeur tardive ni d'induration (extravasation retardée)
Contrôler l'état général avant le départ : fatigue, équilibre, compréhension des consignes

Paramètres

Site d'injectionToutes les 15 minutes pendant la perfusion, puis avant le départ
Douleur, rougeur ou gonflement (extravasation)
Fuite de liquide autour du site
Induration ou changement de couleur
Signes d'hypersensibilitéContinue pendant la perfusion (surtout les 15 premières minutes)
Frissons, urticaire, prurit
Dyspnée, oedème facial
Chute de PA, tachycardie
Constantes vitalesAvant, toutes les 30 min pendant, et 2 h après la perfusion
Hypotension (PAS < 90 mmHg)
Fièvre ≥ 38,3°C
Désaturation < 95 %

Transmettre et noter

Méthode DAR : Données (molécules, doses, constantes, tolérance), Actions (perfusion, prémédication, incidents gérés), Résultat (efficacité, tolérance, éducation réalisée)
Transmettre tout incident per-administration : extravasation, réaction allergique, intolérance
Informer l'oncologue de la tolérance globale de la cure pour adapter les suivantes
Noter les consignes données au patient et son degré de compréhension des signes d'alerte

Objectifs

Administrer les cytotoxiques en respectant le protocole prescrit et la double vérification
Protéger le soignant et l'environnement de l'exposition aux cytotoxiques
Détecter précocement l'extravasation et les réactions d'hypersensibilité
Éduquer le patient sur les précautions post-cure et les signes d'alerte

Indications

Traitement des cancers solides et des hémopathies malignes selon le protocole de l'oncologue
Chimiothérapie adjuvante, néoadjuvante ou palliative
Protocoles de chimiothérapie en hôpital de jour ou en hospitalisation complète

Contre-indications

PNN < 1500/mm³ : risque infectieux majeur, report de la cure (décision médicale)
Insuffisance rénale ou hépatique sévère : adaptation ou contre-indication selon la molécule
Allergie connue à la molécule : changement de protocole par l'oncologue
État général très altéré (PS 3-4) : évaluer le rapport bénéfice/risque avec l'oncologue

Extravasation

Douleur au site d'injection
Rougeur, gonflement local
Résistance à la perfusion

Conduite

Stopper la perfusion, alerter l'oncologue sans délai, aspirer par la voie, délimiter la zone, froid (sauf vinca-alcaloïdes : chaud ; oxaliplatine et étoposide : selon protocole)

Réaction d'hypersensibilité

Frissons, urticaire
Dyspnée, oedème facial
Chute de PA, tachycardie

Conduite

Stopper la perfusion, alerter le médecin, adrénaline si choc, antihistaminique et corticoïdes selon protocole

Nausées et vomissements chimio-induits

Nausées dès la perfusion ou dans les heures suivantes
Vomissements répétés
Refus alimentaire

Conduite

Administrer les antiémétiques prescrits (sétrons, corticoïdes, aprépitant), évaluer la déshydratation

Neutropénie fébrile post-cure

Fièvre ≥ 38,3°C (ou ≥ 38°C à deux reprises en moins de 2 h)
Frissons
PNN < 500/mm³

Conduite

Urgence médicale : hémocultures, antibiothérapie large spectre dans l'heure, hospitalisation

Références

Manipulation des médicaments cytotoxiques : protection du personnel (ED 6138) · INRS

Extravasation des anticancéreux : conduite à tenir · OMEDIT Centre-Val de Loire

Bonnes pratiques d'administration des chimiothérapies (ADMCYTO) · ONCO AURA · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.