Sondage vésical

Poser, surveiller et entretenir une sonde urinaire à demeure en technique stérile stricte

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription médicale : type de sonde, calibre, indication, durée prévisionnelle
Consulter le dossier patient : antécédents urologiques, allergies (latex, Bétadine), anticoagulants
Évaluer les contre-indications : suspicion de rupture urétrale (sang au méat, traumatisme bassin), prostatite aiguë
Vérifier la présence ou non d'un globe vésical par palpation ou bladder-scan
Organiser le soin en binôme si patient agité ou mobilité réduite

Patient

Informer le patient sur le déroulement du soin, la sensation de gêne et l'utilité de la sonde
Recueillir le consentement oral (sauf urgence vitale)
Évaluer la douleur et administrer l'antalgique prescrit si sondage prévisiblement douloureux
Proposer une toilette intime préalable si le patient peut la réaliser
Installer le paravent, fermer la porte : le sondage est un soin intime nécessitant une intimité totale
Prendre en compte les préférences culturelles et religieuses (soignant du même sexe si possible)

Matériel

Sonde vésicale stérile (CH 14-16 femme, CH 14-18 homme)Set de sondage stérile (champ troué, cupule, compresses)Gants stérilesGants d'examen non stériles (pour la toilette)Antiseptique : Bétadine gynécologique ou Chlorhexidine aqueuse si allergie iodeGel lubrifiant urétral stérile (dose unique)Poche de recueil avec système clos intégréSeringue 10 ml + eau stérile pour gonflage ballonnetSupport de poche (pied à perfusion ou crochet de lit)Sparadrap hypoallergénique pour fixation cuisse (femme) ou abdomen (homme)Protection absorbante pour le lit

IDE

Évaluation et vérification

3 min
Observer le patient et confirmer les conditions du sondage avant de commencer.
Vérifier l'identité du patient et la concordance avec la prescriptionÉvaluer l'état cutané de la région périnéale (rougeur, lésion, écoulement)Vérifier l'intégrité et les dates de péremption de tout le matériel stérileConfirmer le calibre de sonde adapté : ni trop petit (fuites), ni trop gros (traumatisme)

Installation du patient

2 min
Positionner le patient pour un accès optimal tout en préservant sa dignité.
Femme : décubitus dorsal, cuisses fléchies et écartées, bassin surélevé si besoinHomme : décubitus dorsal, jambes légèrement écartéesDécouvrir uniquement la zone périnéale, couvrir le reste du corpsAssurer un éclairage suffisant sans exposer inutilement le patient
Recouvrir immédiatement toute zone non nécessaire au geste.

Toilette antiseptique du méat

5 min
Réaliser la toilette périnéale antiseptique en respectant la séquence en 4 temps.
Enfiler les gants d'examen non stérilesToilette en 4 temps : détersion (savon antiseptique), rinçage, séchage, antisepsieFemme : écarter les lèvres, nettoyer de haut en bas, une compresse par passageHomme : décalotter complètement, nettoyer le gland du méat vers la périphérie
Ne jamais repasser une compresse usagée sur le méat.

IDE

Préparation du champ stérile

3 min
Installer le champ stérile et préparer le matériel sans rompre l'asepsie.
Retirer les gants d'examen, friction hydroalcooliqueOuvrir le set de sondage stérile sur le plan de travailEnfiler les gants stérilesDisposer le champ troué stérile sur la zone périnéaleTester l'intégrité du ballonnet (gonflage puis dégonflage) avant insertion
Toute contamination du champ impose de recommencer avec du matériel neuf.

IDE

Lubrification et insertion

5 min
Introduire la sonde de manière atraumatique avec une lubrification généreuse.
Appliquer le gel stérile sur 10-15 cm de sonde (homme) ou 5-7 cm (femme)Homme : maintenir la verge à la verticale pour redresser l'urètre, insérer doucementFemme : écarter les lèvres, repérer le méat, insérer de l'autre mainHomme : enfoncer la sonde jusqu'à la garde, embase au contact du gland, avant tout gonflage du ballonnetFemme : progresser jusqu'au retour d'urine, puis avancer de 2 à 3 cm pour engager le ballonnet en vessie
En cas de résistance : ne jamais forcer. Arrêter et alerter le médecin.

IDE

Gonflage du ballonnet et fixation

3 min
Sécuriser la sonde en place et connecter le système de drainage clos.
Gonfler le ballonnet avec le volume d'eau stérile indiqué sur la sonde (généralement 10 ml)Le gonflage est indolore : une douleur signe un ballonnet resté dans l'urètre, dégonfler et reprendre la progressionTirer doucement la sonde jusqu'à sentir la résistance du col vésicalConnecter la poche de recueil : système clos, ne jamais déconnecterFixer la sonde sur la cuisse (femme) ou l'abdomen (homme) sans tension

Installation du drainage et premiers contrôles

2 min
Positionner la poche en déclive et vérifier le fonctionnement du système.
Placer la poche de recueil toujours sous le niveau de la vessie : la gravité empêche le refluxVérifier l'écoulement des urines : aspect, couleur, quantité initialeNoter l'heure de pose et le volume d'urine initialement drainéHomme : recalotter systématiquement pour prévenir un paraphimosis

Réinstallation et traçabilité

3 min
Réinstaller le patient confortablement et assurer la traçabilité complète.
Réinstaller le patient dans une position confortableRetirer le champ, éliminer les déchets dans le conteneur DASRITracer dans le dossier : heure, calibre, volume ballonnet, quantité et aspect des urines, toléranceInformer le patient : ne pas tirer sur la sonde, signaler toute douleur ou brûlure

Rompre l'asepsie pendant l'insertion (toucher la sonde avec des gants contaminés)

Si contamination suspectée : jeter le matériel et recommencer avec un set neuf. Ne jamais "rattraper" une faute d'asepsie

Pourquoi

Chaque rupture d'asepsie multiplie le risque d'IUAS, première cause d'infection nosocomiale en France

Gonfler le ballonnet dès le retour d'urine chez l'homme

Chez l'homme, enfoncer la sonde jusqu'à la garde avant de gonfler, puis tirer doucement pour amener le ballonnet au col vésical. Le gonflage doit rester indolore

Pourquoi

L'urine revient dès que l'oeil de la sonde franchit le sphincter, alors que le ballonnet est encore dans l'urètre prostatique : le gonfler à ce moment provoque un traumatisme urétral. Le gel de lidocaïne peut en outre obstruer la sonde et retarder ce retour, ce qui en fait un repère peu fiable

Forcer le passage de la sonde en cas de résistance chez l'homme

Arrêter l'insertion, alerter le médecin. L'urologue proposera une sonde béquillée ou un cathétérisme sus-pubien

Pourquoi

Risque de fausse route urétrale, de perforation et d'hémorragie. La résistance peut indiquer un adénome prostatique ou une sténose

Déconnecter le système sonde-poche pour vidanger ou changer la poche

Vidanger par le robinet inférieur de la poche. Ne jamais déconnecter la jonction sonde-poche

Pourquoi

La déconnexion multiplie par 3 à 10 le risque d'IUAS par contamination rétrograde endoluminale

Ne pas adapter la hauteur du lit et travailler penché pendant 20-30 minutes

Régler la hauteur du lit au niveau du bassin du soignant avant de commencer. Utiliser un tabouret si nécessaire

Pourquoi

Risque de troubles musculo-squelettiques (lombalgies, cervicalgies) en position statique prolongée

Laisser le patient exposé pendant toute la durée du soin sans protection visuelle

Installer le paravent, fermer la porte, découvrir uniquement la zone nécessaire et recouvrir dès que possible

Pourquoi

Le sondage est un soin très intime qui peut être vécu comme humiliant. L'exposition prolongée altère la confiance et la coopération

Oublier de recalotter l'homme après la pose de la sonde

Recalotter systématiquement après la pose et noter le geste dans la traçabilité

Pourquoi

Risque de paraphimosis : étranglement du gland par le prépuce rétracté, urgence urologique

Mnémo

SONDE : Stérilité stricte, Observer avant d'agir, Ne jamais forcer, Drainage clos, Évaluation quotidienne de l'indication

La durée de sondage est le premier facteur de risque modifiable d'IUAS : retirer dès que possible
Système clos inviolable : vidanger par le robinet, ne jamais déconnecter sonde-poche
Chez l'homme : toujours recalotter après la pose pour prévenir le paraphimosis
Diurèse < 0,5 ml/kg/h pendant plus de 4 heures : alerter le médecin
Toilette périnéale quotidienne à l'eau et au savon : réduit la colonisation bactérienne péri-urétrale
Chez l'homme : sonde à la garde avant de gonfler le ballonnet, jamais au premier retour d'urine

Surveiller

Surveiller la diurèse horaire les 4 premières heures, puis toutes les 8 heures
Observer l'aspect des urines : couleur, limpidité, présence de sang ou sédiments
Vérifier la perméabilité du système : écoulement continu, absence de coude ou clampage accidentel
Évaluer le confort du patient : douleur sus-pubienne, brûlure urétrale, spasmes vésicaux

Paramètres

DiurèseHoraire (4 premières heures) puis toutes les 8 heures
Diurèse < 0,5 ml/kg/h (oligurie)
Anurie > 4 heures
Hématurie franche
TempératureToutes les 8 heures
Fièvre > 38,5°C (suspicion IUAS)
Frissons associés
Point d'insertionÀ chaque toilette intime (minimum 1 fois par jour)
Rougeur péri-méatique
Suintement ou écoulement
Fuite d'urine péri-sonde

Transmettre et noter

Méthode DAR : Données (volume diurèse, aspect urines, température), Actions (soins réalisés, vidange poche), Résultat (tolérance, efficacité du drainage)
Transmettre tout changement d'aspect des urines : hématurie, urines troubles, odeur inhabituelle
Réévaluer quotidiennement l'indication du sondage avec l'équipe médicale
Noter le degré d'autonomie du patient dans la gestion de sa sonde

Objectifs

Assurer le drainage urinaire par technique stérile stricte
Prévenir les infections urinaires associées aux soins (IUAS)
Surveiller la fonction rénale par le suivi de la diurèse
Maintenir le confort du patient porteur de sonde

Indications

Rétention aiguë d'urine (globe vésical confirmé)
Surveillance de la diurèse horaire en contexte critique (post-opératoire, réanimation)
Chirurgie pelvienne ou urologique nécessitant un drainage vésical
Incontinence avec lésions cutanées sévères quand les alternatives ont échoué
Irrigation vésicale sur prescription (hématurie avec caillots)

Contre-indications

Suspicion de rupture urétrale : sang au méat, traumatisme du bassin, hématome périnéal (alternative : cathétérisme sus-pubien par le médecin)
Prostatite aiguë : risque de bactériémie (alternative : cathétérisme sus-pubien)
Sténose urétrale connue non dilatée : risque de fausse route (alternative : sonde béquillée par l'urologue)
Refus du patient sauf urgence vitale : respecter le consentement

Infection urinaire associée aux soins (IUAS)

Fièvre > 38,5°C
Urines troubles ou purulentes
Douleur sus-pubienne

Conduite

ECBU sur site de ponction de la sonde, alerter le médecin pour antibiothérapie adaptée

Traumatisme urétral

Douleur vive à l'insertion
Hématurie immédiate
Résistance anormale au passage

Conduite

Arrêter immédiatement, ne pas forcer, alerter le médecin pour évaluation urologique

Obstruction de la sonde

Absence d'écoulement malgré globe palpable
Douleur sus-pubienne croissante
Fuites péri-sonde

Conduite

Vérifier l'absence de coude ou clampage, irriguer si prescrit, alerter le médecin si échec

Spasmes vésicaux

Douleur intermittente sus-pubienne
Envies impérieuses malgré la sonde
Fuites autour de la sonde

Conduite

Vérifier la perméabilité, repositionner la sonde, alerter le médecin pour antispasmodiques

Références

Prévention des infections urinaires associées aux soins de l'adulte · SF2H/SPILF · 2015

Actualisation des précautions standard · SF2H · 2017

Prévention des infections urinaires liées aux sondes à demeure · SF2H

Technique et gestion du sondage vésical chez l'homme · AFU, Progrès en urologie · 2018

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.