Pose de sonde nasogastrique

Poser une sonde nasogastrique pour nutrition entérale ou décompression gastrique en respectant la technique de vérification du positionnement

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : indication (nutrition, décompression, lavage), type et calibre de sonde
Consulter le dossier patient : antécédents ORL et digestifs, allergies, troubles de la déglutition, coagulopathie
Évaluer les contre-indications : fracture de la base du crâne, varices oesophagiennes en hémorragie, sténose oesophagienne
Vérifier la perméabilité des narines (demander au patient de souffler narine par narine)
Organiser le soin en binôme si patient peu coopérant ou agité

Patient

Informer le patient sur le déroulement, la sensation désagréable au passage pharyngé et la nécessité de déglutir
Recueillir le consentement oral
Évaluer la douleur et proposer une anesthésie locale (spray de Xylocaïne) si prescrit
Installer le patient en position assise ou demi-assise à 45° : facilite le passage oesophagien et réduit le risque de fausse route
Protéger le thorax du patient avec une protection absorbante
Placer un haricot à portée de main en cas de nausées

Matériel

Sonde nasogastrique stérile (CH 14-18 selon patient et indication)Gel lubrifiant hydrosoluble stérileSeringue de 50 ml à embout coniquePapier pH ou bandelettes réactivesStéthoscopeGants d'examen non stérilesSparadrap hypoallergénique ou dispositif de fixation nasaleHaricot et compressesPoche de recueil ou seringue d'aspiration selon l'indicationProtection absorbante pour le thorax

IDE

Évaluation et choix de la narine

2 min
Observer le patient et choisir la narine la plus perméable avant de commencer.
Vérifier l'identité du patient et la concordance avec la prescriptionÉvaluer la coopération du patient et adapter le mode de communication (verbal, gestuel)Demander au patient de boucher alternativement chaque narine pour identifier la plus perméableInspecter les narines : absence de déviation septale, polype, irritation

Mesure NEX

2 min
Mesurer la longueur d'insertion par la méthode Nez-Oreille-Xiphoïde.
Mesurer la distance du bout du nez au lobe de l'oreille, puis du lobe à l'appendice xiphoïdeLa longueur obtenue correspond à environ 50-60 cm chez l'adulteMarquer la sonde au repère NEX avec un feutre ou un sparadrapCe repère guidera la profondeur d'insertion et servira de référence pour la surveillance quotidienne
Ne jamais insérer au-delà du repère NEX sans contrôle radiographique.

Lubrification et introduction nasale

3 min
Lubrifier la sonde et l'insérer dans la narine choisie en direction postéro-inférieure.
Enfiler les gants d'examenLubrifier généreusement les 10-15 premiers centimètres de la sonde avec le gel hydrosolubleIntroduire la sonde dans la narine en orientant vers l'arrière et le bas (suivre le plancher nasal)Progresser lentement et régulièrement en demandant au patient de respirer par la bouche
En cas de résistance ou de douleur vive : ne pas forcer, essayer l'autre narine.

IDE

Passage du carrefour pharyngé

5 min
Franchir le pharynx en faisant déglutir le patient pour orienter la sonde vers l'oesophage.
Quand la sonde atteint le pharynx (environ 10-15 cm), demander au patient de fléchir le menton vers le sternumDemander au patient de déglutir (avaler sa salive ou une gorgée d'eau si autorisé)La flexion du menton ferme l'épiglotte sur la glotte et oriente la sonde vers l'oesophageProgresser par à-coups de 2-3 cm à chaque déglutition jusqu'au repère NEX
Toux, cyanose ou désaturation : retirer immédiatement la sonde (suspicion de fausse route).

IDE

Vérification du positionnement gastrique

5 min
Confirmer que l'extrémité de la sonde est bien dans l'estomac avant toute utilisation.
Aspirer le contenu gastrique avec la seringue de 50 mlMesurer le pH du liquide aspiré : pH < 5 confirme la position gastriqueSi pH entre 5 et 6 ou impossibilité d'aspirer : alerter le médecin pour radiographie de contrôleNe jamais se fier uniquement au test d'insufflation d'air (test du swoosh) : abandonné car non fiable
Ne jamais débuter nutrition ou administration de médicaments sans confirmation formelle du positionnement.

Fixation de la sonde

3 min
Fixer solidement la sonde au nez pour prévenir les déplacements.
Sécher la peau du nez avec une compresseFixer la sonde avec du sparadrap hypoallergénique ou un dispositif de fixation dédiéLa fixation doit être solide mais ne pas comprimer l'aile du nez (risque d'escarre narinaire)Noter la longueur externe visible (du repère NEX à la narine) dans le dossier

Mise en service et premiers contrôles

3 min
Connecter la sonde au système prescrit et vérifier le bon fonctionnement.
Connecter à la poche de recueil (décompression) ou au système de nutrition entérale selon la prescriptionSi nutrition entérale : débuter à faible débit selon le protocole du service (attention au syndrome de renutrition)Vérifier l'écoulement ou l'aspiration : perméabilité, aspect du liquide gastriqueInstaller le patient en position demi-assise à 30° minimum pour prévenir le reflux

Réinstallation et traçabilité

3 min
Réinstaller le patient et assurer la traçabilité complète du geste.
Vérifier le confort du patient : irritation nasale, nausées résiduelles, toléranceÉliminer les déchets dans le conteneur adaptéTracer dans le dossier : heure de pose, calibre, narine utilisée, longueur d'insertion, pH obtenu, toléranceInformer le patient : ne pas tirer sur la sonde, signaler toute gêne respiratoire ou nausée inhabituelle

Se fier au test d'insufflation d'air (swoosh) pour confirmer le positionnement

Aspirer et mesurer le pH : < 5 confirme la position gastrique. Radiographie si doute (pH > 5, impossibilité d'aspirer)

Pourquoi

Ce test est abandonné car non fiable : un bruit peut être perçu même si la sonde est dans les bronches. Risque de pneumopathie d'inhalation si nutrition débutée sur sonde en position trachéale

Forcer le passage en cas de résistance ou de douleur

Retirer de quelques centimètres, essayer l'autre narine si échec. Ne jamais forcer, alerter le médecin si impossible

Pourquoi

Risque de traumatisme nasal, d'épistaxis ou de perforation oesophagienne. La résistance peut indiquer un obstacle anatomique

Oublier de vérifier le pH avant chaque administration (nutrition, médicaments)

Vérifier le repère NEX et aspirer le pH avant chaque utilisation. Suspendre si moindre doute

Pourquoi

La sonde peut se déplacer silencieusement (toux, vomissements, mobilisation). Administrer dans une sonde déplacée expose à l'inhalation

Ne pas régler la hauteur du lit et travailler debout penché au-dessus du patient

Régler le lit à hauteur du soignant, s'asseoir si possible pour la phase d'insertion. Alterner les postures

Pourquoi

La pose dure 20-30 minutes et nécessite une position stable. Risque de lombalgies et de gestes imprécis

Insérer la sonde sans information ni préparation du patient

Informer, expliquer les sensations attendues, proposer l'anesthésie locale si prescrite. Respecter le rythme du patient

Pourquoi

Le passage pharyngé est très désagréable. Un patient non préparé risque de vomir, de se débattre ou de vivre le soin comme une agression

Fixer la sonde en comprimant l'aile du nez

Fixer sans tension sur l'aile du nez, vérifier quotidiennement l'état de la narine, alterner la narine si sondage prolongé

Pourquoi

La pression continue du sparadrap ou de la sonde sur l'aile du nez provoque une escarre narinaire en quelques jours

Mnémo

POSES : Position demi-assise 45°, Observer toux et cyanose, Sécuriser par pH < 5, Évaluer la narine chaque jour, Suspendre si doute sur le positionnement

Méthode NEX obligatoire : Nez-Oreille-Xiphoïde, environ 50-60 cm chez l'adulte
pH < 5 = position gastrique confirmée. pH > 5 ou impossibilité d'aspirer = radiographie
Le test d'insufflation d'air (swoosh) est abandonné : ne plus l'utiliser
Flexion du menton lors de la déglutition : ferme l'épiglotte et oriente vers l'oesophage
Vérifier le repère NEX avant chaque administration : la sonde peut migrer silencieusement
Ne jamais débuter la nutrition sans confirmation formelle du positionnement

Surveiller

Vérifier le repère NEX à chaque quart (la sonde n'a pas migré)
Observer l'aspect du liquide gastrique si aspiration : couleur, volume, présence de sang
Surveiller la narine : rougeur, escarre, compression par le sparadrap
Évaluer la tolérance : nausées, vomissements, douleur pharyngée, reflux

Paramètres

PositionnementÀ chaque quart et avant chaque utilisation
Repère NEX décalé (sonde sortie ou enfoncée)
Toux après mobilisation
Modification du pH aspiré
Tolérance digestiveToutes les 4 heures si nutrition entérale
Résidu gastrique > 300 ml
Nausées ou vomissements répétés
Distension abdominale
État narinaireUne fois par jour minimum
Rougeur ou escarre de l'aile du nez
Écoulement nasal purulent
Douleur locale

Transmettre et noter

Méthode DAR : Données (pH, résidu gastrique, repère NEX, état narine), Actions (soins narine, vérification, rinçage sonde), Résultat (tolérance, perméabilité)
Transmettre tout déplacement du repère NEX ou modification du pH aspiré
Évaluer quotidiennement l'indication avec l'équipe médicale
Noter le degré d'autonomie du patient dans la gestion de sa sonde

Objectifs

Assurer un accès gastrique sûr pour la nutrition entérale ou la décompression
Prévenir la complication la plus grave : la fausse route trachéale
Maintenir un positionnement gastrique vérifié tout au long de l'utilisation
Assurer le confort du patient porteur de SNG

Indications

Nutrition entérale lorsque l'alimentation orale est impossible ou insuffisante
Décompression gastrique post-opératoire (iléus, occlusion haute)
Lavage gastrique sur prescription médicale (intoxication)
Administration de médicaments quand la voie orale est contre-indiquée
Aspiration du contenu gastrique pour analyse

Contre-indications

Fracture de la base du crâne : risque de passage intracrânien par la lame criblée de l'ethmoïde (alternative : voie orale)
Varices oesophagiennes en hémorragie active : risque de rupture cataclysmique
Sténose oesophagienne complète : risque de perforation (alternative : gastrostomie)
Coagulopathie sévère non corrigée (INR > 3, plaquettes < 50 000) : corriger avant la pose

Fausse route trachéale

Toux quinteuse
Cyanose et désaturation
Dysphonie ou impossibilité de parler

Conduite

Retirer immédiatement la sonde, oxygéner, surveiller SpO2, alerter le médecin

Traumatisme nasal ou oesophagien

Épistaxis
Douleur vive à l'insertion
Hématémèse

Conduite

Arrêter la progression, retirer si épistaxis importante, alerter le médecin

Déplacement secondaire de la sonde

Modification du repère NEX
Changement de pH aspiré
Toux lors de la nutrition

Conduite

Suspendre toute administration, vérifier le positionnement par aspiration et pH, alerter si doute

Sinusite ou otite

Douleur faciale unilatérale
Écoulement nasal purulent
Otalgie

Conduite

Alerter le médecin, évaluer le changement de narine ou le passage à une gastrostomie si sondage prolongé

Références

Flash sécurité patient : mauvaise position de la sonde naso-gastrique · HAS · 2023

Recommandations pour la nutrition entérale chez l'adulte · SFNCM · 2022

Actualisation des précautions standard · SF2H · 2017

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.