Surveillance glycémique

Réaliser une glycémie capillaire, interpréter le résultat et appliquer le protocole adapté en cas d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Prérequis

Vérifier la prescription : fréquence de surveillance, objectifs glycémiques individuels, protocole d'adaptation insulinique si prescrit
Consulter le dossier : type de diabète, traitements en cours (insuline, antidiabétiques oraux), dernières glycémies
Connaître les seuils : normales à jeun 0,70-1,10 g/L, hypoglycémie inférieure ou égale à 0,70 g/L, niveau 2 sous 0,54 g/L, la sévérité se jugeant sur le besoin d'un tiers et non sur le chiffre
Vérifier le glucomètre (étalonnage, date des bandelettes, charge des piles)

Patient

Informer le patient du contrôle et de son objectif
Demander au patient de se laver les mains à l'eau et au savon (les résidus sucrés sur les doigts faussent la mesure)
Si le patient ne peut pas se laver les mains : nettoyer le doigt avec une compresse humide et sécher
Installer confortablement, main à hauteur du soignant

Matériel

Glucomètre étalonné avec bandelettes compatibles et non périméesAutopiqueur avec lancette stérileCompresses sèchesGants à usage unique non stérilesConteneur OPCT pour la lancette usagéeSolution hydroalcoolique

Hygiène des mains et préparation du matériel

1 min
Friction hydroalcoolique, enfiler les gants. Préparer le glucomètre et insérer la bandelette.
Vérifier la date de péremption de la bandelette et le code lot si le glucomètre le demandeInsérer la bandelette dans le glucomètre avant de piquer (le glucomètre s'allume et est prêt)

Ponction capillaire

1 min
Piquer la face latérale du doigt avec l'autopiqueur. Éliminer la première goutte, utiliser la deuxième.
Face latérale du doigt : moins innervée que la pulpe, moins douloureuseÉviter le pouce et l'index de la main dominante (préhension fine)Alterner les doigts et les mains à chaque contrôle pour prévenir les callositésÉliminer la première goutte avec une compresse sèche : elle contient du liquide interstitiel et des résidus d'alcool qui faussent la mesureDéposer la deuxième goutte sur la bandelette sans comprimer excessivement le doigt
Éliminer la première goutte. Déposer la deuxième sans compression excessive.

Lecture et interprétation du résultat

30 sec
Lire la valeur affichée. Interpréter selon le contexte clinique et les objectifs du patient.
Normes à jeun : 0,70 à 1,10 g/L (3,9 à 6,1 mmol/L)Hypoglycémie : inférieure ou égale à 0,70 g/L, niveau 1. Niveau 2 : inférieure à 0,54 g/L (3 mmol/L), seuil d'apparition des signes neuroglucopéniques. Niveau 3, dit sévère : quel que soit le chiffre, dès que la personne ne peut plus se corriger seule (HAS 2025)Cible hospitalière standard (HAS) : 1,26 à 1,80 g/L (7 à 10 mmol/L)Corréler toujours le résultat avec les signes cliniques du patient (sueurs, tremblements, soif, polyurie)

Conduite selon le résultat

2-5 min
Appliquer le protocole adapté : resucrage si hypoglycémie, adaptation insulinique si prescrite, alerte médicale si valeur critique.
Hypoglycémie patient conscient : resucrage 15 g sucre rapide per os, recontrôle à 15 minutes (règle 15-15)Hypoglycémie patient inconscient : glucagon IM ou G30 % IV selon prescription, alerter le médecinHyperglycémie supérieure à 2,50 g/L chez un DT1 : rechercher la cétonémie. Au-delà de 0,6 mmol/L le résultat est pathologique et impose l'alerte ; l'acidocétose est un diagnostic médical qui demande la biologie complète, pas ce seul chiffreAppliquer le protocole d'adaptation insulinique si prescrit par le médecin
Troubles de la conscience, ou personne incapable de se resucrer seule : glucagon IM + alerter le médecin immédiatement. C'est cette incapacité qui définit la sévérité, pas le chiffre.

Élimination sécurisée et hygiène

30 sec
Éliminer la lancette dans le conteneur OPCT. Comprimer le site. Retirer les gants, friction SHA.
Ne jamais recapuchonner la lancette (prévention AES)Comprimer le site de ponction quelques secondes

Éducation du patient

2-3 min
Expliquer le résultat au patient. Renforcer l'éducation à l'autosurveillance si approprié.
Communiquer le résultat au patient et lui expliquer ce qu'il signifieRappeler les signes d'hypoglycémie (sueurs, tremblements, pâleur, faim) et la conduite à tenirEnseigner la technique d'autosurveillance si le patient va la réaliser seul

IDE

Traçabilité

1 min
Noter la glycémie, l'heure, le site, l'action réalisée et programmer la prochaine mesure.
Transmissions ciblées (méthode DAR) : valeur, heure, contexte (à jeun, post-prandial), action (resucrage, insuline)Comparer aux glycémies précédentes pour identifier une tendance (amélioration, dégradation)Alerter le médecin si glycémies non contrôlées malgré le protocole en place

Ne pas éliminer la première goutte de sang

Essuyer la première goutte avec une compresse sèche, utiliser la deuxième pour le dépôt sur la bandelette

Pourquoi

La première goutte contient du liquide interstitiel et des résidus d'alcool qui faussent la mesure (sous-estimation ou surestimation)

Piquer la pulpe centrale du doigt

Piquer la face latérale du doigt. Éviter le pouce et l'index dominants. Alterner les doigts

Pourquoi

La pulpe est la zone la plus innervée : la ponction est très douloureuse et le patient redoute les contrôles suivants

Ne pas vérifier que le patient a les mains propres avant le contrôle

Lavage des mains à l'eau et au savon avant tout contrôle. Le gel SHA seul ne retire pas les résidus sucrés

Pourquoi

Des résidus sucrés (fruit, aliment, solution glucosée) sur les doigts faussent la glycémie par excès

Comprimer fortement le doigt pour obtenir la goutte de sang

Laisser la goutte se former naturellement. Si insuffisante : masser doucement le doigt de la base vers la pointe

Pourquoi

La compression excessive dilue le sang capillaire avec du liquide interstitiel et sous-estime la glycémie

Ne pas recontrôler après un resucrage

Règle 15-15 : 15 g de sucre rapide, recontrôle à 15 minutes. Si inférieure à 0,70 g/L : resucrer à nouveau

Pourquoi

Sans recontrôle à 15 minutes, l'IDE ne sait pas si le resucrage a été efficace. Une hypoglycémie non corrigée met le patient en danger

Ne pas adapter la hauteur du plan de travail pour le geste

S'asseoir à hauteur du patient ou régler le lit. Main du patient à hauteur confortable pour le soignant

Pourquoi

Les glycémies capillaires sont réalisées plusieurs fois par jour. Une posture inadaptée à chaque fois expose aux lombalgies

Mnémotechnique 15-15 : 15 g de sucre rapide, recontrôle à 15 minutes si hypoglycémie
Éliminer la première goutte de sang (résidus alcool + liquide interstitiel)
Face latérale du doigt, pas la pulpe. Alterner les doigts et les mains
Mains propres obligatoires avant contrôle : résidus sucrés = glycémie faussée par excès
Hypoglycémie inférieure ou égale à 0,70 g/L = resucrage immédiat. Troubles de conscience ou impossibilité de se resucrer = glucagon IM
Corréler toujours le résultat avec les signes cliniques. Doute sur le résultat = recontrôler

Surveiller

Si resucrage : recontrôler à 15 minutes. Si glycémie toujours inférieure à 0,70 g/L : resucrer à nouveau
Si adaptation insulinique : surveiller la glycémie au prochain horaire prescrit
Observer les signes cliniques entre les contrôles (sueurs, confusion, soif excessive)

Paramètres

Glycémie capillaireSelon prescription (standard : avant les 3 repas + coucher, rapproché : toutes les 2-4 h)
Hypoglycémie inférieure à 0,70 g/L (resucrage immédiat)
Hypoglycémie avec troubles de la conscience, ou personne qui ne peut plus se resucrer seule (glucagon + alerte médicale)
Hyperglycémie supérieure à 2,50 g/L chez DT1 avec signes de cétose (nausées, polypnée, haleine fruitée)

Transmettre et noter

Valeur glycémique, heure, contexte (à jeun, post-prandial, en cours de resucrage)
Action réalisée (resucrage, adaptation insulinique, alerte médicale)
Comparaison avec les glycémies précédentes et tendance observée
Transmissions ciblées (DAR) dans le dossier patient

Objectifs

Mesurer la glycémie capillaire avec une technique fiable pour obtenir un résultat exact
Interpréter le résultat dans le contexte clinique et thérapeutique du patient
Réagir rapidement en cas d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie critique
Éduquer le patient à l'autosurveillance glycémique et à la reconnaissance des signes d'alerte

Indications

Diabète de type 1 et de type 2 sous insuline ou antidiabétiques oraux
Surveillance périopératoire (adaptation de l'insulinothérapie)
Corticothérapie (risque d'hyperglycémie induite)
Nutrition parentérale ou entérale (apports glucidiques à surveiller)
Malaise avec suspicion d'hypoglycémie (tout patient)

Contre-indications

Pas de contre-indication absolue à la glycémie capillaire
Adapter le site si troubles sévères de la coagulation ou infection locale au doigt

Hypoglycémie non détectée ou traitée tardivement

Sueurs, tremblements, pâleur
Confusion, troubles de la parole
Perte de connaissance, convulsions

Conduite

Patient conscient : resucrage 15 g sucre rapide, recontrôle 15 min. Patient inconscient : glucagon IM, G30 % IV si voie d'accès, alerter le médecin

Acidocétose diabétique (DT1)

Hyperglycémie supérieure à 2,50 g/L avec cétonémie supérieure à 0,6 mmol/L
Nausées, vomissements, polypnée, haleine fruitée

Conduite

Alerter le médecin en urgence. Hydratation IV et insulinothérapie selon prescription. Surveillance horaire

Résultat faussé par défaut technique

Résultat incohérent avec l'état clinique
Bandelette périmée ou glucomètre non étalonné

Conduite

Recontrôler avec une bandelette neuve. Se fier à la clinique en cas de discordance. Ne jamais ignorer des signes d'hypoglycémie sur la base d'un résultat normal douteux

Références

Parcours de soins du patient adulte vivant avec un diabète de type 2 (définition et niveaux de l'hypoglycémie, resucrage) · HAS · 2025

Actualisation des précautions standard · SF2H · 2017

Bon usage du médicament · ANSM

Prévention des risques biologiques · INRS

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.