Irrigation vésicale

Assurer et surveiller un lavage continu ou discontinu de la vessie via une sonde adaptée (sonde 3 voies pour l'irrigation continue), sur prescription médicale, pour prévenir l'obstruction par des caillots.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : type d'irrigation (continue ou discontinue), soluté prescrit (habituellement sérum physiologique 0,9 %)
Vérifier l'identité du patient
Consulter le dossier : type d'intervention réalisée, heure de fin de chirurgie, traitements en cours (anticoagulants)
Vérifier le type de sonde en place : la sonde 3 voies est la référence pour l'irrigation continue ; certaines situations peuvent relever d'un lavage discontinu selon le matériel et le protocole du service

Patient

Expliquer le principe : du liquide circule en continu dans la vessie pour éviter que des caillots ne bouchent la sonde
Prévenir que la sensation de vessie pleine ou de légères crampes est possible et doit être signalée si elle devient douloureuse
Expliquer que le liquide de retour sera coloré au début (rosé à rouge) et deviendra clair progressivement
S'assurer que le patient comprend l'importance de ne pas tirer sur la sonde et de signaler toute douleur

Matériel

Poches de sérum physiologique 0,9 % (volume selon prescription, souvent des poches de 3 litres)Tubulure d'irrigation adaptéePied à perfusionPoche de recueil graduée vidangeableGants non stérilesSeringue de 50 mL pour un éventuel décaillotage selon protocole du serviceProtection absorbante sous le patient

Évaluation initiale

3 min
Observer l'état du patient et du système de drainage avant de démarrer ou de prendre en charge l'irrigation.
Vérifier la perméabilité de la sonde : le liquide de retour s'écoule-t-il normalement dans la poche de recueil ?Observer la couleur du liquide de retour : rouge vif (saignement actif), rosé (hématurie modérée), clair (bonne évolution)Vérifier l'absence de fuites au niveau des raccords et de la sondeÉvaluer la douleur et le confort du patient : douleur sus-pubienne, sensation de globe, spasmes vésicaux

Hygiène des mains et vérification du circuit

2 min
Réaliser une friction hydroalcoolique et vérifier l'intégrité du circuit fermé.
Friction SHA jusqu'au séchage complet, environ 30 secondesVérifier que toutes les connexions sont étanches et sécuriséesVérifier que la poche de recueil est en position déclive (en dessous du niveau de la vessie)Ne jamais déconnecter le circuit sonde-poche : le système clos est la principale barrière contre l'infection urinaire
Maintenir le circuit fermé en permanence. Chaque déconnexion augmente le risque d'infection urinaire nosocomiale.

Branchement ou changement de poche d'irrigation

3 min
Connecter la poche de sérum physiologique à la voie d'irrigation de la sonde.
Suspendre la poche de sérum physiologique au pied à perfusionPurger la tubulure d'irrigation pour chasser l'airConnecter la tubulure à la voie d'irrigation de la sonde 3 voiesOuvrir le débit selon la prescription ou selon la couleur du liquide de retour

Réglage et adaptation du débit

Adapter le débit d'irrigation en fonction de la couleur du liquide de retour.
Liquide de retour rouge vif : augmenter le débit pour diluer et évacuer les caillots, alerter le chirurgien si persistantLiquide de retour rosé : maintenir le débit prescrit, surveiller l'évolutionLiquide de retour clair : possibilité de réduire le débit selon la prescription et l'évolutionLe débit n'est pas standardisé : il est adapté au contexte clinique et à la prescription du chirurgien
La couleur du liquide de retour est le principal indicateur de surveillance. Un virage brutal vers le rouge vif impose une réévaluation immédiate.

Surveillance continue

Surveiller régulièrement la perméabilité du système et l'état du patient.
Vérifier à intervalles réguliers que le liquide de retour s'écoule bien dans la poche de recueilSurveiller la couleur et la présence de caillots dans le liquide de retourPalper la zone sus-pubienne : une voussure ou une douleur peut indiquer un globe vésical malgré l'irrigationSurveiller les constantes : pouls, tension artérielle, température (signes de complication hémorragique ou infectieuse)Comptabiliser les entrées (volume irrigué) et les sorties (volume drainé) pour le bilan hydrique

Vidange de la poche de recueil

3 min
Vider la poche de drainage à intervalles réguliers et mesurer le volume.
Vider la poche de recueil par le robinet inférieur sans déconnecter le circuitMesurer et noter le volume drainé à chaque vidangeObserver l'aspect du liquide : couleur, présence de caillots, odeurCalculer le volume de diurèse réelle : volume drainé moins volume irrigué

Gestion d'une obstruction

En cas d'arrêt du retour, évaluer et agir selon le protocole du service.
Vérifier d'abord les causes mécaniques : tubulure coudée, poche de recueil trop haute, patient assis sur la tubulureSi la cause mécanique est exclue : l'obstruction est probablement due à un caillot dans la sondeLe décaillotage à la seringue est réalisé uniquement selon le protocole du service et les consignes du chirurgien, sans jamais forcerSi le retour ne reprend pas malgré les manœuvres autorisées : alerter le chirurgien sans délai
Un globe vésical sur sonde obstruée est douloureux et urgent. Si le retour ne reprend pas rapidement malgré les vérifications et les manœuvres autorisées, alerter le chirurgien sans délai.

IDE

Traçabilité

Documenter la surveillance dans le dossier.
Noter : débit d'irrigation, volumes entrés et drainés, couleur du liquide de retour, épisodes d'obstructionCalculer et transmettre la diurèse réelle (volume drainé moins volume irrigué)Signaler au chirurgien toute anomalie : hématurie franche persistante, obstruction récidivante, douleur, fièvre

Ne pas vérifier la couleur du liquide de retour régulièrement

Évaluer la couleur du retour au minimum toutes les heures, plus fréquemment dans les premières heures postopératoires.

Pourquoi

Un virage vers le rouge vif signale une hémorragie active. Sans surveillance régulière, l'aggravation passe inaperçue jusqu'à l'apparition de signes généraux (tachycardie, hypotension).

Déconnecter le circuit pour vider ou inspecter la poche

Vider la poche par le robinet inférieur sans déconnecter. Inspecter le liquide à travers la poche transparente.

Pourquoi

Chaque ouverture du circuit clos introduit des bactéries dans le système. Le risque d'infection urinaire nosocomiale augmente à chaque manipulation.

Laisser la poche de recueil au-dessus du niveau de la vessie

Maintenir la poche de recueil en position déclive en permanence. Vérifier après chaque mobilisation du patient.

Pourquoi

Le liquide reflue vers la vessie par gravité. Ce reflux favorise l'infection et peut aggraver une distension vésicale si le retour est déjà difficile.

Ne pas calculer la diurèse réelle (volume drainé moins volume irrigué)

Calculer systématiquement : diurèse réelle = volume drainé dans la poche moins volume de sérum physiologique irrigué.

Pourquoi

Le volume drainé inclut le sérum physiologique irrigué. Sans soustraction, la diurèse apparente est faussement élevée et masque une insuffisance rénale ou une déshydratation.

Ignorer une douleur sus-pubienne en se fiant uniquement à la présence de retour dans la poche

Associer l'observation du retour à l'évaluation clinique du patient : douleur, voussure sus-pubienne, agitation.

Pourquoi

Un caillot peut obstruer partiellement la sonde : le retour est faible mais présent, alors que la vessie se distend. Le patient ressent une douleur de globe que le soignant ne détecte pas s'il ne l'interroge pas.

Travailler penché pour vérifier le niveau de la poche de recueil au sol

Suspendre la poche de recueil sur un support fixé au lit plutôt qu'au sol. Adapter la hauteur du support pour un contrôle visuel facile.

Pourquoi

Les vérifications fréquentes de la poche nécessitent de se baisser à chaque passage. La posture répétée expose à des lombalgies.

Mnémo

CLAIR : Circuit fermé en permanence, Liquide de retour surveillé, Adapter le débit à la couleur, Irrigué moins drainé pour la diurèse réelle, Réagir vite si obstruction

La couleur du liquide de retour est le premier indicateur de surveillance : rouge vif = alerte
Le circuit clos ne doit jamais être ouvert : chaque déconnexion augmente le risque infectieux
Diurèse réelle = volume drainé moins volume irrigué : ne jamais confondre les deux
Un globe vésical peut se constituer malgré une irrigation en cours si la sonde est obstruée
Le débit est adapté au contexte et à la prescription, pas à un chiffre standard

Surveiller

Vérifier la perméabilité du système à chaque passage dans la chambre
Surveiller les signes de complication hémorragique : tachycardie, hypotension, pâleur, hématurie franche
Contrôler le bilan entrées-sorties pour évaluer la diurèse réelle du patient

Paramètres

Couleur du liquide de retourToutes les heures au minimum, plus fréquemment si hématurie active
Virage brutal vers le rouge vif avec présence de caillots
Absence de retour dans la poche de recueil (obstruction)
Globe vésicalÀ chaque évaluation du patient
Voussure sus-pubienne douloureuse malgré l'irrigation en cours
Patient agité ou se plaignant d'une envie pressante malgré la sonde en place

Transmettre et noter

Méthode DAR : débit d'irrigation, couleur du retour, volumes entrées-sorties, diurèse réelle, état clinique du patient
Signaler immédiatement au chirurgien toute hématurie franche persistante ou toute obstruction non résolue
Transmettre à l'équipe suivante le débit en cours, la dernière couleur observée et les consignes du chirurgien

Objectifs

Maintenir la perméabilité de la sonde urinaire en postopératoire urologique
Prévenir la formation de caillots et l'obstruction de la sonde par un lavage continu
Détecter précocement les complications : hémorragie active, obstruction, infection

Indications

Postopératoire de résection transurétrale de prostate (RTUP) ou d'adénomectomie
Postopératoire de résection transurétrale de tumeur de vessie (RTUV)
Hématurie macroscopique avec risque de caillotage vésical
Toute chirurgie vésicale ou prostatique avec risque hémorragique postopératoire

Contre-indications

Sonde urinaire simple (non adaptée à l'irrigation) : ne pas irriguer par la voie de drainage
Perforation vésicale suspectée : l'irrigation aggraverait la diffusion extra-vésicale du liquide

Obstruction de la sonde par caillots

Absence de retour dans la poche de recueil malgré un débit d'irrigation maintenu
Douleur sus-pubienne, sensation de globe, agitation du patient

Conduite

Vérifier les causes mécaniques, tenter un décaillotage selon le protocole du service, alerter le chirurgien si échec.

Hémorragie postopératoire

Liquide de retour rouge vif persistant malgré l'augmentation du débit
Tachycardie, hypotension, pâleur, anxiété du patient

Conduite

Augmenter le débit d'irrigation, alerter le chirurgien immédiatement, surveiller les constantes, préparer un éventuel bilan sanguin.

Références

Évaluation des dispositifs de drainage et de recueil des urines et des selles · HAS · 2017

Prévention des infections urinaires associées aux soins de l'adulte · SF2H/SPILF · 2015

Actualisation des précautions standard · SF2H · 2017

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.