Arrêt d'hémorragie externe

Arrêt d'hémorragie externe : reconnaître l'hémorragie active, appliquer la compression directe maintenue, poser le garrot tourniquet en cas d'échec ou d'amputation, surveiller la vascularisation distale et prévenir le choc hémorragique.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

À l'arrivée d'un patient avec hémorragie externe active après plaie ou traumatisme, l'IDE applique immédiatement une compression directe ferme et maintenue, alerte le médecin sans tarder et prépare le matériel de pansement compressif puis de garrot. La majorité des saignements externes se contrôlent par compression directe correctement maintenue, mais une hémorragie artérielle massive ou une amputation traumatique imposent un garrot d'emblée. L'IDE intervient en autonomie d'urgence vitale dans tous les contextes où il est confronté à un saignement actif (urgences, SMUR, IDEL, centre de santé, service de soins).

Critique

Hémorragie artérielle pulsatile non contrôlée par compression directe ferme et maintenue → poser un garrot tourniquet sans tarder, alerter le médecin en urgence vitale
Signes de choc hémorragique : pâleur, sueurs froides, confusion, hypotension artérielle, tachycardie marquée → alerter le médecin sans délai, allonger le patient et préparer le remplissage sur prescription
Absence de pouls distal après pose d'un pansement compressif → suspicion de garrot involontaire trop serré, prévenir le médecin et anticiper la révision du pansement

Alerte

Imprégnation rapide des compresses malgré compression maintenue → ajouter des compresses sans retirer celles en place, ne pas relâcher la compression
Tachycardie persistante supérieure à 100 battements par minute après le geste d'hémostase → anticipation du choc, transmettre au médecin et surveiller la tendance

Surveillance

Saignement contrôlé, pansement propre, pouls distal présent et coloration rosée → évolution favorable, poursuivre la surveillance rapprochée
L'hémorragie externe non contrôlée fait perdre au patient son volume circulant : c'est pour ça qu'on applique immédiatement une compression directe ferme et maintenue, sans relâcher.
La compression directe favorise la formation du caillot et arrête la majorité des saignements externes, à condition de la maintenir au moins une dizaine de minutes sans soulever pour vérifier.
Quand elle est inefficace ou impossible (saignement artériel massif, amputation), le garrot tourniquet comprime l'artère contre l'os et coupe l'afflux sanguin : on le serre alors à fond jusqu'à l'arrêt complet du saignement, en notant l'heure de pose.
Sans hémostase rapide, la perte sanguine massive provoque le choc hémorragique : on installe le patient en décubitus dorsal, on prévient l'hypothermie et on prépare le remplissage et l'acide tranexamique sur prescription.
Un pansement trop lâche maintient une compression veineuse sans contrôler le saignement artériel, d'où la vérification de la coloration et du pouls distal, en resserrant ou en ajoutant des compresses si le saignement persiste.
Compresses stériles et bandes de contention pour pansement compressifGarrot tourniquet à dispositif de blocage (modèle conforme aux standards internationaux des services d'urgence)Pansement hémostatique de secours selon dotation du service (utilisable si compression directe insuffisante ou impossible)Gants à usage unique non stériles pour la protection IDE (impératif avant tout contact)Acide tranexamique préparé pour administration sur prescription dans les 3 premières heures suivant le traumatismeVoie veineuse périphérique de bon calibre, set de prélèvement complet et solutés de remplissage prêts pour administration sur prescriptionCouverture de survie et solutés réchauffés pour prévention de l'hypothermie pendant le transport médicalisé

5 étapes

IDE

Compression directe ferme et maintenue
Première technique d'hémostase, efficace dans la majorité des saignements externes, en autonomie IDE
Se protéger : enfiler des gants à usage unique avant tout contact avec le saignement
Comprimer fermement avec les deux mains sur le point de saignement, sur des compresses stériles si disponibles, sinon avec un tissu propre
Maintenir la compression sans relâcher pendant au moins une dizaine de minutes : ne jamais soulever pour vérifier
Si les compresses s'imprègnent, ajouter des compresses par-dessus sans retirer les premières
Alerter le médecin en urgence vitale et rester auprès du patient

IDE

Pansement compressif relais
Relais de la compression directe une fois le saignement initial contrôlé
Maintenir les compresses imprégnées en place et ajouter d'autres compresses par-dessus si nécessaire
Poser une bande de contention ferme par-dessus, serrée suffisamment pour maintenir la compression
Vérifier immédiatement le pouls distal : tibial postérieur ou pédieux pour le membre inférieur, radial pour le membre supérieur
Surveiller la coloration et la sensibilité des extrémités à intervalle rapproché
Si le saignement persiste à travers le pansement : ne pas desserrer, ajouter des compresses et alerter le médecin

IDE

Garrot tourniquet en autonomie d'urgence
Hémorragie de membre non contrôlée par compression directe ou amputation traumatique (R.4311-7)
Poser le garrot plusieurs centimètres au-dessus de la plaie, sur la partie charnue du membre (cuisse ou bras), pas sur une articulation
Serrer jusqu'à arrêt complet du saignement : pas de demi-mesure, le garrot ne doit pas laisser passer le sang artériel
Noter immédiatement l'heure de pose sur le garrot, sur le patient (peau ou pansement) ou la transmettre oralement à l'équipe d'aval
Ne jamais desserrer le garrot avant la prise en charge chirurgicale : geste réservé au chirurgien au bloc
Anticiper le transport médicalisé urgent : la durée du garrot doit être minimisée pour limiter le risque ischémique du membre

Collaboration

Prévention du choc hémorragique
Position de transport, monitoring et préparation du remplissage sur prescription
Installer le patient en décubitus dorsal strict, position recommandée dans la prise en charge du choc hémorragique
Brancher le scope continu (ECG, SpO2, pression artérielle automatique rapprochée), activer les alarmes
Poser une voie veineuse périphérique de bon calibre et prélever le bilan complet (numération, ionogramme, hémostase, groupe sanguin)
Préparer le remplissage vasculaire et l'acide tranexamique pour administration sur prescription dans les 3 premières heures suivant le traumatisme
Réchauffement actif : couverture de survie, solutés réchauffés sur prescription, lutte contre l'hypothermie qui aggrave la coagulopathie

Collaboration

Transport médicalisé et transmission
Acheminement vers chirurgie vasculaire ou centre de traumatologie, transmission SAED structurée
Maintenir le scope continu et la surveillance rapprochée pendant le transport
Surveiller la vascularisation distale et l'évolution hémodynamique en continu, transmettre toute aggravation
Préparer le dossier de transfert avec la transmission SAED, l'heure de pose du garrot, les heures d'administration des produits, les paramètres successifs
Coordonner l'arrivée avec l'équipe d'aval (chirurgie vasculaire, bloc opératoire, unité de soins intensifs)
Tracer l'ensemble des actions, des heures et des produits administrés sur la fiche de surveillance
Jamaissoulever la compression directe pour vérifier l'hémostase, ni desserrer un garrot avant l'arrivée du chirurgien au bloc. Ces gestes interrompent la coagulation ou relancent un saignement massif
JamaisTrendelenburg dans le choc hémorragique (position abandonnée, sans bénéfice démontré et gênante pour la ventilation). Décubitus dorsal strict, prévention active de l'hypothermie
Prioritécompression directe ferme et maintenue au moins une dizaine de minutes sans relâcher, en autonomie IDE dès l'arrivée. Geste de premier secours qui contrôle la majorité des hémorragies externes
Prioritésurveiller la vascularisation distale après tout pansement compressif (pouls, coloration, sensibilité). Un pansement trop serré peut occlure l'artère et provoquer une ischémie
Règlegarrot tourniquet en autonomie d'urgence vitale (R.4311-7) si la compression directe est inefficace ou si le tableau impose un garrot d'emblée (amputation, contexte de sauvetage). Serrer à fond, noter l'heure
Règledurée du garrot à minimiser, transport chirurgical urgent (viser un délai jusqu'au bloc le plus court possible, moins d'une heure en cas de lésion artérielle de membre). Plus l'ischémie se prolonge, plus le risque d'amputation et de syndrome de loge à la reperfusion augmente
Ponctuel
Efficacité de l'hémostase

Si le saignement traverse le pansement ou si les compresses s'imprègnent rapidement, renforcer la compression sans retirer les compresses en place, alerter le médecin et envisager le garrot si hémorragie de membre non contrôlée

Ponctuel
Vascularisation distale à intervalle rapproché : si pouls distal absent, extrémité pâle ou froide ou sensibilité diminuée après pansement compressif, alerter le médecin et préparer la révision du pansement sans desserrer un garrot posé
Ponctuel
Pression artérielle et fréquence cardiaque

Surveiller la tendance et alerter aux signes de choc hémorragique (chute tensionnelle, tachycardie, marbrures)

Ponctuel
Heure de pose du garrot et durée écoulée

Transmettre à chaque relais d'équipe pour permettre au chirurgien d'évaluer le risque ischémique

Ponctuel
Température corporelle

L'hypothermie aggrave la coagulopathie, mettre en place le réchauffement actif et tracer la température

Ponctuel
État de conscience

Score de Glasgow régulier, alerter le médecin à toute aggravation neurologique évoquant l'aggravation du choc

S (Situation) : M./Mme [X], [âge] ans, hémorragie externe sur [localisation et mécanisme : plaie, traumatisme, amputation], hémostase obtenue par [compression directe, pansement compressif ou garrot tourniquet], heure de pose du garrot si applicable
A (Antécédents) : traitement anticoagulant ou antiplaquettaire en cours, allergies connues, antécédents vasculaires ou de coagulopathie, dernier repas et statut vaccinal antitétanique
É (Évaluation) : pression artérielle, fréquence cardiaque, SpO2, signes cliniques de choc (pâleur, sueurs, confusion, marbrures), vascularisation distale du membre concerné (pouls, coloration), volume de saignement estimé
D (Demande) : avis chirurgical urgent, prescription de remplissage vasculaire et acide tranexamique, transport médicalisé vers le bloc opératoire ou centre de traumatologie, mise à jour de la prise en charge selon la décision médicale
Traçabilité : noter l'heure de pose du garrot, les heures exactes d'administration des produits (acide tranexamique, solutés), les valeurs biologiques disponibles, les transmissions successives au médecin et à l'équipe d'aval
Entourage : informer le médecin de la présence de proches à l'accueil pour qu'il puisse expliquer la situation, recueillir les éléments de contexte (mécanisme, traitements habituels) et organiser l'accompagnement
Choc hémorragique en cas d'hémostase insuffisante ou tardive : pâleur, marbrures, hypotension, confusion ; alerter le médecin en urgence vitale, sécuriser la voie veineuse, préparer le remplissage et l'acide tranexamique sur prescription, anticiper le transfert
Syndrome de loge par ischémie-reperfusion lors du retrait du garrot : douleur disproportionnée à la mobilisation passive, tension à la palpation, déficit sensitivo-moteur distal ; alerter immédiatement le chirurgien, ne pas retirer le garrot seul
Ischémie distale irréversible si l'ischémie sous garrot se prolonge (risque d'amputation croissant au-delà d'une heure de délai jusqu'au bloc pour une lésion artérielle) : pâleur, refroidissement, abolition de la sensibilité ; transmettre la durée totale du garrot au chirurgien, anticiper la décision de fasciotomie ou d'amputation
Récidive hémorragique à la levée du garrot sans contrôle chirurgical : signaler au chirurgien, ne jamais lever un garrot sans présence chirurgicale au bloc

Hypothermie aggravant la coagulopathie

Surveiller la température, mettre en place le réchauffement actif (couverture de survie, solutés réchauffés sur prescription)

Infection secondaire de la plaie au-delà de la phase aiguë

Surveiller la fièvre, l'aspect local et les signes inflammatoires, transmettre au médecin pour antibiothérapie sur prescription si indication

Références

Recommandations sur la réanimation du choc hémorragique (RFE 2014/2015) · SFAR-SRLF-SFMU-GEHT · 2015

Recommandations nationales sur les gestes et soins d'urgences : mise au point 2026 (mars 2026) · SFMU-ANCESU · 2026

Prise en charge des patients présentant un traumatisme sévère de membre(s) (RFE 2020) · RFE commune SFAR-SFMU, en association avec SOFCOT, SCVE et SSA · 2020

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-7 : urgence en l'absence du médecin) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.