Dialyse péritonéale

Réaliser un échange de dialyse péritonéale en asepsie stricte et accompagner le patient vers l'autonomie

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription : type de dialysat (concentration de glucose), volume, nombre d'échanges, temps de stase
Consulter le dossier patient : dernier bilan hydrique, tolérance, résultats biologiques, aspect des derniers dialysats
Vérifier l'état du cathéter de Tenckhoff : dernière inspection de l'orifice, complications antérieures
S'assurer de la disponibilité du matériel stérile et de l'environnement propre (pas de courant d'air)
Vérifier la péremption et l'intégrité des poches de dialysat

Patient

Informer le patient sur le déroulement de l'échange et l'importance de l'asepsie
Peser le patient avant l'échange : le poids détermine le bilan hydrique avec la séance précédente
Prendre les constantes pré-échange : PA, FC, température
Évaluer l'état abdominal : douleur, distension, transit (la constipation gêne le drainage)
Installer le patient confortablement en position assise ou semi-assise

Matériel

Poches de dialysat stériles (concentration et volume prescrits)Ligne de transfert stérile (système double poche)Masques chirurgicaux (un pour le patient, un pour le soignant)Solution hydroalcooliqueGants stérilesCompresses stériles et antiseptique (Bétadine ou Chlorhexidine)Pince clampBalance pour peser le dialysat drainéPlaque chauffante ou poche chauffante dédiée pour réchauffer le dialysat à 37°C (chaleur sèche uniquement)

IDE

Évaluation et inspection de l'orifice

5 min
Observer l'état du patient et inspecter l'orifice du cathéter avant de commencer.
Vérifier l'identité du patient et la concordance avec la prescriptionInspecter l'orifice du cathéter de Tenckhoff : rougeur, douleur, écoulement, croûtesÉvaluer l'état abdominal : douleur spontanée ou provoquée, distension, transit récentVérifier que le dialysat de la séance précédente était limpide (noté dans le dossier)
Orifice rouge, douloureux ou avec écoulement purulent : alerter le néphrologue avant de commencer.

Préparation aseptique

5 min
Installer le matériel et appliquer les mesures d'asepsie obligatoires.
Faire porter un masque chirurgical au patient et au soignantRéaliser une friction hydroalcoolique des mainsRéchauffer le dialysat à 37°C par chaleur sèche uniquement (plaque chauffante) : ne jamais immerger la poche dans l'eau ni utiliser de micro-ondesVérifier l'intégrité de la poche et la limpidité du dialysat
Réchauffer uniquement par chaleur sèche (plaque chauffante) : ni immersion dans l'eau (risque de contamination) ni micro-ondes (surchauffe locale). Les fabricants imposent la chaleur sèche.

IDE

Drainage du dialysat usé

15-20 min
Évacuer le dialysat de la stase précédente avant d'infuser le nouveau.
Connecter la ligne de drainage en technique stérile (gants stériles, désinfection du connecteur)Ouvrir le clamp et laisser le dialysat s'écouler par gravité (poche en position basse)Surveiller l'écoulement : débit, aspect (limpide, trouble, hémorragique)Mesurer le volume drainé et le noter (comparaison avec le volume infusé = bilan hydrique)

IDE

Contrôle du dialysat drainé

3 min
Analyser l'aspect du dialysat drainé pour détecter une complication.
Dialysat limpide (jaune paille) : normal, poursuivre l'échangeDialysat trouble : suspicion de péritonite, prélever avant antibiothérapie, alerter le néphrologueDialysat hémorragique : noter le contexte (règles, traumatisme, post-pose), alerter le médecinCalculer le bilan hydrique de l'échange : volume drainé moins volume infusé
Dialysat trouble : ne jamais ignorer. C'est le signe le plus précoce de péritonite.

Infusion du nouveau dialysat

10-15 min
Perfuser le dialysat neuf par gravité dans la cavité péritonéale.
Connecter la poche de dialysat neuf à la ligne de transfertOuvrir le clamp et laisser le dialysat s'écouler par gravité (poche en position haute)Surveiller la tolérance : douleur abdominale, gêne respiratoire, sensation de pesanteurFermer le clamp une fois le volume prescrit infusé

Déconnexion et protection du cathéter

5 min
Déconnecter le système et protéger l'orifice du cathéter.
Déconnecter la ligne en technique stérileAppliquer un bouchon stérile sur le cathéterRéaliser le pansement de l'orifice du cathéter (compresse stérile, fixation sans traction)Éliminer le matériel usagé dans le conteneur adapté

Évaluation post-échange

5 min
Évaluer l'efficacité de l'échange et la tolérance du patient.
Peser le patient après l'échange et comparer avec le poids pré-échangePrendre les constantes post-échange : PA, FCÉvaluer le confort : douleur abdominale résiduelle, sensation de pesanteurVérifier que le patient comprend les signes d'alerte à surveiller entre les échanges

Traçabilité et éducation

5 min
Tracer l'échange et poursuivre l'éducation thérapeutique vers l'autonomie.
Tracer dans le dossier : volumes infusé et drainé, bilan hydrique, aspect du dialysat, constantes, toléranceÉvaluer la progression du patient vers l'autonomie : technique, asepsie, reconnaissance des signes d'alerteRenforcer les consignes : se laver les mains, porter le masque, surveiller l'aspect du dialysatPlanifier le prochain échange selon la prescription

Réaliser une connexion sans masque ou sans friction hydroalcoolique

Masque pour le patient ET le soignant, SHA avant et après, manipulation en système clos, environnement sans courant d'air

Pourquoi

Chaque rupture d'asepsie expose à la péritonite, complication majeure qui peut entraîner la perte du cathéter et le passage en hémodialyse

Ignorer un dialysat trouble en pensant que c'est transitoire

Prélever immédiatement le dialysat pour culture et numération, alerter le néphrologue, ne jamais attendre l'échange suivant pour confirmer

Pourquoi

Le dialysat trouble est le signe le plus précoce de péritonite. Tout retard diagnostique aggrave l'infection et compromet la membrane péritonéale

Réchauffer le dialysat au micro-ondes ou en l'immergeant dans l'eau (bain-marie)

Utiliser exclusivement une plaque ou une poche chauffante dédiée (chaleur sèche). Vérifier la température à 37°C avant infusion

Pourquoi

Le micro-ondes crée des zones de surchauffe qui altèrent la membrane ; l'immersion dans l'eau expose à une contamination du site de connexion. Les résumés des caractéristiques du produit imposent la chaleur sèche

Ne pas adapter la hauteur du plan de travail pour la préparation aseptique

Utiliser un plan de travail à hauteur adaptée. S'asseoir si possible. Organiser le matériel à portée de main

Pourquoi

La connexion et la préparation durent 15-20 minutes et nécessitent une position stable. Travailler penché augmente le risque d'erreur d'asepsie

Ne pas respecter l'intimité du patient lors de l'inspection de l'orifice abdominal

Fermer la porte ou le rideau, découvrir uniquement la zone nécessaire, être attentif aux réactions émotionnelles du patient

Pourquoi

Le cathéter abdominal est un élément intime que le patient peut percevoir comme une altération de son image corporelle

Ne pas évaluer la constipation du patient avant de diagnostiquer un problème de drainage

Interroger le patient sur son transit. Traiter la constipation avant de suspecter un problème mécanique du cathéter

Pourquoi

La constipation est la cause la plus fréquente de drainage insuffisant : les selles compriment le cathéter dans le petit bassin

Mnémo

POCHE : Péritoine protégé par l'asepsie stricte, Observer l'aspect du dialysat, Connexion avec masque et SHA, Hydrique (peser avant et après), Éduquer le patient vers l'autonomie

Dialysat trouble = suspicion de péritonite : prélever pour culture, alerter le néphrologue, ne jamais ignorer
Masque pour le patient ET le soignant à chaque connexion et déconnexion
Réchauffer le dialysat à 37°C par chaleur sèche (plaque chauffante), jamais au bain-marie ni au micro-ondes
Bilan hydrique à chaque échange : volume drainé moins volume infusé
La constipation est la première cause de drainage insuffisant : l'évaluer systématiquement
L'objectif est l'autonomie du patient : chaque échange est une occasion d'éducation thérapeutique

Surveiller

Surveiller l'aspect du dialysat à chaque échange (trouble = alerte péritonite)
Peser le patient avant et après chaque échange pour le bilan hydrique
Inspecter l'orifice du cathéter quotidiennement : rougeur, douleur, écoulement
Évaluer la tolérance abdominale : douleur, distension, transit

Paramètres

Aspect du dialysatÀ chaque drainage
Dialysat trouble (suspicion de péritonite)
Dialysat hémorragique
Fibrine visible dans le dialysat
Bilan hydriqueÀ chaque échange (volume drainé moins volume infusé)
Bilan négatif persistant (drainage insuffisant)
Ultrafiltration excessive (déshydratation)
Prise de poids progressive entre les échanges
Orifice du cathéterQuotidiennement
Rougeur, gonflement, douleur (infection d'orifice)
Écoulement purulent
Fuite de dialysat péri-cathéter

Transmettre et noter

Méthode DAR : Données (volumes, bilan hydrique, aspect dialysat, orifice, constantes), Actions (échange réalisé, pansement, éducation), Résultat (tolérance, efficacité, progression autonomie)
Transmettre tout dialysat trouble ou toute anomalie de l'orifice du cathéter
Réévaluer l'indication et l'efficacité avec l'équipe de néphrologie
Noter le degré d'autonomie du patient et les étapes d'éducation réalisées

Objectifs

Épurer le sang des déchets azotés en utilisant le péritoine comme membrane de dialyse naturelle
Retirer l'excès d'eau par gradient osmotique (ultrafiltration péritonéale)
Prévenir la péritonite par une asepsie stricte à chaque connexion
Accompagner le patient vers l'autonomie pour la dialyse à domicile

Indications

Insuffisance rénale chronique terminale : alternative à l'hémodialyse
Patient souhaitant une meilleure autonomie et qualité de vie (dialyse à domicile)
Préservation de la fonction rénale résiduelle, souvent mieux conservée en début de dialyse péritonéale
Contre-indication à l'hémodialyse (abord vasculaire impossible, instabilité hémodynamique)
Enfant : la DP est souvent préférée pour préserver le capital veineux

Contre-indications

Adhérences péritonéales majeures (chirurgie abdominale lourde) : les échanges sont inefficaces
Hernie abdominale non réparée : la pression du dialysat l'aggrave
Conditions d'hygiène insuffisantes au domicile : risque infectieux majeur
Incapacité physique ou cognitive empêchant l'autonomie sans aidant formé

Péritonite

Dialysat trouble (signe cardinal, presque constant)
Douleurs abdominales (fréquentes mais parfois absentes)
Fièvre inconstante

Conduite

Prélever le dialysat pour culture et numération avant toute antibiothérapie, alerter le néphrologue en urgence

Infection de l'orifice du cathéter

Rougeur péri-cathéter
Écoulement purulent
Douleur locale

Conduite

Prélèvement bactériologique, soins locaux renforcés, alerter le néphrologue pour antibiothérapie

Drainage insuffisant

Volume drainé inférieur au volume infusé
Sensation de pesanteur abdominale
Prise de poids progressive

Conduite

Repositionner le patient, vérifier l'absence de coudure, évaluer la constipation, alerter le néphrologue

Fuite de dialysat

Humidité autour du pansement
Gonflement sous-cutané péri-cathéter
Diminution du volume drainé

Conduite

Alerter le néphrologue (qui peut réduire le volume des échanges prescrit), évaluer la nécessité d'une réparation chirurgicale

Références

Recommandations de l'ISPD sur la péritonite : prévention et traitement (mise à jour 2022) · RDPLF (traduction française ISPD) · 2022

Recommandations de l'ISPD sur les infections liées au cathéter (mise à jour 2023) · RDPLF (traduction française ISPD) · 2023

RCP PHYSIONEAL, solution pour dialyse péritonéale (réchauffement, mode d'administration) · ANSM (BDPM)

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.